Dans la grande famille des cinéastes homos français, il y a les rats des villes et un seul rat des champs: Alain Guiraudie. Combien d’autodidactes gays aveyronnais communistes et fils de paysans à avoir percé dans l’art et essai subventionné ? Aucun, à part lui. Grâce à une marque pratiquement déposée, le Guiraudie-film. Soit des poursuites à ciel ouvert ancrées dans un terroir choisi avec rapports de classes sous-brechtiens, bêtes fabuleuses autant qu’invisibles, et désirs désaccordés. Le tout sur fond de fantaisie ado régressive, ma bite/ta bite (à la limite, ta chatte). Imaginons un Jean-Pierre Jeunet diabétique tentant de faire passer une fabulette d’Anne Sylvestre pour du cinéma novo brésilien façon conte social en plus drôle et tout fou. Les Inrocks, qui adorent ça, ont il y a vingt ans popularisé un mot pour désigner ces œuvrettes disruptives visant à côté pour mieux louper: « foutraque ». Guiraudie est depuis ses débuts typiquement « foutraque », militant à peine LGBT avec look passe-partout de camionneur qui fume trop – « les régions ont du talent ». Mais ses films d’abord DIY punk ont vite tourné au procédé, se mettant à ressembler à de mauvaises blagues, y compris Ce vieux rêve qui bouge, moyen métrage présenté au Festival de Cannes 2001 et adoubé par Godard.
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La fraternité par la partouze
Marxiste immature, Guiraudie comble le vide avec son obsession de la baise égalitaire. La « guerre de tous contre tous » (Hobbes) devient la baise de tous entre tous, gros, beurettes, personnes âgées… C’est bien que les vieux aient une sexualité, on est pour, mais faut-il vraiment qu’ils meurent sodomisés en plan-séquence (Rester vertical) ? Dans ce parcours de la marge vers le centre, Viens je t’emmène est l’inqualifiable dernier arrêt, une « comédie » nullissime dont on sort honteux. L’embourgeoisement y mange à tous les râteliers intersectionnels, de l’empouvoirement ménopausé au « Dites-le avec des (faux) migrants » sur fond d’attentats islamistes à peine inquiétants. Une prostituée quinqua apaise les tensions en se faisant lécher à tout va. Le héros, lâche français moyen, lui court après: chacun cherche sa chatte. Il héberge par devers lui un mineur isolé (?) qui affole voisins, dealers, flics ripoux. À la fin, son immeuble est éventré, et tout le monde veut dormir dans un seul appartement pour se tenir chaud. L’amour réconcilie dans la maison France, du moins les partouzes. Les identités ne sont bonnes qu’annulées selon le principe que l’Autre est meilleur qu’on croit, chacun ayant un petit bout d’Autre en lui.
Le sexe et la mort – traités sérieusement dans son unique beau film, L’Inconnu du lac – redeviennent des pantalonnades pour faire rire les débiles
Dégénérescence infantile
Ce qui n’empêche pas Guiraudie de tout prendre à la rigolade. Il n’hésite pas à faire figurer l’un des nombreux cunnilingus en pleine cathédrale de Clermont, dans le saint des saints: un confessionnal. Et, pire encore, de montrer plein cadre une défenestration d’homosexuel par les bourreaux de Daesh, scène qu’il fait passer pour un mauvais rêve incongru. Dans quel film censément amusant a-t-on déjà vu un homme assassiné pour de vrai? Guiraudie a beau avoir quinze ans d’âge mental, comme l’affirmait Jacques Rivette, certains travellings n’en sont pas moins immoraux et méritent « notre plus profond mépris ». Le sexe et la mort – traités sérieusement dans son unique beau film, L’Inconnu du lac – redeviennent des pantalonnades pour faire rire les débiles qui se sentiront tellement gauche plurielle de valider ça. Évidemment, on trouvera toujours pire comme transfuge de classe : Édouard Louis ou Mehdi Meklat, mais Viens je t’emmène pue tellement la transgression petite-bourgeoise qu’on voit désormais Alain Guiraudie comme le Ian Brossat du cinéma d’auteur, une dégénérescence infantile confondant Pasolini avec le collectif Adama.





