La violence constitue, en politique, l’une des modalités de conquête du pouvoir. Mais elle est aussi un moyen de propagande, un instrument au service d’une stratégie politique plus large. Les terroristes l’utilisent pour déstabiliser leurs ennemis. Les anarchistes ont développé le concept de la propagande par le fait. D’autres ont élaboré des stratégies dites de tension visant, par l’action violente, à créer un climat social à même de faciliter leur victoire idéologique, celle-ci ouvrant ensuite la voie à une domination politique.
La violence, machine à diaboliser
Il serait faux de croire que nos élections démocratiques sont protégées des effets de l’action violente. Il suffit d’analyser la campagne de brutalité visant les réunions d’Éric Zemmour. À Nantes, comme à Villepinte, à Marseille ou ailleurs, les faits s’avèrent extrêmement simples. Un groupuscule d’extrême gauche attaque un événement pacifique pour priver des citoyens de leur liberté de rassemblement et d’expression. En cela, les prétendus « antifas » et autres « anti-racistes » démontrent qu’ils constituent, à l’évidence et en toute impunité, les nouveaux fascistes de notre temps. Leurs méthodes ne mériteraient par conséquent qu’indignations publiques et sanctions lourdes. Or, il n’est est rien. Tout au contraire, cet événement nourrit un dispositif de propagande destiné à abattre politiquement Éric Zemmour et ce qu’il représente.
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Dans cette manœuvre de communication, il y a d’abord l’exploitation des images. Les auteurs des attaques savent parfaitement qu’ils ne parviendront pas à empêcher la réunion. Ils savent aussi que les soutiens d’Éric Zemmour ne se laisseront pas intimider par de tels agissements. Mais l’objectif des actions est ailleurs. Elles visent à ce que soit largement diffusé dans les medias un spectacle de chaos déclenchant, chez les téléspectateurs, une forme d’angoisse ou de stress. Il s’agit d’imprimer dans les esprits du plus grand nombre un lien traumatique plus ou moins inconscient entre la candidature d’Éric Zemmour et un sentiment de crainte et d’insécurité. Ils veulent déstabiliser notre capacité d’analyse, afin d’obstruer toute réflexion rationnelle sur les idées d’Éric Zemmour, pour les frapper d’une forme d’interdit psychique.
Après les images, viennent les discours légitimateurs de l’agression, qui se déploient à « mots couverts », en utilisant à la fois les techniques du double langage et celles du « tiers parti » médiatique. Les adversaires politiques d’Éric Zemmour articulent systématiquement leurs commentaires en deux temps. Tout d’abord, par une déclaration introductive généralement courte, ils affirment condamner le recours à la violence. Puis, immédiatement, ils se livrent à une longue analyse expliquant que ce chaos serait au fond la conséquence normale des provocations d’Éric Zemmour. Inversant agresseurs et victimes, Zemmour est fait responsable des heurts. Le tout se trouve généralement conclu par une formule du type de « Qui sème le vent récolte la tempête ! »
Ce discours de légitimation indirecte se trouve renforcé par l’utilisation du « tiers parti » médiatique, depuis longtemps théorisé par les sciences de la communication. La méthode du « tiers parti » consiste, pour le commentateur, à dissimuler son engagement en faveur d’un camp contre l’autre pour se donner l’apparence d’un analyste neutre expliquant un fait au public. Au final, nous nous trouvons en présence d’un mécanisme hautement technicisé de propagande par la violence, utilisant les ressorts de la psychologie et de la communication, afin d’opérer une manipulation mentale des électeurs.
Incapables de répondre sur le plan des idées, traînant avec eux un bilan des plus catastrophiques, le monde politico-médiatique des bien-pensants croit intelligent d’instrumentaliser la brutalité des gauchistes
Le risque cathartique
Mais une telle machine, généralement très efficace, peut cependant finir par fonctionner à l’envers de l’effet recherché. Les amateurs de westerns connaissent certainement le phénomène des images de violence à fonction cathartique. Il s’agit du cas où un méchant se livre longuement à des actes ignobles, avant de se faire abattre dans un duel de fin par le héros. La scène terminale du film constitue en soi la mise à mort d’un homme. Mais celui-ci a pris, auparavant, un visage tellement ignoble que cette scène violente, loin de choquer, soulage le spectateur.
Une proportion importante de la population se sent aujourd’hui humiliée par la situation économique, sociale et civilisationnelle de notre pays. Elle vit dans un état de ressentiment profond, notamment à l’égard de nos élites et de tous les champions du conformisme intellectuel de gauche, qu’elle tient pour responsable de l’essentiel de nos difficultés. Il n’est en conséquence absolument pas certain que le fait de voir quelques membres de l’une des associations « officielles » de la bien-pensance, ou une poignée de gauchistes haineux, se faire rosser en public génère le sentiment recherché par les concepteurs de cette stratégie de provocation violente. Qu’adviendra-t-il si, de plus en plus souvent, des images censées pourtant être choquantes, deviennent au fond réjouissantes ? Comment faire fonctionner le débat démocratique si l’affrontement violent avec un adversaire politique, si son lynchage, cesse de relever du domaine de l’interdit pour se transformer en un acte d’ordre et de défense du droit à penser ?
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Incapable de répondre sur le plan des idées, traînant avec eux un bilan des plus catastrophiques, le monde politico-médiatique des bien-pensants croit intelligent d’instrumentaliser, dans ses discours et dans ses actes, la brutalité des gauchistes. Ils oublient que cette matière reste hautement inflammable, qu’elle peut finir par leur échapper et provoquer des réactions explosives chez ceux qui subissent leurs provocations.
La sagesse voudrait qu’ils renoncent à une telle stratégie en dénonçant fermement les attaques, sans aucune concession, sans aucun procédé de communication. Cependant, dans la bataille de propagande politique qui s’annonce pour 2022, ils doivent obligatoirement diaboliser les adversaires pour espérer l’emporter. On peut donc présager qu’ils vont continuer à vouloir surfer sur les agressions visant la campagne d’Éric Zemmour.
Si le procédé fonctionne encore, il inhibera le processus démocratique en étouffant électoralement les contestations. Un chef d’État minoritaire se maintiendra par défaut, ce qui renforcera alors le sentiment de l’inutilité du vote, aliment de toutes les frustrations. Si le procédé devient hors de contrôle, il sombrera en des éruptions chroniques de violence de moins en moins maîtrisables. Dans les deux cas, les conséquences pour notre nation seront mortifères.





