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Jade Escoffier : « La franc-maçonnerie milite contre le Rassemblement national »

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Publié le

17 janvier 2022

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Candidate affiliée RN aux départementales de 2021 dans le Vaucluse, Jade Escoffier a été exclue à la fin de l’année par son obédience maçonnique. La Grande loge mixte de France juge que l’engagement politique de son ex-membre, ayant choisi le camp de la « haine » et de la « discrimination », est incompatible avec ses valeurs. L’intéressée ne l’entend pas de cette oreille et attaque l’obédience en justice. Entretien.
franc-maçonnerie

Du fait de vos opinions politiques, vous avez été exclue de votre obédience maçonnique fin 2021. Pouvez-vous nous détailler les faits ?

J’étais vénérable maître d’une loge maçonnique dans le sud de la France. J’ai décidé de me présenter aux élections départementales en binôme avec une personne qui fait partie du Rassemblement national. Moi, j’étais sans étiquette mais affiliée au mouvement de La Droite populaire, puisque je connais Thierry Mariani depuis près de vingt-cinq ans. Quand des membres de La Droite populaire sont venus me chercher, j’ai accepté volontiers et me suis dit que ce pouvait être une expérience intéressante, dans la mesure où je suis déjà élue dans ma commune depuis 2014.

L’ayant appris, la hiérarchie de votre obédience a décidé de vous exclure. Comment cette exclusion s’est-elle déroulée ?

Début mai par écrit, j’ai signalé ma candidature à mon obédience, la Grande loge mixte de France, parce que je sais effectivement que la franc-maçonnerie n’est pas forcément encline à apprécier les gens du Rassemblement national. Ils m’ont convoqué par visioconférence pour me demander des explications, ce que j’ai fait bien volontiers. Assez rapidement, ils m’ont accusée d’incitation à la haine et de discriminations. Si le début de l’entretien était relativement agréable, la fin l’était donc beaucoup moins. Ils ont souhaité m’entendre en juin, ce que j’ai refusé : à deux semaines des élections, j’avais autre chose à faire ! Finalement, ils m’ont convoqué début octobre pour un entretien afin de m’exclure. Personnellement, je n’avais pas du tout l’intention de me retrouver face à eux pour un échange qui aurait été une diatribe accusatoire.

Lire aussi : Franc-maçonnerie : exclusion manu militari d’une candidate RN

Je leur ai donc écrit un long courrier, après avoir pris le temps de lire les statuts du Rassemblement national et la charte de La Droite populaire. Je n’ai absolument rien trouvé qui soit discriminatoire ou qui incite à la haine, sachant que je connais assez bien les lois de la République et que je n’imagine pas un instant qu’un parti politique puisse être illégal. Voilà ce que je leur ai écrit et lu, mais ça ne les a pas empêché de m’exclure. Cette exclusion est uniquement due au fait que la franc-maçonnerie milite contre le Rassemblement national, ce qui ne me plaît pas du tout.

Mais sur le plan des principes et des valeurs, vous n’estimez pas qu’il y ait contradiction ou incompatibilité ?

Je n’en vois aucune. Nous sommes en démocratie et chacun a le droit de s’exprimer comme il le souhaite. Ensuite, la politique est une chose et la franc-maçonnerie en est une autre. Moi, j’ai rejoint la maçonnerie il y a quelques années pour d’autres raisons. Elle n’a absolument pas vocation à juger qui doit être élu et exclu de la vie politique.

Vous avez engagé une procédure judiciaire. Sur quel fondement repose-t-elle, et qu’en attendez-vous ?

Tout ce que je peux vous dire, c’est que cette exclusion va à l’encontre des lois de la République dans la mesure où ils ont écrit à plusieurs reprises que j’incitais à la haine et que je faisais de la discrimination. Très clairement, ils m’excluent pour des raisons d’appartenance au Rassemblement national, ce qui est faux déjà, et que ce soit vrai ou faux, ça n’a aucune espèce d’importance parce que j’estime que dans un pays libre, on a le droit d’avoir l’étiquette politique que l’on souhaite.

Certaines instances ont récupéré la franc-maçonnerie pour faire du prosélytisme politique. On est clairement face à une chasse aux sorcières

Chaque loge maçonnique est une structure déclarée à la préfecture sous forme d’association, et l’obédience maçonnique sous forme de fédération. À partir du moment où l’on vous exclut d’une association sous prétexte d’être encarté dans un parti, c’est de la discrimination politique, ce qui est interdit par la loi (article 225 tirets 1 et 2 du Code pénal). J’estime avoir été victime de discrimination politique et il est hors de question que je laisse passer ça.

Quel regard ce désagrément vous fait-il porter sur votre parcours maçonnique ? En tirez-vous une déception ?

Non, pas du tout. Pour moi, la franc-maçonnerie est noble. Beaucoup de personnes qui rejoignent la franc-maçonnerie font un travail extraordinaire. Je dirais que certaines instances ont récupéré la franc-maçonnerie pour faire du prosélytisme politique. On est clairement face à une chasse aux sorcières, et il y a en interne une vraie pression politique : en tant que vénérable maître de ma loge, j’ai reçu des courriers de mon obédience qui invitent nommément à se méfier du Rassemblement national. Ce n’est en aucun cas la vocation de la franc-maçonnerie, et je ferai tout ce qu’il faut pour que ce genre d’affaires ne se reproduise pas.

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