En 1981, François Mitterrand est élu pour sept ans chef de l’État avec un programme économique insoutenable. Il le met en œuvre. En quelques mois, les premières difficultés surgissent. Au bord de la ruine, la France navigue à vue, enchaînant les dévaluations pour tenter d’éviter la banqueroute. Le chômage explose. En principe, l’expérience socialiste aurait dû prendre fin brutalement. Mais François Mitterrand va alors utiliser trois armes lui permettant de se maintenir au pouvoir. Ces armes sont devenues les piliers de l’idéologie qui nous gouverne.
En premier lieu, François Mitterrand savait que le régime instauré par le général de Gaulle lui garantissait une assemblée nationale incapable de faire chuter son Premier ministre. Il n’avait pas à composer avec une majorité fluctuante et versatile. Il disposait par conséquent d’une mandature parlementaire, soit cinq années, sans risque de voir ses ministres renversés. Les échecs lourds de sa politique économique, l’impopularité forte des débuts de sa présidence ne l’obligèrent donc pas, dès la fin 1982, à se retirer ou à s’en remettre à une nouvelle majorité. Sa défaite aux élections législatives de 1986 ne le contraignit d’ailleurs pas à démissionner : il inventa la cohabitation.
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Cette situation est généralement considérée comme prouvant la solidité de nos institutions. Mais, en réalité, en renonçant à la posture gaullienne voulant qu’un président désavoué par les urnes quitte sa fonction, Mitterrand a lourdement perverti la logique du régime. Il a opéré un abaissement, abandonnant l’âme de la constitution pour se réfugier derrière un juridisme de petit boutiquier, afin de se maintenir à l’Élysée. Il transforma une lecture de la Vème République fondée sur des principes politiques forts, pour la réduire à un jeu de chipotage sur l’interprétation des alinéas constitutionnels par des professeurs de droit. Dans le même temps, il mit insidieusement à bas le parlementarisme. Quels que soient les échecs et erreurs de ses gouvernements, quel que soit le rejet par l’opinion de la politique conduite, il apporta la preuve manifeste que rien ne peut atteindre le pouvoir élyséen. Depuis, il est établi que le chef de l’État ne court plus aucun risque démocratique en cours de mandat. L’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral imposant le scrutin présidentiel avant le scrutin législatif n’ont fait ensuite qu’aggraver le phénomène d’asservissement de l’Assemblée nationale.
François Mitterrand reprochait à la Vème République ses allures de régime plébiscitaire aux relents bonapartistes. Lui et ses successeurs la transformèrent méthodiquement en un système de sinécures sans éclat, cette coalition actuelle de rentiers de sous-préfectures amateurs d’eaux tièdes.
L’opération de propagande ayant parfaitement réussi, il devint impossible pour la droite, soumise à l’infériorisation morale que lui imposait la gauche, de s’opposer au laxisme migratoire
En second lieu, François Mitterrand imposa à la France une doxa économique et sociale qui nous domine encore. Face au bilan désastreux des mesures prises en 1981, le pouvoir socialiste opéra en 1983 le « tournant de la rigueur ». Il s’est agi alors d’appliquer un programme restrictif, visant à tenter de remédier à la crise et à l’explosion du chômage. Cependant, au lieu de procéder à de véritables réformes destinées à réellement redresser la situation de notre économie, les mesures mises en œuvre constituèrent autant de pis-aller mortifères pour notre industrie et l’emploi. Aucun véritable plan de libéralisation, aucune restructuration globale de la dépense publique, aucune réflexion stratégique efficace ne virent le jour. Nous sommes entrés, pour ne plus en sortir, dans la période du traitement social du chômage, du gonflement des impôts, du creusement des déficits et du recours systématique à l’endettement. Le modèle social bascula dans l’assistanat. Les allocations ne servent plus à protéger les victimes temporaires des fluctuations économiques. Elles sont devenues la base d’un mode de vie permanent, plus ou moins miséreux, enfermant des pans entiers de la population dans des trappes à pauvreté sans issue. Dans le même temps, la fonction publique plaça la nation sous son joug. Notre État se laissa définitivement emporté par les logiques bureaucratiques, multipliant les postes inutiles. Le mille feuille administratif devint de plus en plus lourd, notamment sous l’effet de la décentralisation et de la déconcentration initiées toutes les deux au début des années 1980.
Cette stratégie fut terriblement destructrice tant sur le plan économique que sur le plan social. Mais la réélection de François Mitterrand à la présidence de la République, en 1989, sembla lui donner raison sur le plan de la stricte tactique politicienne. Depuis cette date, et quelles que soient ensuite les majorités au pouvoir, il règne un dogme selon lequel la France constituerait une nation à ne pas réformer, la solution consistant toujours à agir uniquement sous la pression des événements, à la fois trop peu et trop tard. Au lieu de repenser les structures et les stratégies, les gouvernements ajustent les paramètres en rabotant de-ci de-là, sans rien résoudre. François Mitterrand est indéniablement le grand concepteur de cette couardise française.
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En troisième lieu, François Mitterrand imposa l’instrumentalisation permanente de l’antiracisme. Afin d’assurer sa réélection, il fragilisa méthodiquement la droite en la divisant sur le sujet de l’immigration. Grâce à sa machine d’endoctrinement constituée par SOS Racisme et l’UNEF, il imposa un amalgame lourd entre la question migratoire et celle du racisme. Toute opposition à l’immigration fut systématiquement dénoncée comme du racisme. L’opération de propagande ayant parfaitement réussi, il devint impossible pour la droite, soumise à l’infériorisation morale que lui imposait la gauche, de s’opposer au laxisme migratoire. Ce sujet se trouva alors abandonné au Front national et à la diabolisation. En conséquence, aucune politique sérieuse ne fut mise en œuvre. L’idée même d’assimilation devint un tabou. Seul devait être chanté l’hymne à la gloire de toutes les diversités, dans un angélisme général touchant à l’idiotie. Les difficultés s’accumulèrent, couverts par un déni permanent de réalité. Quand, de nombreuses années plus tard, une partie de la gauche prit enfin conscience de la problématique, il devenait trop tard pour elle. Le piège s’était refermé, institutionalisant un antiracisme dévoyé qui empoisonne encore aujourd’hui l’ensemble de notre débat démocratique.
François Mitterrand se croyait habité d’une intelligence politique toute florentine, digne d’un Machiavel. Il risque plutôt de rester dans nos annales telle une Cixi, cette dernière impératrice chinoise au visage cireux, engoncée dans son orgueil et son appétit de pouvoir. Comme Mitterrand, Cixi voulait jouer à la plus maline avec l’Histoire. Comme lui, elle momifia son pays dans une déliquescence qui faillit lui être mortelle.





