Faut-il parler de Bégaudeau, l’effarant monologuiste d’une époque qu’il croit mettre en scène en s’inventant un protagoniste d’extrême droite libérale, « M. », à qui il apprendrait la vie, c’est-à-dire le capital, en buvant des bières ? Faut-il parler de lui, on ne sait pas ; ce qu’on sait c’est qu’on ne parlera jamais avec lui, tant cet homme organise sa solitude, tant sa prose pleine de miettes comme un torchon qu’on essore après qu’on a nettoyé le sol de sa cuisine est le vain fruit d’une ou deux heures de pensées divaguantes dans un TER du Centre-Val de Loire, où l’auteur se convaincrait qu’il leur parlerait comme ça, à eux, les droitards, si seulement il les avait en face de lui ; qu’après les avoir bien punis en leur rappelant qu’ils ont oublié le vrai « social », celui de l’employé immigré musulman qui vit la vraie lutte des classes qu’ils ne connaissent bien sûr pas, puisqu’ils ont ou un papa cadre sup, ou une particule ou même une maison au Cap-Ferret, il leur déverserait sa joie véritable, celle qui d’un coup devient celle d’un « nous » révolutionnaire, zadiste, propriétaire de ses moyens de production, extrême gauche fantasmée moins proche de la réalité que les Jacques et Jean de l’Auberge de l’Ange gardien de quand j’étais petit.
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Ce serait comme d’un adolescent qui vient d’ouvrir Marx et devant qui se déversent les immenses champs à labourer des eaux chaudes de la joie partagée. Partagée décidément avec lui-même puisqu’on apprend à la fin que Bégaudeau aime lire, ce qui lui permet d’échapper à la rentabilité et au capital. Nous aussi. Et alors ? La seule phrase qui résonne justement dans ce livre est la quatrième de couverture : « Non, les extrêmes ne se rejoignent pas ». Et c’est ainsi que Bégaudeau prêche dans le désert.






