Pourquoi le Salon de l’Agriculture est-il si important pour le monde de l’agriculture ?
Le Salon de l’Agriculture est un moment fondamental car il est la vitrine de notre agriculture. Pendant une semaine, grand public et médias sont focalisés sur l’agriculture. Il nous permet de mettre en avant ce qui fonctionne, car notre agriculture a su s’adapter et s’exporter, mais aussi de chercher des solutions pour ce qui ne fonctionne pas. Ce salon 2022 est bien évidemment particulier parce que nous sommes en année d’élection présidentielle, et que tous les candidats viennent « caresser le cul des vaches » comme on dit.
Et pour vous syndicat ?
Nous autres agriculteurs pesons 2,5% sur le plan électoral. Nous sommes un secteur stratégique car nous nourrissons le pays. Et pourtant, dans la campagne présidentielle, l’agriculture n’est pas une priorité. Il est donc très important pour nous de rencontrer tous les candidats.
Il est donc très important pour nous de rencontrer tous les candidats.
La Coordination rurale est un syndicat apartisan et n’est pas liée à tel ou tel candidat. Nous allons donc discuté avec tous les candidats, et sommes en réalité déjà en contact avec eux.
Nous avons ainsi envoyé un questionnaire à tous les responsables agriculture des candidats, leur avons transmis nos propositions et allons noter leur programme. Pour l’instant, la plupart des candidats attendent de voir comment la semaine va s’organiser avec Emmanuel Macron. Mais tout cela se précise de jour en jour. Je pense que de dimanche à jeudi, nous les aurons tous rencontrés. Ce vendredi matin, nous devions rencontrer le président Emmanuel Macron mais à cause des événements en Ukraine, nous avons été reçus par le ministre de l’Agriculture.
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Vous avez publié votre programme économique – en attendant ceux sur l’environnement, le social, l’international, l’alimentation et le foncier – et avez noté les différents candidats en la matière. Quelles sont vos conclusions ?
Sur le volet économique, rappelons que nous sommes dans le temps des promesses. C’est un temps très bizarre dans les campagnes électorales, où chacun voit qu’il va falloir une solution pour les « pauvres agriculteurs ». Et je dis « pauvres » car on dit souvent qu’on veut nous prendre par les sentiments. Pour nous, ce n’est pas une histoire de sentiments. Nous sommes la seule catégorie sociale qui ne fixe pas ses prix, qui n’arrive pas à trouver des prix rémunérateurs – et ça ne va pas s’améliorer avec l’inflation.
Nous sommes la seule catégorie sociale qui ne fixe pas ses prix, qui n’arrive pas à trouver des prix rémunérateurs – et ça ne va pas s’améliorer avec l’inflation.
Alors certes, tous nous disent qu’il faut reprendre de la marge sur la grande distribution. Oui mais comment ? Pour l’instant, ce ne sont que des vœux pieux. La plupart des candidats répondront à ces questions durant le Salon, d’où son importance.
Tous ont plus ou moins la même directive, la souveraineté alimentaire. C’est un concept intéressant, mais aujourd’hui cette souveraineté n’existe pas. Que ce soit au niveau de l’autosuffisance alimentaire : on ne produit même pas 60 % de ce que nous consommons. Nous sommes aussi dépendants énergétiquement – la guerre en Ukraine va le prouver – et sur nombre de produits comme les engrais, dont les prix ont explosé de 300%. Derrière tout cela, il y a évidemment de la spéculation. Or le rôle d’un grand État est de stabiliser la situation, et de ne pas nous brader sur le libre-marché.
La question environnementale est importante, et l’agriculture est très critiquée par une certaine gauche écologiste. Que leur répondez-vous ?
Les tenants de cette écologie punitive font de l’agribashing en faisant croire qu’on empoisonne nos concitoyens français et européens. Nous n’en pouvons plus de ce discours ! Mon syndicat regroupe des producteurs bio et des producteurs conventionnels, des maraîchers avec quelques hectares et des gros producteurs qui en ont 1500. Dans l’agriculture, chacun peut trouver sa place. Le conventionnel utilise des produits phytopharmaceutiques validés que l’écologie punitive veut bannir d’un coup pour passer au bio. Or, ce n’est pas la solution. Nous ne sommes pas contre le fait de trouver des alternatives, mais il nous faut des alternatives à efficience égale.
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Comptez-vous, fin mars, donnez un conseil de vote à vos adhérents ?
Non, nous resterons apartisans. Dans notre syndicat, tous les courants politiques sont représentés. Nous informons nos adhérents et après chacun fera son choix. Apartisan veut dire que l’on peut parler de tout en dehors, mais que le syndicat est là pour travailler avec le candidat qui sortira des urnes.
Outre la présidentielle, avez-vous des attentes particulières ?
Les États généraux de l’alimentation sont un grand sujet, peut-être la première priorité. On est dans la dernière ligne droite pour les négociations annuelles entre d’un côté la grande distribution et de l’autre l’agro-industrie. Pour l’instant, ces négociations se passent très mal et le ministre est intervenu à plusieurs reprises. La grande distribution continue à fonctionner sur ses vieux schémas, en faisant des agriculteurs sa variable d’ajustement. Les EGA veulent mettre en place la contractualisation, qui doit permettre de garantir des marchés mieux rémunérés. Elle est cependant difficile à mettre en place car personne ne veut signer les premiers contrats. Mais pendant le salon ou après, les choses devraient bouger.
Après, il y a la question ukrainienne puisque la situation va déstabiliser nos marchés. La Russie va subir des rétorsions économiques et nous en fera subir en retour, par le boycott de produits européens.
La Russie va subir des rétorsions économiques et nous en fera subir en retour, par le boycott de produits européens.
Il y a tout un tas d’autres questions sur la table, notamment celle du renouvellement des installés qui est fondamentale : dans les dix prochaines années, il y aura un départ sur deux.





