Quel déclic vous a poussé à monter cette association ?
Amaury Gomart : C’était l’envie de créer un projet qui ait du sens. Amis de longue date, on en avait marre de refaire le monde autour d’une bonne bière. On voulait du concret et le patrimoine nous est venu à l’esprit. En voyant les églises de village fermées ou des propriétaires en galère, on a eu envie d’aider. Avec le virus, il fallait que cette démarche de rénovation du patrimoine s’accompagne d’un lien social. Nos amis nous ont accompagnés dans la rénovation d’une abbaye pendant l’été 2019. Cette expérience, sensationnelle, nous a poussés à créer Arcade trois mois plus tard.
Combien de jeunes travaillent pour Arcade ?
Augustin Latron : Cette année, on compte vingt-et-un membres dans l’équipe, alors qu’au début nous n’étions que quatre ! Le profil est varié : des étudiants, des jeunes professionnels. Beaucoup travaillent ou étudient dans le secteur du patrimoine et de l’architecture. En tous les cas, ils sont tous des passionnés.
Vous avez évoqué l’importance du sens, du concret et de la transmission. Quelles sont les autres finalités de votre association ?
AG : Au-delà de la rénovation du patrimoine, aller à la rencontre des Français qu’ils soient propriétaires ou habitants de la région. Le patrimoine est une porte d’entrée pour créer du lien.
AL : Au début c’était juste de la restauration matérielle, la dimension humaine est venue par la suite. Il y a une forte volonté de pousser les jeunes, quel que soit leur milieu social, à rencontrer le patrimoine et les propriétaires. Les chantiers permettent un brassage de jeunes venant de tous horizons. Contre les divisions actuelles, il faut retrouver une unité. Cette association est aussi une forme d’engagement politique, sans pour autant que ce soit explicite, car elle permet aux jeunes de mieux connaître leur histoire à travers la pierre et de s’approprier leur patrimoine.
Le jeune a besoin de vivre quelque chose de charnel, surtout après le virus. Avoir une pelle à la main peut vraiment rendre heureux !
Accueillant beaucoup de jeunes et sillonnant la France, votre association a besoin de ressources économiques. Reçoit-elle suffisamment de dons ?
AL : On a fait deux campagnes de dons, surtout destinées aux particuliers. On veut aller plus loin en développant la présence d’artisans sur place pour transmettre un savoir-faire aux jeunes. Notre pays manque de charpentiers, de tailleurs de pierre, de maçons. Si à travers les camps les jeunes se découvrent une passion pour ces métiers-là, alors Arcade aura accompli une mission supplémentaire. Tout cela à un coût certain, d’où l’importance de s’ouvrir au mécénat d’entreprise.
AG : Un jeune qui vient passer une semaine chez nous paye juste son adhésion, soit 8 €, son aller-retour et une partie de la nourriture. Il est donc nécessaire de recevoir des dons pour assurer la bonne tenue des chantiers.
Votre association s’adresse surtout aux jeunes avides d’engagement. Trouvez-vous que la jeunesse est réceptive à votre projet ?
AG : Oui ! On est passé de cent quinze volontaires sur nos chantiers à deux cent cinquante en un an. Par les réseaux sociaux, les discussions, on remarque qu’il y a un certain engouement autour de cette cause. Après, est-ce que c’est une jeunesse particulière qui a été éduquée à l’amour du patrimoine français ? Sûrement, mais on pense qu’on peut toucher un tas de jeunes amoureux de leur patrimoine ou sensibles à l’engagement. Le jeune a besoin de vivre quelque chose de charnel, surtout après le virus. Avoir une pelle à la main peut vraiment rendre heureux. Tous ces jeunes ne sont pas manuels, certains mettent les mains dans le cambouis pour la première fois, mais tous sont fiers du travail qu’ils ont accompli et les propriétaires aussi !
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Arcade est forcément soutenue par les milieux privilégiés, comment l’ouvrir à ceux plus populaires ?
AL : La solution serait de s’adresser aux jeunes habitants pour qu’ils s’associent au chantier. Tout cela se fait en passant par le maire, le curé du village etc. Cet été en Corse, un jeune du village s’est joint à nous. Il y a eu une émulation incroyable
Racontez-nous la journée type d’un chantier Arcade.
AG : Les chantiers ont lieu l’été, pendant les vacances scolaires (avec une trêve hivernale de novembre à mars) et certains week-ends. Les journées sont identiques : une grosse matinée de chantier et un après-midi réservé à la visite de la région et à la rencontre des habitants du coin. Ces derniers aiment être en contact avec ces jeunes, il y a de belles discussions. On est toujours ému quand le petit vieux du village nous raconte sa vie et ses souvenirs en lien avec l’endroit où l’on travaille.
Le patrimoine n’a toujours pas été mentionné par les (potentiels) candidats à la veille de la campagne présidentielle. Pensez-vous que les politiques délaissent ou se désintéressent du patrimoine ?
AL : Ils l’ont délaissé dans la mesure où ils n’en ont pas fait une préoccupation première. Le patrimoine est aussi menacé par la cancel culture qui n’est qu’une destruction volontaire de notre histoire et de ce qui nous unit. Le patrimoine a été trop souvent assimilé au conservatisme alors qu’il devrait être l’affaire de tous.
AG : Il faut aussi parler de la grosse baisse budgétaire dans les communes. Pour un maire, il est difficile de choisir entre la rénovation de son église (surtout dans un pays qui ne pratique plus) ou de la seule école du village. Le patrimoine peut être un bassin économique d’emploi. Il y a tout un réseau derrière qui peut être lucratif aussi bien économiquement qu’humainement. Par exemple, 1 € qui est mis dans le Puy du Fou, c’est 10 € mis dans la région.
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Entre Stéphane Bern ou encore SOS Calvaire, on ne peut pas dire que le patrimoine n’est pas à la mode.
AL : Je ne sais pas si c’est une mode. Ce qu’on sait, c’est qu’il y a une recherche d’identité. Les jeunes Français veulent savoir ce qu’ils vont devenir, ce qu’ils vont garder. C’est une juste question. On risque de se faire attaquer pour des questions identitaires, mais c’est important pour un jeune de se rattacher à son patrimoine. Cet intérêt et cette protection de notre passé doivent demeurer apartisans.
Comment se passe la prise de contact avec les propriétaires de patrimoine à restaurer ?
AG : Au début on démarchait les lieux, maintenant ce sont eux qui nous contactent. On doit faire le tri puisque les lieux doivent répondre à quelques critères : avoir un projet sur le long terme, recevoir très peu de subventions ou encore être isolés. On essaye d’avoir 50 % de patrimoine religieux (abbayes, églises) et 50 % de profane (château, fort, moulin, etc).
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Quels sont les chantiers qui vous ont le plus marqués ?
AL : Le Fort de la Pointe en Haute-Marne. Ce n’est pas très sexy dit comme ça, mais l’endroit est incroyable. Ce fort est implanté dans une butte, un drapeau français y flotte. Le propriétaire est très touchant : ancien ouvrier qui a racheté ce bâtiment pour pas grand-chose, il fait tout pour le remettre en état. Son projet a du sens, car c’est un lieu historique important pour le département.
AG : Quant à moi, il s’agit de l’ancienne église de Saint-Alban dans l’Ain. Pendant des années, les villageois se servaient des pierres de cette église abandonnée qui tombait en ruine. Il y a dix ans, une association de villageois a vu le jour pour la rénover. Les membres se battent pour lui redonner vie. Arcade a déjà envoyé dix volontaires leur prêter main-forte. Le chantier de cette église l’été dernier était incroyable : on travaillait avec les villageois, on logeait dans le cœur du village, on rencontrait les habitants. On a été transformés par eux.





