Comme dirait Chevalier et Laspales, « Y’en a qu’ont essayé, ils ont eu des problèmes ! », Marlène Schiappa la dernière en date. Alors que le gouvernement laisse consciencieusement les oppositions tenter de « traiter » le cas Zemmour, hormis quelques interventions du hardi Christophe Castaner, la voilà qui signe sur Twitter la plus virulente diatribe depuis des mois contre le presque-candidat, à l’occasion de son passage remarqué à Milipol. Le décalage entre la réaction disproportionnée de la Ministre à l’occasion d’une blague du candidat pointant une arme à feu déchargée vers des journalistes, et le silence habituel de LREM sur son cas, illustre l’embarras de ses adversaires face au cas Zemmour.
Répondre aux provocations par la provocation et embrasser une campagne marquée par la radicalité du discours ? Répondre sur le fond et rappeler le bilan, au risque de perpétuer une image politico-politicienne alors qu’Éric Zemmour fait son miel du parler-vrai ? Opposer le silence à celui qui n’est finalement qu’un candidat préjugé ? Répliquer, ignorer ou contourner, telle est la question.
Fils d’immigré algérien, assimilé, juif, ayant grandi à Drancy en banlieue, c’est un sacré client sur lequel les étiquettes de raciste et antisémite peinent à coller
Côté médias, on pense avoir trouvé la réponse : Ouest France ne publiera aucun sondage, le quotidien breton arguant de la « dangerosité » de leur omniprésence pour la démocratie. Dans Médiapart, plus de 160 journalistes rassemblés au sein du collectif « Journalistes pas complices », signaient lundi 25 octobre une tribune appelant à invisibiliser, sans le nommer, Éric Zemmour. Côté service public, Gilles Bornstein précisait sur le plateau de France Info le 7 octobre, qu’Éric Zemmour « n’a pas le droit de venir » sur la chaîne.
Sorte de Flubber insaisissable de la politique française, Éric Zemmour n’offre paradoxalement que peu d’aspérités. Fils d’une famille française d’Algérie arrivée en métropole en 1952, assimilé, juif, ayant grandi à Drancy en banlieue, c’est un sacré client sur lequel les étiquettes de raciste et antisémite peinent à coller. Répondre à partir d’une posture morale s’est ainsi révélé contre-productif pour ses adversaires jusqu’à présent.
Et pourtant ! Les similitudes entre le succès d’Éric Zemmour et celui de Donald Trump offrent de nombreuses clés de lecture à cet égard. Avec une première leçon : refuser la réalité ne la fera pas disparaître. Le New York Times a ainsi eu l’honnêteté de reconnaître en 2016 que son aveuglement en faveur d’Hillary Clinton l’avait placé « à la traîne du reste du pays ». Le Washington Post en a fait de même affirmant que : « Les médias ont manqué l’histoire. Un grand nombre d’électeurs américains voulaient quelque chose de différent. […], la majorité des journalistes n’a rien entendu ».
C’est donc sur le fonds que ce débat doit avoir lieu. Éric Zemmour parle à 18% du corps électoral selon certains sondages. Dont acte. Son succès repose sur la nouvelle grille de lecture qu’il offre du monde. Pour ses adversaires, pas d’autre choix dès lors que de respecter ses possibles électeurs, de voir la réalité en face, et de faire valoir leurs propositions sur le fond pour gagner la seule bataille qui soit : celle de la crédibilité. Une recette simple mais dont le débat national qui vient sortirait sûrement grandi.
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Peter Thiel a eu cette formule à l’endroit de Donald Trump : « Les journalistes prennent toujours Trump au pied de la lettre mais sans le prendre au sérieux. Ses électeurs, en revanche, le prennent au sérieux mais ne le prennent pas au pied de la lettre », pertinent également dans le cas Zemmour. Aux États-Unis, puis en Angleterre avec le Brexit, les médias n’ont pas voulu croire, alors ils ont regardé ailleurs, avec le résultat que l’on connaît. Si les contempteurs d’Éric Zemmour continuent de croire que la pensée magique existe, qu’ils se rappellent que faire la même erreur deux fois ne relève plus de l’erreur…mais du choix.





