Skip to content

Sauver sa peau

Par

Publié le

31 décembre 2021

Partage

Dans son dernier livre, Christophe Bourseiller retrace les destins des damnés de la collaboration, qu’ils aient rejoint le combat anti-communiste ou gagné les monastères.
Bousquet

Habituellement les livres sur la collaboration contiennent deux défauts : soit ils donnent dans le prêchi-prêcha progressiste pour résistants de farces et attrapes, soit ils œuvrent dans la grandiloquence wagnérienne pour nazillons en carton. Dans Ombre invaincue, Christophe Bourseiller évite les deux écueils. L’auteur livre une étude sérieuse sur le destin des damnés de la collaboration en posant cette question : une fois les Américains débarqués, que sont devenus les porte-flingues de la milice et les encasqués de la Charlemagne ? En 1944, les plus naïfs finiront au poteau, les plus habiles termineront en bourgeois prospères sous la Ve République.

Pour appréhender la nébuleuse collabo, Bourseiller choisit de concentrer son étude sur trois mouvements : le Parti Populaire Français de Jacques Doriot, le Rassemblement Populaire de Marcel Déat, et la Cagoule d’Eugène Deloncle. Bourseiller explique avec brio les antagonismes entre ces mouvements. Le PPF se définit comme un nazisme à la française et son chef, l’ex-ouvrier stalinien Jacques Doriot, épouse avec enthousiasme la guerre contre le bolchevisme. À l’opposé, le normalien Marcel Déat devient collaborateur par pacifisme. Quant aux cagoulards, on les trouve autant à Vichy qu’à Londres avec de Gaulle.

Lire aussi : Charles Péguy : le psalmiste antimoderne

À la Libération, il s’agira de sauver sa peau. On gagne les Alpes, on se cache dans les monastères, on fait comme on peut et dès les années 50 l’anticommunisme offre aux anciens nazis français une voie de secours et la possibilité d’une reconversion dans la lutte contre la menace soviétique. Christophe Bourseiller décrit le rôle central que la société L’Oréal jouera dans cette reconversion. Eugène Schuller, son fortuné dirigeant, protégera bon nombre d’assassins de la collaboration : Jean Filliol, participant du massacre d’Oradour-sur-Glane, dirigera la filiale ibérique de l’Oréal. Jean Azéma, ténor de la station collaborationniste Radio Paris et ancien de la Waffen-SS prendra pour sa part en charge la publicité du groupe.

Pour conclure, le dernier chapitre d’Ombre invaincue revient sur la confusion des esprits qui permettra aux anciens collaborateurs de se recycler dans l’anticommunisme et l’européanisme d’après-guerre. Durant la collaboration, le clivage droite-gauche disparaît, on rencontre des résistants royalistes et des gauchistes pro-hitlériens. C’est de cette confusion qu’ils profiteront pour sauver leur peau, eux qui n’hésitèrent guère à réclamer celle des autres.


Ombre invaincue de Christophe Bourseiller
Perrin, 460 p., 23 €

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest