Maël de Calan revendique sa filliation avec Alain Juppé. Au risque de se faire « macroniser » il plaide pour une droite recentrée, loin de la ligne intransigeante d’un Wauquiez. Rencontre.
« Faire de la politique différemment », votre slogan, revient à chaque élection. Qu’entendez-vous par là, que voulez-vous changer et que voulez-vous garder ?
Je dénonce ce qui dégoûte les Français de la politique : la démagogie, la mauvaise foi, l’absence d’éthique, et le sectarisme. La démagogie de ceux qui sont prêts à abandonner des pans entiers de notre programme pour se rendre populaires, sur l’Europe ou les questions économiques par exemple. La mauvaise foi de ceux qui veulent taper à tout prix sur le gouvernement, quitte à critiquer des mesures que nous défendions il y a trois mois ! L’absence d’éthique qui nous a conduit à une forme de laxisme sur le plan moral. Et le sectarisme qui amène certains dans nos rangs à basculer dans des discours complotistes ou populistes. Il n’y a aucune fatalité : des milliers de Français, et je pense aux adhérents des Républicains dont je demande la confiance, aspirent à la cohérence et à la constance sur le plan idéologique.
Vous évoquez deux lignes au sein des LR, celle de Laurent Wauquiez plus intransigeante, et la vôtre qui serait plus ouverte.
Ce qui différencie ces lignes, ce sont moins les valeurs (le mérite, le travail, la nation, la liberté, la famille…) que nous partageons, ni même le détail des politiques que nous mettrions en œuvre si nous étions au pouvoir, mais deux manières de concevoir la politique. Ilya d’un côté une ligne à la fois clivante sur la forme, qui manie la transgression, et n’hésite pas à opposer les Français entre eux – le peuple aux élites, la France qui va bien à celle qui va mal, etc. – et intransigeante sur le fond, dans le sens où elle ne recule jamais devant la surenchère ou les slogans. C’est celle qui propose, par exemple, l’internement de tous les « fichés S» ou la fermeture des frontières comme réponses au terrorisme, tout en sachant ces mesures inefficaces et inapplicables. J’y oppose une ligne qui revendique le sérieux et qui recherche la crédibilité. Une droite de gouvernement qui cherche des solutions concrètes, y compris quand elles sont moins flamboyantes que les slogans d’estrade. Une droite ouverte à ses alliés du centre, qu’elle n’insulterait plus. Une droite qui cherche à répondre, aussi, aux défis du monde contemporain : le réchauffement climatique, la numérisation de l’économie, l’essor de l’intelligence artificielle.
Qu’est-ce que la droite ?
La droite, c’est d’abord la conviction que la liberté permet le développement de l’homme, et que c’est le travail, le mérite et l’effort qui permettent son émancipation. C’est la conviction que l’ordre et l’autorité sont indispensables à la vie sociale. C’est la conviction que l’homme a besoin de racines pour s’épanouir, c’est une vision optimiste mais prudente des évolutions du monde qu’on appelle le conservatisme. C’est enfin la conviction qui nous vient du général de Gaulle que la France ne serait pas la France sans grandeur, dans laquelle nous puisons notre ambition mondiale et européenne pour le pays. À cette aune, je suis clairement un homme de droite. J’y ajoute le sens de la mesure : j’ai toujours été un peu effrayé par les démagogues, qui n’ont pas un bilan très positif dans l’histoire de notre pays.
On reproche souvent à la droite son économisme, c’est-à-dire sa tentation de ne considérer que les problèmes économiques et sociaux, à l’exclusion des sujets régaliens ou des questions de civilisations.
La droite aurait tort de verser dans l’économisme, mais elle commettrait une erreur tout aussi lourde à vouloir se refonder sur une ligne identitaire et régalienne, au motif que la gauche social-libérale l’aurait privée d’espace sur les questions économiques. Dans un cas comme dans l’autre, elle deviendrait hémiplégique.
Comment définiriez-vous l’identité française ?
L’identité française, c’est une histoire, une culture, une langue et une géographie. Un trésor que nous avons en partage, dont nous pouvons être fiers et qu’il nous faut transmettre. Pour paraphraser Marc Bloch, je dirai que l’identité française, c’est vibrer au souvenir du sacre de Reims et lire avec émotion le récit de la fête de la Fédération. À cette identité nationale, s’ajoute également une identité politique qui définit les conditions du vivre ensemble : c’est la République, ses valeurs et ses lois.
L’islam est-il compatible avec la France ?
Ceux qui prétendent que l’islam est incompatible avec la France insultent des millions de Français qui pratiquent tranquillement leur religion tout en respectant nos valeurs et nos lois, et précipitent une forme de guerre civile qui est le souhait des terroristes. C’est l’islam radical qui est incompatible avec la France, à la fois parce que les valeurs qu’il propage sont incompatibles avec les nôtres, parce que ses lois veulent supplanter les nôtres, et parce qu’il combat à la fois l’occident, la liberté et la modernité alors que nous incarnons les trois.
Quelles sont vos propositions en matière de régulation des flux migratoires ?
La maîtrise des flux migratoires est une nécessité. Je propose de durcir les conditions du regroupement familial en durcissant les critères de logement et de revenu, de voter chaque année des quotas d’immigration au Parlement pour décider en toute transparence du nombre et des catégories d’immigrés que nous voulons accueillir, de réformer radicalement l’OFPRA et l’efficacité des reconduites à la frontière, pour que les déboutés du droit d’asile ne restent pas sur le territoire ce qui est massivement le cas aujourd’hui. Je pense enfin qu’il n’y aura pas de lutte efficace contre l’immigration clandestine sans coordination européenne : il faut obtenir à Bruxelles un renforcement du corps des garde-frontières créé en 2016, réviser les accords de Schengen qui ne fonctionnent plus, et forcer les Britanniques à renégocier les accords du Touquet pour qu’ils prennent eux aussi leur part de la misère du monde.
Les militants et adhérents LR semblent plus à droite que vous: comment comptez-vous les convaincre et gagner ?
Je ne sais pas s’ils sont plus à droite que moi, ce que je sais c’est que beaucoup d’adhérents en ont assez de cette forme de démagogie interne consistant à les brosser dans le sens du poil, à coup de formules lénifiantes. Je veux dire aux adhérents que la ligne clivante et contestataire ne peut pas nous faire gagner les élections (regardez où elle a mené la gauche !) et ne peut pas nous faire réussir au pouvoir. Je veux leur dire qu’on peut être fermement de droite, sans renoncer à notre culture de gouvernement.
Pourriez-vous travailler avec Sens Commun ?
Sens Commun incarne une des sensibilités de la droite, et a sa place au sein des Républicains. Mais ce mouvement ne peut pas prétendre à lui seul incarner les valeurs de droite, classer les responsables politiques entre les bons et les mauvais au regard de la seule question de la loi Taubira, et attaquer avec de virulence tous ceux qui ne sont pas d’accord avec ses idées. J’ajoute que le sujet de la relation au FN mérite d’être clarifié : aucune forme de rapprochement n’est possible avec un parti populiste, dont les idées anti-européennes, anti-libérales et xénophobes sont incompatibles avec les nôtres.
La France en trois mots c’est ?
La liberté, la culture et la grandeur !
Les maux français en trois mots ?
Le corporatisme, le pessimisme, et l’idéologie.
Quelles sont vos trois priorités ?
Changer radicalement nos pratiques politiques pour donner envie aux Français de voter pour nous; faire des Républicains un lieu de bouillonnement intellectuel et d’exigence pour avoir dans le débat public une contribution utile; faire en sorte que notre parti reste le parti d’union de la droite et du centre en évitant qu’une ligne étouffe toutes les autres.





