Décidément, le pays de l’oncle Sam nous réserve bien des surprises. Alors que l’administration Biden appelle la Cour suprême à bloquer la loi interdisant la majorité des IVG au Texas, voilà qu’un groupe actif sur les réseaux sociaux se mobilise contre l’avortement. Rien de très original direz-vous, jusqu’à regarder le nom de plus près : « The Progressive Anti-Abortion Uprising » (PAAU, Le soulèvement progressiste anti-avortement).
Il s’agit donc d’un groupe d’activistes progressistes opposés à l’avortement. Antinomique, non ? D’autant que leur vidéo d’introduction met en scène des personnages tous plus wokes les uns que les autres : transgenre, non-binaire, femmes voilées, féministes, racialiste, blancs alliés à la « cause noire », etc. Leur message est clair : « Nous sommes pour le progrès et contre l’avortement ». Voilà de quoi laisser perplexe, car notre esprit européen a du mal à appréhender le manque de cohérence du pays qui a inventé le cheeseburger végane et les églises LGBT.
« L’avortement exploite les innocents, blesse les faibles et profite aux riches »
Terrisa Bukovinac, fondatrice du PAAU
L’avortement : quand le capitalisme tue
Pourtant, à y regarder de plus près, leur rhétorique n’est pas totalement dépourvue d’intérêt, surtout dans un pays ultra libéral où les grands groupes dictent la marche à suivre au détriment des plus défavorisés. L’association dénonce à juste titre la détresse des classes les plus pauvres pour qui le recours à l’avortement est souvent perçu comme seul moyen de s’en sortir financièrement. PAAU va plus loin en dénonçant le capitalisme qui encouragerait cette pratique, en citant des grandes entreprises favorables à l’IVG. En d’autres termes, l’avortement serait à court terme excellent pour la santé économique des grands groupes – une femme sans enfants étant plus productive. On le voit, leur critique de l’avortement est largement anticapitaliste. « L’avortement exploite les innocents, blesse les faibles et profite aux riches » clame la fondatrice Terrisa Bukovinac, qui dirigeait auparavant deux autres associations du même type : « Democrats for Life » (Les Démocrates pour la vie) ou encore « Pro-Life San Francisco » (San Francisco pro-vie).
Arborant fièrement son progressisme outrancier sur les réseaux sociaux, la jeune activiste demeure la bête noire des associations féministes et des associations pro-IVG. « Le simple fait de vous définir comme féministe ne vous donne pas soudainement le droit de prendre des décisions en matière de gestation pour les autres femmes » lui rétorque Katherine Ragsdale, présidente-directrice générale de la « National Abortion Federation » (Fédération nationale de l’avortement). Une autre militante du PAAU, Kay Fellows, affine le discours de l’association en affirmant que les enfants à naître et leurs mères devraient tous deux recevoir des soins, au nom de l’égalité entre tous les êtres humains.
« Les démocrates sont très droit-de-l’hommistes avec un discours toujours orienté contre les violations des droits humains […] mais ces droits excluent les personnes à naître » déclare encore Kay Fellows, qui mène le combat sur les réseaux sociaux et notamment sur les nouvelles plateformes comme Twitch, afin de convaincre un public jeune et naturellement orienté à gauche. Du côté des urnes, bien qu’étant progressistes, Kay Fellows et d’autres militants anti-avortement déclarent que leur vote s’oriente néanmoins vers des candidats pro-vie, donc conservateurs : « Je suis pour les droits de l’homme pour tous les êtres humains, ce qui ne correspond à aucun parti politique » a-t-elle déclaré. « Donc, je vote là où les humains ne sont pas tués. »
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La gauche américaine riposte
Des médias nationaux, en passant par les associations pro-IVG comme « Pro Choice America », beaucoup dénoncent « l’hypocrisie » du discours progressiste/pro-vie et accusent comme toujours « l’extrême droite » de manipuler l’opinion en diffusant des mensonges sur l’avortement. L’argument le plus étonnant reste celui du site d’information Jezebel qui, en plus de qualifier PAAU de « troll des réseaux sociaux », présente l’avortement comme un bienfait écologique pour la planète !
Du côté des conservateurs, comme le média Fox News, le ton est beaucoup plus nuancé. Bien que la chaine combatte le progressisme et le wokisme, l’analyse du phénomène est globalement indulgente, voir compatissante avec cette jeunesse certes d’ultra-gauche mais prête à se battre pour la vie.
Attendons donc qu’un mouvement de ce genre voie le jour en France pour découvrir quel sera l’angle d’attaque des progressistes, qui se heurtent à l’impossible convergence des luttes wokes telle qu’espérait par la gauche intersectionnelle.
We are the Progressive Anti-Abortion Uprising!#Prolife #AntiAbortion pic.twitter.com/RoYgiNFq2G
— PAAU (@PAAUNOW) October 2, 2021





