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Anéantir de Houellebecq : d’amour et de mort

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Publié le

7 janvier 2022

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Michel Houellebecq, le patron des lettres françaises, revient avec un nouveau roman au nom qui laisse songeur : Anéantir. Plutôt pessimiste et inclinant vers une forme de bouddhisme, il s’agit avant tout d’un plaidoyer pour une vie simple et retirée, couplé à une profonde méditation sur l’amour, la maladie et la mort.
Houelle

« Ils avaient spécialement merdé, se dit-il, ils avaient collectivement merdé quelque part. À quoi bon installer la 5G si l’on n’arrivait simplement plus à entrer en contact, et à accomplir les gestes essentiels, ceux qui permettent à l’espèce humaine de se reproduire, ceux qui permettent aussi, parfois, d’être heureux ? » Tout au long de ce volumineux roman transparaît en filigrane l’idée qu’il y a décidément quelque chose de pourri au royaume des Hommes. Que rien n’est plus fait pour les aider à s’aimer et se réunir, mais que l’amour peut, parfois, si deux personnes décident de créer leur île, triompher. Au moins un temps. Puisqu’à la fin, c’est la maladie et la mort qui l’emportent.

Après nous avoir laissé croire à la fin de Sérotonine qu’il pourrait pencher vers le catholicisme, Houellebecq donne, dans Anéantir, des gages à une philosophie asiatique proche du bouddhisme

Anéantir n’est pas un roman spécialement optimiste, mais l’optimisme est la béatitude des cons. Il n’est pas non plus totalement pessimiste. L’histoire de Paul, conseiller spécial du ministre de l’Économie qui ressemble beaucoup à Bruno Le Maire et porte d’ailleurs son prénom, oscille entre grande solitude, souffrance, joies et désir de vivre, donc d’aimer. Après nous avoir laissé croire à la fin de Sérotonine qu’il pourrait pencher vers le catholicisme, Houellebecq donne, dans Anéantir, des gages à une philosophie asiatique proche du bouddhisme, mais adaptée à la vie occidentale, par conséquent édulcorée. C’est à une forme de renoncement à toute chose, même à être guéri, qu’atteint Paul à la fin du roman ; et il y parvient parce que sa femme, Prudence, lui dit qu’ils se retrouveront bientôt, ailleurs, sous une autre forme. Cela, parce qu’ayant retrouvé l’amour, un mélange de tendresse, de complicité et de sexualité, c’est comme si son potentiel optimal avait été atteint.

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La dimension verticale de l’être, l’aspiration à quelque chose de supérieur semble avoir été tout à fait évacuée par l’auteur. La politique ne vaut finalement rien, sinon dans les rapports humains entre Paul et Bruno. La religion catholique qu’incarne la sœur de Paul et son mari n’est pas inutile mais ne semble pas pouvoir aider les autres. Des questions restent en suspens et plusieurs pistes sont interrompues sans que l’on sache trop pourquoi (de mystérieux attentats, une parodie d’élections portant au pouvoir un ersatz d’Hanouna). Reste un plaidoyer pour une vie simple et retirée, une profonde méditation sur la maladie et la mort et une très belle histoire d’amour, comme une petite veilleuse pleine d’espérance au milieu d’un monde qui s’effondre.


Anéantir de Michel Houellebecq
Flammarion, 734 p., 26 €

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