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Qui, mais qui ? Kazuo Umezu

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Publié le

28 avril 2022

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Chaque mois, L’Incorrect tire le portrait d’une personnalité qui fait rayonner les lettres et les arts contemporains. En ce mois de mars, nous tirons le portrait du mangaka Kazuo Umezu, pape de la bande dessinée d’horreur.
Kazuo

La bande dessinée japonaise est pléthorique et l’horreur y est un genre très représenté depuis les débuts du manga, soit ceux du XXe siècle, un peu comme si, chez nous, la BD franco-belge avait engendré ses Lovecraft et ses Stephen King. Ces auteurs sont même souvent de véritables vedettes dans l’archipel, où la majorité de la population croit toujours dur comme fer aux démons locaux et aux fantômes. On pourrait gloser, d’ailleurs, sur le rapport aux spectres des peuples insulaires, ceux-ci nous donnant l’impression que vivre sur une île entourée par des mers inquiétantes rendrait particulièrement poreux au monde des morts. La plupart des mangas d’horreur jouent en outre sur l’atmosphère liquide des décrépitudes, dans la grande tradition des estampes de l’ukiyo-e.

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Horreur économique

Parmi ces nombreuses « émanations du monde flottant », l’œuvre de Kazuo Umezu fait cependant figure d’exception. Le mangaka, né en 1935 dans une région montagneuse connue pour la survivance de ses rites chamaniques et considérée comme le « piédestal de Bouddha », fait pourtant très peu référence à ces traditions. Non, Umezu préfère dresser le portrait d’une société japonaise typique des années 60, marquée par une furie économique délétère qui laisse à la marge toute une partie de la population. Un fond de lutte des classes, donc, où le dessinateur se révèle maître de l’horreur gothique, mais aussi du trauma féminin. Dans Baptism, l’un de ses récits majeurs qui oscille entre le drame et l’horreur biologique à la Cronenberg, le Japonais s’intéresse au destin d’une ancienne vedette du cinéma qui conçoit une fille uniquement pour y transvaser son âme et prolonger sa jeunesse, offrant ainsi une puissante allégorie du monde capitaliste qui pousse ses membres à « posséder » littéralement leurs enfants. Cadrages inventifs, crayonnés allusifs, le style Umezu s’embarrasse peu d’affèteries, mais, comme tous les mangakas formés dans les années 50, il vise avant tout l’efficacité, la concision du découpage et la dramaturgie pure. Avec une touche supplémentaire d’angoisse car l’inspiration graphique d’Umezu lorgne du côté des chromos publicitaires des années 30, exposant à d’indicibles horreurs des enfants qui pourraient figurer sur des boîtes de bonbons.

Cadrages inventifs, crayonnés allusifs, le style Umezu s’embarrasse peu d’affèteries, mais, comme tous les mangakas formés dans les années 50, il vise avant tout l’efficacité

Les enfants du cauchemar

Glénat réédite ce mois-ci une de ses œuvres les plus plébiscitées du Japonais primé il y a quatre ans au Festival d’Angoulême, L’École emportée, fascinant exercice de style ayant inventé un genre à lui tout seul: l’horreur scolaire. Sur un prétexte qui se voudrait le croisement parfait entre Richard Matheson et Sa Majesté des Mouches, Umezu décrit une société en proie à l’hyper-violence et à des névroses fatales, hantée par la bombe atomique, ce soleil noir dont tous les cauchemars du peuple japonais sont les ombres portées. Par ailleurs, l’auteur, toujours vert, vient de sortir son premier manga depuis vingt-sept ans: une suite poétique, entièrement peinte à l’acrylique, d’un de ses plus grand succès, Je suis Shingo, avec toujours en toile de fond cette enfance bafouée en proie aux mutations les plus baroques, thème qui le hante toujours à plus de 85 ans.


L’école emportée (TOME 5), Kazuo Umezu, Glénat, 400 p., 10,75 €

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