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Anne Orlowska : dame nature

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Publié le

23 décembre 2021

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Depuis une vingtaine d’années, Anne Orlowska dirige en plein Paris la galerie de taxidermie Design & Nature, perpétuant ainsi un artisanat noble que les animalistes prennent régulièrement pour cible.
Anne_Orlowska©Benjamin_de_Diesbach-1

C’est proche de la place des Victoires qu’Anne Orlowska a établi il y a maintenant vingt ans sa galerie de taxidermie Design & Nature, haut lieu français de la vente d’animaux naturalisés. Cet artisanat noble et pluriséculaire orne encore aujourd’hui les salons cossus de la haute société. La propriétaire des lieux navigue dans cet univers aussi fascinant qu’intrigant.

Lorsque l’on pousse la porte de ce lieu parisien, le regard ne peut se détourner des tigres, girafes, oiseaux exotiques et autres curiosités que la nature nous offre. Anne Orlowska nous accueille au milieu de cette faune unique dans la capitale. D’abord propriétaire du célèbre cabinet de curiosité Deyrolle, rue du Bac, elle le revend quelques années plus tard au Prince Louis-Albert de Broglie, pour accomplir son rêve de créer enfin sa propre galerie. Cette comtesse issue de l’aristocratie polonaise, qui souhaite « dépoussiérer la taxidermie en la dévoilant sous un nouveau jour », ouvre donc au début des années 2000 la galerie Design & Nature, rue d’Aboukir, à deux pas de la place des Victoires où trône la statue monumentale et victorieuse de Louis XIV – un artisanat aussi noble ne peut se vendre qu’à proximité d’une place royale – et a récemment inauguré une deuxième galerie à Bruxelles. C’est avec des décorateurs et autres architectes d’intérieur qu’elle décide de collaborer pour moderniser cet artisanat animalier et entend bien perpétuer cet « esthétisme aussi unique que majestueux ».

Dotée d’une indéniable érudition sur la faune et la flore, sa raison l’emporte toujours sur les passions et les divagations des animalistes aux pieds-plats dont elle fut la cible à plusieurs reprises

Le nom « Design & Nature » est des plus évocateurs : « La nature offre tout le champ des possibles sur le plan esthétique ». C’est naturellement qu’Anne Orlowska décide de s’immiscer dans l’univers du design : du trophée ornemental à l’installation artistique, sa poésie lui permet sans cesse d’ouvrir de nouvelles portes et de collaborer avec de grands noms de la mode, du design et du luxe comme Philippe Starck, Christian Louboutin ou le Ritz place Vendôme. Ce qui les inspire, c’est la capacité de cette « Dame nature » à exposer ses animaux autour de compositions entomologiques aux couleurs flamboyantes pour créer des mises en scène à l’impact visuel inégalé, telle une nature fantasmée.

Cette inspiration lui vient d’une vie foisonnante, oscillant entre la liberté et l’indépendance d’une femme moderne – rythmée par des voyages aux quatre coins du monde – et les valeurs traditionnelles héritées d’une grande lignée qui lui donnent la grâce de la connaissance, du travail et de la famille, un pilier essentiel pour cette femme, élevée au milieu d’une fratrie de cinq enfants. Son frère l’a aidée à se lancer dans l’aventure et son fils gère les affaires avec elle et reprendra à terme les galeries de Paris et Bruxelles – transmettre, c’est sacré : « Savoir que mon fils reprendra le flambeau est pour moi une fierté et une motivation, tout ce que je fais, je le fais pour mes enfants ». Autant de valeurs indéfectibles qui expliquent à ne pas en douter le succès de ses affaires et la fidélité de ses clients et collaborateurs.

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Sur le plan éthique, Anne se veut irréprochable : tous ses animaux sont morts naturellement en captivité, de quoi faire taire certains idéologues dont elle critique vivement les positions. Dotée d’une indéniable érudition sur la faune et la flore, sa raison l’emporte toujours sur les passions et les divagations des animalistes aux pieds-plats dont elle fut la cible à plusieurs reprises, d’abord sur internet, puis au sein même de sa galerie : insultes, menaces et autres diatribes symptomatiques d’une génération en perdition, qui pourtant influe sur les décisions du gouvernement, au grand dam des taxidermistes. Il ne sera bientôt plus légal de se procurer de grands félins – qui devront obligatoirement finir à l’incinérateur après leur mort – et Anne Orlowska le déplore avec virulence : « La taxidermie est l’hommage ultime donné à l’animal, être figé dans le temps est un privilège digne des rois, ça me fait mal au cœur qu’une bête, quelle qu’elle soit, ne puisse être honorée de la sorte pour ne pas froisser les sensibilités ».

Ce lissage civilisationnel, Anne Orlowska en est le remède : toujours joyeuse, affable et optimiste, elle œuvre quotidiennement pour la conservation d’un art de vivre et d’un esthétisme qui rivalise avec les arts majeurs. Malgré la menace bien-pensante qui pourrait à terme contraindre son activité, elle reste optimiste et compte bien défendre avec l’arme du dialogue sa vision onirique de la nature. Anne Orlowska a réussi son pari de rendre la nature design et éternelle, au sens propre du terme.

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