Les organistes, parfois, croient en Dieu : inondant les églises de polyphonies célestes, ils s’élèvent plus haut que leur tribune. César Franck (1822-1890), lui, officiait à Sainte-Clotilde en grand-prêtre de l’orgue romantique, tempérant la ferveur de la foi avec l’austérité du contrepoint. Ses élèves au conservatoire de Paris l’appelaient « papa Franck » ; ils ont légué le portrait d’un homme dévot, serein, bienveillant. Tout l’inverse de ce que laisse penser le style incandescent de ses chefs-d’œuvre : la sonate pour violon est un torrent de fièvre ; le quintette avec piano, selon Debussy, fait « du paroxysme tout le temps ».
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C’est ailleurs qu’il faut chercher les contemplations d’une âme apaisée : dans les œuvres mineures. Telle cette vingtaine de mélodies dont vient de paraître la première intégrale (y compris les six duos soprano-baryton). Un éclairage bienvenu sur le souffle lyrique – encore méconnu – du compositeur né à Liège il y a 200 ans. On y trouvera des clins d’œil à la romance (L’Émir de Bengador, texte de Joseph Méry) ou à la cantate (Patria, Victor Hugo), une veine sentimentale (Le vase brisé, Sully Prudhomme) ou patriotique (Les Trois Exilés, Bernard Delfosse), des constructions faisant honneur à la mélodie autant qu’au vers d’auteurs plus ou moins célèbres. La diction éloquente de Tassis Christoyannis – idéalement accompagnée au piano par Jeff Cohen – suffit à nous convaincre que, même si l’inspiration de César Franck y est inégale, tous ces morceaux procèdent d’un même besoin: retourner, une fois les offices achevés, dans les lieux intimes de la poésie.
CÉSAR FRANCK, COMPLETE SONGS AND DUETS de Tassis Christoyannis (baryton), Véronique Gens (soprano), Jeff Cohen (piano) – 2 CD, Bru Zane





