Lors de son meeting de Villepinte, Zemmour a décidé de s’adresser aux musulmans pour leur demander de faire partie de son grand projet. Comptez-vous également vous adresser à eux ?
Éric Zemmour lance sa campagne sur une promesse de radicalité, en expliquant que nous sommes beaucoup trop modérées, et qu’il fallait être beaucoup plus brutal et plus violent. Plus brutal et plus violent, il l’est incontestablement dans le constat et l’analyse, mais pour les mesures, il dit exactement la même chose que nous. Il y a deux mois, il voulait entamer la remigration et mener une croisade contre l’islam : aujourd’hui il répète ce que dit Marine Le Pen depuis quinze ans.
Pensez-vous pouvoir séduire un électorat musulman ?
Moi, je ne suis pas en guerre contre les musulmans. Un musulman qui refuse que la charia soit supérieure aux lois de la République, qui refuse de subir ce que subissent ses coreligionnaires dans des régimes théocratiques, qui se sent patriote, qui aime la France, a évidemment toute sa place à nos côtés.
Mais cet individu est-il encore musulman ? À titre de comparaison, même s’il ne s’agit pas de la même religion, un catholique va considérer que ce qui relève de la foi est supérieur aux lois de la République. Sauf que le catholicisme ne promeut pas de code juridique, contrairement à l’islam. Ou alors, il s’agit d’un autre islam que celui qui a cours depuis 1500 ans.
Même si le christianisme est consubstantiel à l’histoire de France, qu’il a absolument tout créé chez nous, le pouvoir politique en France n’a eu de cesse de vouloir mettre de côté la religion. Richelieu l’a fait avec les protestants, Napoléon l’a fait avec les juifs, la laïcité l’a fait avec le catholicisme ; cet effort-là n’a jamais été fait avec l’islam. Est-ce que l’islam est compatible ou non avec la République ? C’est aux musulmans de le dire. C’est à eux de prouver sa compatibilité, parce que nous ne sommes pas dans une terre d’islam au sens historique, que ce n’est pas à nous de nous adapter.
« Le catholicisme, c’est la religion de la liberté, qui reconnaît l’individu comme être unique, à la différence de l’islam qui ne reconnaît que la Oumma et la communauté musulmane »
Jordan Bardella
Il y a effectivement des manifestations de l’islam qui ne relèvent pas du spirituel, mais du politique. Et ça, nous ne l’accepterons pas. C’est la raison pour laquelle nous allons fermer les mosquées radicales, dissoudre toutes les associations qui refusent de signer la charte de la laïcité, que nous expulserons les étrangers radicalisés et interdirons l’idéologie islamiste.
Gérald Darmanin a fait voter un projet de loi pour « conforter les principes de la République ». Nous, nous ferons un projet de loi contre l’islamisme. De la même manière que vous ne pouvez pas vous balader habillé en nazi dans la rue, l’idéologie islamiste sera interdite quelles que soient les formes de ses manifestations. Le voile est une des manifestations de l’idéologie islamiste, parce que le voile n’est pas seulement un bout de tissu, c’est devenu un vêtement politique qui revendique une vision de la femme qui n’est pas celle que s’en fait la civilisation occidentale et chrétienne.
J’ai beaucoup parlé de la France, mais j’aurais aussi pu parler de la République dont la devise est « Liberté, Égalité, Fraternité » : cette devise est profondément chrétienne, mais laïcisée. Le catholicisme, c’est la religion de la liberté, qui reconnaît l’individu comme être unique, à la différence de l’islam qui ne reconnaît que la Oumma et la communauté musulmane. C’est pour ça que le catholicisme reconnaît le consentement au mariage, ou la démocratie.
Sur la question sociale qui vous différencie des autres droites, comme Éric Zemmour et Valérie Pécresse, annoncerez-vous des mesures nouvelles dans cette campagne ?
Selon les jours pour Éric Zemmour, et selon les semaines pour Valérie Pécresse, l’âge de la retraite devrait monter à 64, 65, voire 67 ans. C’est l’homo œconomicus qui doit mourir de fatigue au travail, faisant fi du fait que l’espérance de vie en bonne santé régresse et que l’on n’imagine pas un marin pêcheur ou un militaire travailler jusqu’à 67 ans.
De notre côté nous assumons le choix de la dignité humaine qui est la retraite à 40 annuités avec un départ à l’âge légal fixé à 60 ans basé sur ces deux critères. Aujourd’hui, vous entrez en moyenne sur le marché du travail à 22 ans et demi, ce qui fait que vous en sortirez à 62 ans et demi, sauf pour les métiers les plus difficiles, les plus pénibles. Notre priorité sera aussi de redonner du pouvoir d’achat aux Français.
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La vérité c’est que les Français ont été spoliés d’un point de vue fiscal par les gouvernements successifs. Ils subissent un véritable racket lorsqu’ils font leurs courses, lorsqu’ils paient la facture de gaz ou d’électricité. Il y a 60 % de taxes. C’est ce que dénonçait le mouvement des Gilets jaunes : de plus en plus de Français n’arrivent pas à boucler les fins de mois. Je rappelle que l’année dernière, un Français sur cinq a souffert du froid.
Notre priorité est de rendre aux Français leur pays et leur argent. Leur pays avec la question civilisationnelle, migratoire, sécuritaire ; leur argent avec la volonté de leur rendre ce que l’État leur vole, en baissant les taxes sur tous les produits énergétiques, de 20 % à 5,5 % comme pour les produits de première nécessité. Il s’agit également de rétablir la demi part fiscale pour les veufs et les veuves, d’exonérer les moins de trente ans d’impôt sur le revenu et d’impôt sur les sociétés pendant cinq ans lorsqu’ils créent une société. L’objectif étant de garder les talents en France.
Ces propositions entraînent des rentrées fiscales en moins. Comment allez-vous financer ce manque à gagner, allez-vous charger davantage les classes moyennes ?
La France, c’est 46 % de prélèvements obligatoires, c’est le pays qui, dans l’OCDE, prélève le plus. Nous ferons des économies dans les mauvaises dépenses de l’État, à commencer par l’immigration. Notre mesure qui vise à abaisser la TVA à 5,5 % sur tous les produits énergétiques pour en faire des produits de première nécessité coûtera 12 milliards d’euros quand l’ensemble des prestations sociales versées aux étrangers aujourd’hui s’élève à 16 milliards. Nous allons simplement cesser d’être généreux avec les autres et commencer à être généreux avec les nôtres. Nous allons également nous attaquer à la fraude qui représente 50 milliards d’après Charles Prats.
« En déclarant par exemple que la colonisation était un crime contre l’humanité, il a blessé beaucoup de gens notamment les harkis »
Jordan Bardella
On a constaté ces derniers temps une dégradation des relations avec l’Algérie qui refuse de reprendre ses ressortissants. Allez-vous mettre en place des sanctions pratiques pour l’y contraindre ?
La France doit se faire respecter par l’Algérie. En vérité, Emmanuel Macron a passé son quinquennat à s’excuser, ce qui n’est pas la meilleure manière de se faire respecter. En déclarant par exemple que la colonisation était un crime contre l’humanité, il a blessé beaucoup de gens notamment les harkis. Alors que des moyens de pression existent comme la mise en place des visas, la suppression des transferts de fonds pour le développement qui constitue souvent la première source de financement des pays africains.
À partir du moment où l’Algérie refuse de reprendre ses ressortissants, on coupe l’aide au développement, on refuse les visas pour venir travailler en France, et on se fera respecter. Les délinquants algériens ne fêteront plus la victoire de leur équipe sur les Champs-Élysées mais en Algérie. Nous n’aurons pas la main tremblante sur les expulsions, qui est le grand échec de Gérald Darmanin. Avant Gérald Darmanin, 50 % des OQTF vers l’Algérie étaient exécutées. Sous son ministère le chiffre est tombé à 5 %. Et se prosterner devant le monument du FLN ne risque pas d’inciter les dirigeants algériens à respecter la France.
Une grande partie de ces supporters algériens sont des jeunes nés en France, qui ont été à l’école en France. N’y a-t-il pas des mesures à prendre également du côté de l’Éducation nationale pour les inclure dans l’identité française ?
Il suffit simplement d’appliquer la loi, mais je pense hélas qu’il y a une génération de perdue. Alors que la génération d’immigrés à laquelle j’appartiens faisait sienne la phrase de Renan : « La nation est un plébiscite de tous les jours ». C’est-à-dire que tous les jours il fallait montrer qu’on était français et qu’on aimait la France. Concernant une partie des Franco algériens, cet amour n’existe que le 5 du mois quand il faut aller chercher ses allocations familiales. Mais ils trouveront en face d’eux un État déterminé à appliquer les lois et à faire respecter l’ordre. Je pense que Marine Le Pen est en capacité de rétablir l’ordre en France. Et surtout de le faire dans la paix civile, sans générer de tension ni de troubles supplémentaires.
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À propos des questions « sociétales », ne devriez-vous pas vous en emparer davantage ?
Si. De mon point de vue, ce n’est pas parce que ce ne sont pas des préoccupations quotidiennes pour les Français qu’elles ne sont pas essentielles pour la définition de notre civilisation. Les questions de société sont clivantes par définition, et peuvent faire appel à des convictions profondes, personnelles, intimes, nécessitant des débats très larges. Et nous nous souhaitons que les questions sociétales puissent être traitées, débattues et votées par référendum.
C’est à la société de définir ce qu’elle veut pour elle. Dans le détail, je suis personnellement opposé au mariage pour tous, mais je pense que c’est acquis aujourd’hui et qu’il ne faut pas revenir dessus. Même s’il s’inscrit dans une dynamique qui me déplaît, l’avis du peuple français doit être respecté. Mais dans le fond, je crois profondément que le droit n’est pas fait pour s’adapter aux désirs illimités des hommes et que ce qui est technologiquement possible mais pas toujours humainement et éthiquement souhaitable.
La PMA pour toutes par exemple instaure une discrimination de droit entre les couples homosexuels de femmes et d’hommes et va donc mécaniquement ouvrir la porte à la GPA. Et la GPA est l’étape finale de la marchandisation des corps et de la remise de la famille entre les mains du marché. Je pense dans le fond que le défi principal que nous aurons à surmonter – mis à part l’immigration – sera de résister au transhumanisme. Parce que nos sociétés sont vieillissantes et que l’intelligence artificielle représente le plus grand bouleversement économique et social qu’on ait connu dans l’histoire de l’humanité. Les pouvoirs autrefois conférés aux dieux seront dans les mains des hommes. Après la PMA et la GPA, il y aura l’utérus artificiel. Et j’avoue que si demain l’intelligence artificielle permet de résoudre des failles médicales, j’y suis parfaitement favorable. Mais pour ce qui est du transhumanisme comme satisfaction des désirs personnels, j’y suis totalement opposé. D’ici quelques années la Chine ne conservera que les embryons au QI très élevé. Et l’Europe sera une nouvelle fois, j’espère, le dernier village à résister.





