Skip to content

SOS Calvaires : sauver la croix qui nous sauve

Par

Publié le

14 octobre 2021

Partage

Redresser la sainte Croix sur les routes de France, c’est la mission que s’est donnée SOS Calvaires. L’Incorrect est allé à la rencontre de ces ouvriers hors du commun. Reportage et entretien.
sos

Le rendez-vous est à 10 heures. Suis en retard… Viens de passer Nantes et je m’enfonce dans le Pays de Retz, ce territoire si singulier de l’extrême-sud de la Bretagne, en Loire-Atlantique, sur la rive gauche de la Loire. La route est virageuse et pleine de bagnoles en ce samedi écrasé de soleil. Soudain, au loin, il me semble distinguer des drapeaux, un attroupement. Je m’arrête. La scène est surréaliste : sur le bord de la route très fréquentée entre Nantes et Pornic, au lieu-dit La Boulaye-en-Port Saint-Père, une cinquantaine de personnes se tient assemblée en demi-cercle autour du socle d’un calvaire. Au centre de cette demi-lune, seuls se tiennent deux prêtres en soutane. Droits, derrière les hommes de Dieu, quatre chevaliers en armure, épées bien en pogne. Et les voitures qui passent à deux mètres.

En Bretagne, on ne s’agenouille pas pour Black Lives Matter et toutes ces conneries, mais devant la grâce de Dieu

Je me gare. Des ouvriers empoignent un calvaire. Simple croix de bois de plusieurs mètres de haut. Ils réussissent à la hisser à bout de bras sur un socle de granit. Pendant ce temps-là un « bagad » [orchestre breton], étendards noir et blanc au vent, joue le « Bro Gozh Ma Zadoù », l’hymne régional breton. Les ouvriers du Seigneur vissent et revissent le calvaire pendant que des voitures ralentissent, intriguées par la scène. Certaines manifestent leur approbation en klaxonnant. Aucun signe d’hostilité. Grâce au savoir-faire artisan, le calvaire est enfin fixé. Les prêtres s’avancent et bénissent l’édicule. À ce moment précis, les quatre chevaliers posent un genou à terre et courbent la tête. En Bretagne, on ne s’agenouille pas pour Black Lives Matter et toutes ces conneries, mais devant la grâce de Dieu. Le sermon qui s’ensuit met l’accent sur l’importance de la croix, de la mission qui l’a érigée une première fois en 1909 et des croisades, où les chevaliers bretons participèrent, jadis, à libérer leurs frères chrétiens prisonniers des musulmans. Là-bas, sur la terre de Jérusalem.

La cérémonie terminée, les chevaliers se lèvent et s’avancent en rang vers une exploitation agricole. En fait, ils sont membres d’une association de béhourd, cet art martial médiéval complètement à contre-courant de la « fragilité blanche » au regard de la violence des combats. 25 kilos d’armure sur le dos et les types se cognent à coups d’épée et de masse. Tout à coup, je me prends à rêver que les lascars soient lâchés en pleine journée à Bellevue ou à Malakoff à Nantes… Là, ça cavalerait du Sarrasin !

Lire aussi : Loire-Atlantique/Bretagne : vers la réunification ?

La petite troupe se retrouve entre bottes de paille et engins agricoles dans la ferme du propriétaire du terrain où a été remonté le calvaire. Un cri retentit « Bevet! » (« Vive » en breton), ce à quoi les personnes présentes répondent en chœur « Breizh ! » (« la Bretagne »). Deux élus de Port Saint-Père félicitent le délégué de SOS Calvaires 44, Godefroy Riou du Cosquer, pour son initiative. La foi catholique ne se cache pas ce matin ! J’en profite pour interroger l’instigateur de la journée sur la genèse de cette opération : ce dernier ne doit pas avoir plus de 25 ans, comme beaucoup ici d’ailleurs.

L’enthousiasme de Godefroy Riou du Cosquer est communicatif. Je m’éloigne et remonte le chemin de la ferme vers le calvaire, situé au ras de cette route passante. Celui-ci attend son Christ d’origine qui doit être posé dans un second temps. Aujourd’hui, j’ai la putain de sensation que le catholicisme a regagné du terrain dans la sainte Bretagne.


STAT CRUX : ENTRETIEN AVEC GODEFROY RIOU
Délégué de SOS Calvaires de Loire-Atlantique

Qu’est-ce qui vous a amené à restaurer ce calvaire ?

C’est un calvaire qui nous a été signalé par des automobilistes qui passaient devant tous les jours : la croix était tombée, foudroyée il y a plus de 10 ans. On nous a demandé de faire quelque chose pour la remettre debout. Nous avons donc mobilisé une équipe de bénévoles, menuisiers et maçons et avons décidé d’y monter une nouvelle croix construite par nos soins.

Et le propriétaire – qui passe justement à nos côtés – était visiblement demandeur…

Tout à fait ! Nous avons contacté les propriétaires qui nous ont donné l’autorisation de remettre le calvaire en place, ils étaient d’ailleurs très heureux qu’on le leur propose bénévolement.

C’est un très bon signe de voir que tout n’est pas perdu, que la jeunesse se lève pour porter son idéal au plus haut, se sent profondément chrétienne

Drapeaux, bagad : ce matin, l’ambiance était très « bretonne ».

Oui, car Nantes est en Bretagne ! De toute façon, dans tout le pays nantais on voit que l’identité culturelle est bretonne et que les gens se sentent bretons. Les gens du bagad parlaient breton entre eux d’ailleurs.

Autour de la croix, il y avait une bonne cinquantaine de personnes, majoritairement des jeunes.

Effectivement, les jeunes sont un peu désespérés par l’état de décrépitude du patrimoine et ils veulent s’engager pour sa préservation. Nous avons donc un certain nombre de jeunes qui viennent remonter des calvaires, débroussailler, faire de la maçonnerie. Dans nos rangs, il n’y a quasiment que des personnes de moins de 30 ans.

N’est-ce pas un signe que l’avenir du catholicisme réside dans la tradition ?

C’est tout à fait ça. C’est un très bon signe de voir que tout n’est pas perdu, que la jeunesse se lève pour porter son idéal au plus haut, se sent profondément chrétienne, s’engage et se donne les moyens de le faire.

Lire aussi : Catholiques, enfin minoritaires !

Combien y a-t-il eu de calvaires relevés par vos soins en Loire-Atlantique jusque-là ?

Dans le département, nous devons être arrivés à notre vingtième calvaire. Nous avons commencé il y a un peu plus d’un an mais aujourd’hui c’était la première fois que nous posions véritablement une croix faite par SOS Calvaires. Pour les précédents, nous avions surtout fait des travaux d’entretien sur des calvaires qui avaient été gagnés par la végétation et qu’on ne voyait plus. Dans ces cas-là, il s’agissait surtout de travaux de jardinage, de peinture et de maçonnerie. Mais aujourd’hui c’était vraiment la première pose d’une croix pour le comité 44, financée par SOS Calvaires à 100 %. Je le précise car nous ne fonctionnons qu’avec des dons. Aujourd’hui était donc un grand jour, et il y en aura d’autres.

© Mael Pellan pour L’Incorrect

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest