Aussi loin que je me souvienne, Toulouse a tenu une place à part dans nos aventures littéraires et culinaires. Elle doit cette position privilégiée à un ami, l’écrivain et journaliste Christian Authier, qui depuis près de 20 ans nous régale de ses romans et ses essais mélancoliques et chaleureux. Il a déjà été récompensé par le prix Roger-Nimier, le prix Renaudot essai et vient de recevoir celui des Hussards pour son dernier roman, Demi-siècle (Flammarion). Avec une belle constance, il maintient ses compagnons de route dans un état permanent de drôlerie et de nostalgie des équipées sauvages menées à grand renfort de vin naturel et de phrases définitives. Grâce à lui nous aurons partagé des verres entre la Garonne et le canal du Midi avec Yves Camdeborde, Gérard Guégan, Sébastien Lapaque, Bruno Verjus… Grâce à lui nous aurons collectionné les bonnes adresses de la Ville rose au fil de ses chroniques dans L’Opinion indépendante.
Le dynamisme de cette ville présente un revers à sa médaille : les travaux d’aménagement du centre-ville ont manqué changer son âme
Le Toulouse de Christian Authier, bien éloigné des clichés, c’est celui du souvenir des écrivains Kléber Haedens et José Cabanis, de l’économiste Bernard Maris ou du chanteur Claude Nougaro. Toulouse est bien une ville de contrastes, si l’on considère que dans les années 1960 le hussard d’honneur Kléber Haedens, féru de rugby et de gastronomie, cohabitait le janséniste José Cabanis, romancier intimiste et méditatif. Les deux se retrouvaient dans une commune passion pour l’histoire littéraire. On ne les lit presque plus, c’est bien dommage. De son ami Bernard Maris, assassiné le 7 janvier 2015 lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, Authier nous dit qu’il décrivait « une humanité affolée et palpitante qui continue de danser au bord du chaos ». La lucidité fiévreuse de l’auteur de Houellebecq économiste nous manque autant que le timbre vocal de Claude Nougaro dont l’auteur a raison de déplorer le peu d’intérêt qu’il suscite chez les jeunes artistes.
Comme on pouvait s’y attendre, Christian Authier revient aussi, dans ce Petit Éloge amoureux de Toulouse, sur plus de trois décennies de fréquentation des places, cafés, bars de nuit et cinémas de la Ville rose. Certains de ces lieux n’existent plus, ils ont tiré leur révérence sans prévenir, à l’instar de La Belle Équipe, bistrot de la rue des Polinaires. Souhaitons que d’autres établissements enchanteurs prennent la suite dans nos imaginaires, le plus loin possible des standards de l’époque. L’âme d’une ville tient autant à la beauté qui se dégage de ses rues et au nombre de ses clochers qu’au caractère de ses habitants : on aimera ainsi les belles pages que ce livre consacre à la Résistance toulousaine, mêlant jeunes gens royalistes et républicains espagnols, prélat catholique et enseignant communiste.
Lire aussi : Unamuno : méditations madrilènes
Bien sûr, le dynamisme de cette ville présente un revers à sa médaille?: les travaux d’aménagement du centre-ville ont manqué changer son âme. Les enseignes internationales gagnent peu à peu du terrain face aux commerces de détail. L’attractivité économique de la cité gasconne entraîne un certain remplacement de population. La ligne à grande vitesse Paris-Bordeaux l’a rapproché de Paris ? Très peu pour nous qui préférons prendre le Capitole à la gare d’Austerlitz et passer par Limoges, Brive, Cahors et Montauban quand nos agendas le permettent. Tout est bon à Toulouse pour qui sait écarquiller les yeux et tendre une oreille. Si Toulouse est depuis le Moyen-Âge notre vraie capitale du sud, héritière des trésors du monde d’oc, elle est aussi la porte d’entrée vers l’Espagne, comme l’auteur le souligne à plusieurs reprises. « Cette bonne vieille ville nous aidera avec ses beautés et ses plaisirs éternels », résume Authier. Avec ce livre il en fait la démonstration magistrale.

Privat, 180 p., 17,90 €





