Beach House, c’est une femme (Victoria Legrand) et un homme (Alex Scally) qui forment l’un des duos les plus excitants de la pop-music de ces vingt dernières années, pour la bonne raison que leur style est reconnaissable entre mille. En quelques notes de guitares cristallines, nous savons où nous sommes. Formé en 2004 à Baltimore, le duo sort son premier opus deux ans plus tard. S’il ne déclenche pas un séisme, il fait néanmoins beaucoup parler dans le milieu de l’underground américain. Comme les livres de Modiano, les albums de Beach House se prolongent les uns les autres et refusent la rupture. Ainsi se promène-t-on dans leur discographie comme dans un paysage familier, paysage dont la majesté croît continuellement. Après Devotion en 2008, arrive le superbe Teen Dream, dont le titre pourrait à lui seul définir l’art poétique du groupe. Quatre ans après avoir enregistré un disque artisanal avec mille dollars, ils poussent leur production vers des sommets et c’est un triomphe critique. L’album est encensé partout. On y retrouve cette chaleur organique se diffusant au sein d’une atmosphère froide : les guitares glacées d’Alex Scally avec la voix de velours de Victoria Legrand donnant l’impression de larmes gelées face au feu.
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Ainsi planent les enfants terribles
L’apothéose arrive en 2012 avec Bloom, Beach House y atteignant une puissance émotionnelle, une ampleur et une pureté soniques majestueuses. Un pareil sans faute quatre albums durant est si rare que dès lors, ils n’auront plus rien à prouver. On peut être aussi passéiste que l’on veut: jamais le genre qu’ils exploitent n’avait été porté si haut avant eux. Ils ne s’arrêtent pas pour autant en si bon chemin, Depression Cherry (on notera leur don pour les titres) et Thank You Lucky Stars, leur permettant de poursuivre leur œuvre sans fausse note, ne chutant jamais, comme de merveilleux enfants terribles qui contredisent la prudence des adultes. En 2018, avec leur septième album sobrement intitulé 7, Legrand et Scally opèrent un virage plus obscur, comme pour prouver qu’ils ne sont pas que des artistes célestes. Le 18 février prochain, c’est avec Once Twice Melody que l’on retrouve le duo, lequel n’a jamais autant sonné comme un groupe. Sans nous dépayser complètement, l’arrivée d’un ensemble de cordes orchestré par le compositeur David Campbell donne une nouvelle tonalité aux compositions. Autoproduit, ce double-album est aussi un retour aux sources puisqu’il aura été principalement enregistré dans leur home-studio du Maryland. On y retrouve la patte précieuse du groupe, toutefois renouvelée, avec une atmosphère presque cinématographique. Les synthétiseurs n’ont jamais été aussi présents et l’on pense souvent à Air, particulièrement dans le morceau-titre.
Ce double-album est aussi un retour aux sources puisqu’il aura été principalement enregistré dans leur home-studio du Maryland
Un ticket pour l’ailleurs
Ainsi, pour des milliers d’adolescents éternels à la fine cuirasse, leur musique continue de représenter un ticket kaléidoscopique pour l’ailleurs. Car si les ivresses communes finissent toujours par s’estomper, celle de leur musique ne s’éteint jamais, et nous n’avons qu’à choisir un de leurs disques pour que cette lampe d’Aladin produise des miracles dans la banalité de nos vies.
Once Twice Melody , Beach House, SubPop, / Pias 14,99€






