Marguerite Stern est la créatrice des collages contre les féminicides et ancienne Femen, ainsi qu’elle se présente. Militante féministe radicale, elle subit aujourd’hui une véritable cabale assortie de menaces sérieuses, appelant à son viol et même à son assassinat. Jeune femme touchante avec laquelle nous ne serons que rarement d’accord, mais qui a le mérite de l’ouverture d’esprit et d’assumer ses convictions. Quand les combats politiques se résument le plus souvent à des postures, au mieux conformistes et au pire commerciales, sa cohérence intellectuelle et son courage forcent le respect.
« Mes camarades et moi sommes féministes. Ce que nous dénonçons, c’est le fait que des hommes se disent être des femmes. On prône la non-mixité partielle pour partager nos vécus communs. Que les hommes se disent féministes, pourquoi pas, mais ils doivent rester en retrait à certains moments », déclare-t-elle d’emblée. Là où le bât blesse c’est que le mouvement du genre a semé la confusion dans les rangs de la gauche progressiste, ou, pour employer un terme à la mode, dans le monde « woke », sur ce que signifie « être une femme ». D’une réalité biologique concrète, dans laquelle était une femme l’être humain né avec un vagin, nous sommes entrés dans une ère où il suffit de vouloir être quelque chose ou quelqu’un d’autre pour qu’on doive vous en prêter les qualités.
Stern fonde son féminisme sur la reconnaissance d’une matérialité du sexe biologique de naissance
S’il prenait l’envie à Arnold Schwarzenegger d’être traité en femme, il n’aurait qu’à le déclarer lors d’une conférence de presse à Hollywood. Quelques pleurs et leçons de morale plus tard, vous seriez insultés et menacés si vous osiez le « mégenrer » en lui rappelant qu’il était un homme, et pas des moins virils. Pour avoir énoncé que cela n’était pas possible, que cette tendance au trans, était non seulement basée sur un mensonge mais aussi potentiellement dangereuse pour les luttes féministes, Marguerite Stern et ses amies ont été totalement ostracisées. Tout a commencé par un simple fil Twitter et une tribune dans le Huff Post, notamment cosignée par Fatiha Boudjahlat. Intitulée « Trans : suffit-il de s’autoproclamer femme pour pouvoir exiger d’être considéré comme tel ? », cette tribune a été dépubliée sous la pression des militants queers avant d’être republiée dans Marianne.
Depuis, Marguerite Stern est cataloguée « TERF », acronyme désignant les « trans-exclusionary radical feminists ». Un terme forgé en 2008 dans le monde anglo-saxon pour mettre à l’index les féministes prétendument « transphobes ». Marguerite Stern partage depuis longtemps son inquiétude sur ce phénomène : « En France, cela fait deux ou trois ans qu’on constate ce militantisme trans. De plus en plus d’hommes se déclarent désormais non-binaires, se prétendent encore plus discriminés que les femmes biologiques, estimant subir de l’oppression. On a un souci avec ça. On le constate notamment sur Instagram, comme l’a démontré Dora Moutet : ces personnes-là sont constamment mises en avant, accaparant les luttes féministes alors qu’ils ne sont pas des femmes ».
Les conséquences de cette pression médiatique sont nombreuses, Marguerite Stern relevant avec justesse les cas de ces ados qui s’amusent à l’idée de subir des traitements parfois irréversibles : « Tout ça n’est pas neutre. Les statistiques qui nous viennent du Royaume-Uni montrent une très forte augmentation des cas de femmes qui transitionnent, pensant devenir des hommes. Il y a même des trafics de testostérone. Les médecins en prescrivent de plus en plus facilement. Je lis parfois des stories Insta avec de très jeunes femmes qui balancent le plus naturellement du monde “Ah, j’ai une piqûre de T, qui veut prendre une demi-dose avec moi ?” »
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Les répercussions sont très concrètes. Ces jeunes femmes se retrouvent avec des pousses de poils irréversibles sur le visage, elles peuvent parfois même en mourir à plus ou moins long terme. Certaines vont même jusqu’à se mutiler en se faisant enlever les seins. Des pratiques extrêmes qui relèvent de la dysmorphophobie, de la psychiatrie plutôt que des « questions de société ». Rappelons-le, la dysphorie de genre peut constituer une maladie et une psychose, qui se soigne et nécessite un accompagnement médical. « Les trans sans dysphorie de genre sont parfois des hommes ayant une paraphilie, ils aiment tout simplement s’habiller en femmes car cela les excite sexuellement », rappelle Marguerite Stern au cours de notre échange. Le transsexualisme contemporain cache mal le projet transhumaniste, pour lequel nous ne serions finalement qu’assignés à un corps physique qui n’aurait pas plus de valeur qu’un simple vêtement. Aux États-Unis, un homme a subi une greffe d’utérus, c’est une première mondiale.
Malheureusement, la classe politico-médiatique ne semble pas appréhender comme il se doit le phénomène. Même un vieux marxiste comme Jean-Luc Mélenchon a récemment déclaré qu’il fallait inscrire « le libre choix du genre » dans la Constitution ! Se rend-il bien compte de ce que cela implique ? Pour Marguerite Stern, Jean-Luc Mélenchon « fait de l’électoralisme pour récupérer l’électorat queer, comme on a dû le lui conseiller dans son entourage ». Si elle appelle à « l’abolition des stéréotypes de genre », elle fonde son féminisme sur la reconnaissance d’une matérialité du sexe biologique de naissance, considérant être restée une féministe universaliste plutôt que strictement différentialiste, ayant d’ailleurs déclaré ne pas s’enthousiasmer pour le voile islamique et considérer la prostitution comme dangereuse.
Autant de positions qui lui valent l’hostilité de plus en plus marquée d’une partie importante des féministes, influencées par les mouvements venus d’Amérique. Elle narre avoir vu sa vie professionnelle et sa vie amicale fortement contrariées par sa fermeté à défendre ses positions, à l’image de JK Rowling qui ne cesse d’être pourchassée pour avoir défendu l’éditrice Maya Forstater. Cette dernière a d’ailleurs récemment gagné un procès en appel, les juges ayant reconnu que critiquer l’opinion voulant que les sexes biologiques n’étaient pas réels était du même registre que critiquer une croyance. « Je crois que nous sommes dans un débat religieux. Ceux qui m’attaquent aux cris de kill the TERFS sont des superstitieux. Ils nient la science et la rationalité ». On ne saurait mieux conclure.





