Comme tout ce qui se fait outre-Atlantique, la pluriparentalité débarque sur nos côtes. Ce partage libre des enfants fait partie des nouvelles revendications LGBTQIA+. Directement liée au polyamour et à l’homoparentalité, la « famille choisie » définit le statut de parent non en fonction de la filiation biologique, mais en fonction de qui s’occupe des enfants. Ainsi, toutes les combinaisons sont possibles : deux pères/deux mères, deux mères/un père, trois mères, etc. Ceux qui n’ont pas de liens biologiques avec les enfants sont les « parents d’intention » ou les « parents non-biologiques », comme pour la GPA.
Pour l’instant, contrairement à certaines provinces canadiennes, la pluriparentalité n’est pas reconnue par le code civil. Une brèche vient cependant de s’ouvrir, au grand bonheur des défenseurs de l’homoparentalité. Le 7 janvier dernier, un juge aux affaires familiales a autorisé ce que l’on nomme une « délégation partage de l’autorité parentale » à quatre parents d’intention. Il s’agit d’une délégation à un tiers de l’autorité parentale sans en priver les parents biologiques – contrairement à un transfert d’autorité parentale. L’affaire concerne deux couples homosexuels masculin et féminin, qui s’étaient entre-accouplés pour mettre au monde deux enfants et les élever à quatre. L’avocate des couples Caroline Mecary s’est félicitée sur Twitter : « #Viedavocate #Victoire Pour la première fois un JAF a accepté le partage de l’autorité parentale entre 4 parents ( 1 couple de femmes et 1 couple d’hommes qui ont eu 2 enfants), Je l’avais déjà obtenu pour 3 parents. Un pas de plus vers la pluriparentalité ».
Les parents ne sont pas des éducateurs comme les autres, ils donnent à l’enfant sa filiation, lui disent d’où il vient, le situent dans la chaîne des générations
Aude Mirkovic
En principe, la délégation partage n’est prévue qu’en cas de nécessité pour l’éducation de l’enfant. Ici, le tribunal ne s’est pas fondé sur les besoins éducatifs des enfants, mais sur le fait que les quatre adultes étaient investis dans leur éducation. Pour Aude Mirkovic, porte-parole de l’association Juristes pour l’Enfance, cette décision est problématique tant au niveau du respect de la loi, que de l’intérêt de l’enfant. « Si pareille décision doit être motivée par un besoin de l’enfant, c’est parce qu’elle n’est pas anodine. L’enfant a besoin que les rôles des adultes soient clairement définis. Or, associer un ou plusieurs tiers, non parents biologiques, à l’éducation de l’enfant, c’est finalement rendre les adultes interchangeables. Les parents ont un statut qui est spécial. Les parents ne sont pas des éducateurs comme les autres, ils donnent à l’enfant sa filiation, lui disent d’où il vient, le situent dans la chaîne des générations. Associer des tiers à l’autorité parentale, c’est créé de la confusion autour de l’enfant, car cela revient à dire que toute personne qui s’occupe de l’enfant peut être associée à la fonction de parent ».
Le juge aurait motivé sa décision par la nécessité pour les « co-parents » de pouvoir accomplir les actes importants de l’autorité parentale. Pour Aude Mirkovic, là encore, l’intérêt de l’enfant n’est pas respecté. « Pour ce qui est des actes importants, le fait que seuls les parents puissent décider permet à l’enfant d’identifier les rôles respectifs. Avoir quatre adultes détenteurs de l’autorité parentale ne va rien simplifier pour ces enfants. Pour un acte grave, il faut le consentement explicite de tous les détenteurs de l’autorité parentale. Déjà qu’à deux, c’est source de disputes, imaginez à quatre ! Il n’y a pas de simplification, puisqu’aucun des nouveaux détenteurs de l’autorité parentale ne pourra prendre de décision importante seul. Chacun vient seulement se surajouter aux parents biologiques. Ce qui expose l’enfant à des conflits d’adultes qui ne le concernent pas ».
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Quelles seront les répercussions sur le développement psycho-affectif de ces enfants ? Les militants LGBT poussent toujours plus loin leurs revendications dans le glauque, sans jamais chercher à mesurer l’incidence de leur mode de vie sur ceux qu’ils nomment leurs enfants. Une psychologue nous explique qu’il n’y a pour l’instant aucun recul sur ces nouvelles configurations familiales : « L’on peut émettre l’hypothèse que l’enfant va investir correctement ses deux parents biologiques, en se référant à l’ADN. Parce qu’avec l’ADN, il y a un mode d’investissement particulier au niveau de la ressemblance physique, qui permet une transmission culturelle et de mémoire historique. Mais pour le moment ce ne sont que des conjectures ».
Si l’ADN peut servir de repère, comment un enfant né par « ROPA » – qui fait également partie des revendications LGBT – pourra-t-il s’y référer pour trouver un ancrage et une place dans son arbre généalogique ? C’est une méthode de procréation médicalement assistée pour lesbiennes, où l’on féconde l’ovule de la femme 1 avec le sperme d’un donneur, pour ensuite implanter l’ovule fécondé dans la femme 2. Cette chosification extrême de l’enfant avec lequel l’on veut à tout prix fabriquer une filiation ne pourra pas être sans conséquences.
Les défenseurs de la pluriparentalité citent les familles recomposées pour démontrer que cette configuration n’a rien d’anormal. En réalité, la famille recomposée impose déjà son lot de difficultés aux enfants
Dans l’affaire des deux couples homosexuels, les liens de filiation biologiques sont préservés, ce qui ne garantit pas que les enfants soient épargnés selon la psychologue. « Il y a vraiment un côté apprenti sorcier. On peut aussi penser dans le cas de cette famille à quatre “parents”, qu’il y aura une dilution de l’investissement envers les enfants. Ce n’est pas la même chose lorsque l’on a seul ou à deux la responsabilité d’un enfant : si on lâche cet enfant, il meurt. Auparavant, seule la mère remplissait les fonctions de soin et de nourrissage, ensuite les pères se sont davantage impliqués dans ces fonctions très maternantes. Ce monopole de la mère impliquait un lien extrêmement fort et l’enfant se sentait protégé par l’intensité de ce lien. Plus il y aura de “parents”, plus il y aura dilution de ce lien. L’enfant risque alors de se sentir en situation d’isolement ou d’abandon. Le fait d’avoir quatre recours possibles, c’est comme si on n’en avait plus vraiment. De plus avec cette conjoncture familiale, les coordonnées œdipiennes risquent d’être brouillées ainsi que la mise en place des interdits fondamentaux ».
Les défenseurs de la pluriparentalité citent les familles recomposées pour démontrer que cette configuration n’a rien d’anormal. En réalité, la famille recomposée impose déjà son lot de difficultés aux enfants. Pour la psychologue, « dans les familles recomposées, on a des beaux-parents à qui l’on assigne d’élever en partie les enfants. L’enfant ressent à l’égard de ses parents un mélange d’amour et de haine – l’enfant est très en colère contre eux pour ce qu’ils lui imposent, mais les aime malgré tout. On arrive donc à un compromis. Vis-à-vis d’un beau-parent, il peut y avoir beaucoup plus de sentiments haineux, qui ne seront pas nécessairement tempérés par des sentiments d’amour. On a toujours beaucoup plus de mal à supporter l’autorité de quelqu’un qui n’est pas son parent biologique. Concernant la pluriparentalité, on peut supposer que l’enfant va naturellement s’orienter et s’affranchir lui-même de ces “parents” qui ne sont pas ses parents biologiques ».





