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Trans : sport en commun

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Publié le

30 mai 2022

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Avec la massification des athlètes dits transgenres, la question des différences biologiques entre les hommes et les femmes dans le cadre sportif se pose avec une acuité nouvelle. Quelle est la profondeur de l’écart entre les capacités des organismes masculins et féminins? En traçant son origine, on découvre deux rapports au corps et à la compétition sportive inassimilables, aussi bien au niveau biologique que psychologique et culturel.
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La biologie est la science la plus réactionnaire du monde. Elle s’entête à empêcher qu’on raconte les bêtises les plus fleuries sur l’être humain, elle est le plafond de verre où, en route pour les étoiles multicolores de la voûte céleste, le rêve déconstructiviste s’écrase en une tâche dégoulinante. L’épine qui torture le plus cruellement son pied est sans doute celui des différences biologiques entre les hommes et les femmes. Et notamment en matière de performances physiques. Car nous sommes parvenus à un point où le rappeler n’a plus rien d’une lapalissade, les hommes sont significativement plus forts et endurants en moyenne que les femmes. Entrons dans les détails. Pour l’endurance à l’effort, « la taille du cœur, le volume sanguin total et le taux d’hémoglobine, protéine transportant l’oxygène, sont plus faibles chez la femme que chez l’homme », nous explique le site de l’université de Saint-Étienne. Ces différences au niveau du système cardiorespiratoire entraînent une forte variation entre les deux sexes au niveau de leur consommation maximale de dioxygène respective, aussi connue sous le nom de VO2 max, le meilleur indicateur de l’endurance. Cette VO2 max est inférieure « de l’ordre de 40 à 60 % » chez les femmes.

La masse musculaire globale est l’autre différence majeure qui explique les écarts de performance physique entre les sexes. Non seulement les hommes sont plus massifs que les femmes, mais proportionnellement à leur masse corporelle, leur masse musculaire est plus importante : « La masse musculaire constitue en moyenne 35 % de la masse totale d’un homme, contre 28 % chez la femme. Ce qui explique la supériorité masculine dans des sports nécessitant force, intensité, puissance », nous apprend cette fois-ci l’université de Grenoble. Le poids total des femmes se constitue davantage de masse grasse, à la hauteur de 20 %, contre 13 % pour les hommes. La taille plus importante de ces derniers, qui leur donne des jambes, bras, mains et pieds plus longs, les favorise aussi dans un grand nombre de sports.

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Bref, les corps masculins sont mieux forgés pour l’effort physique que leurs homologues féminins. Ce constat seul, si évident, n’a aucune signification sans explication. Pourquoi les hommes, et presque tous les mâles du vivant, sont-ils plus forts et endurants que les femelles? Pourquoi ce dimorphisme sexuel, comme la biologie nomme les différences entre individus d’une même espèce mais de sexes différents? Il faut bien sûr tourner les yeux du côté de la théorie de l’évolution: « Lorsque les mâles se battent pour accéder aux femelles, cela favorise des mâles de plus grande taille, et cela conduit à des mâles généralement plus grands que les femelles. Cela peut être renforcé par le choix des femelles, qui préfèrent alors des mâles plus grands », expliquait à Slate en 2017 Michel Raymond, chercheur en biologie évolutive au CNRS. Les facultés physiques supérieures des mâles sont principalement liées à leur compétition pour l’accès aux femelles, qui se matérialise par l’affrontement. Et que ce soient les mâles qui s’affrontent pour les femelles a été expliqué en large partie au XXe siècle par le biologiste britannique Angus Bateman. L’idée est que les femelles, puisqu’elles produisent peu d’ovules et tombent enceintes, peuvent avoir moins de descendants en moyenne que les mâles. Miser sur la quantité n’est donc pas une stratégie payante. Si leur descendance n’est pas nombreuse, il faut absolument qu’elle survive, donc qu’elle hérite des gènes du meilleur mâle possible. Les femelles préfèrent par conséquent la qualité. Les mâles doivent faire leurs preuves, ils le font par le combat.

Bon, beau cours de SVT mais quel rapport avec le sport? Eh bien, déjà, les différences physiques entre hommes et femmes s’expliquent par des mécanismes évolutifs fondamentaux. Ils n’ont rien d’un hasard négligeable et évidemment réversible, ou pire d’une carence volontaire en protéine imposée aux femmes préhistoriques par leurs congénères, d’après une théorie mise en avant récemment par une anthropologiste française. Surtout, si l’on analyse les ressorts psychologiques du sport, on comprend qu’il rejoue cette rivalité entre mâles, rivalité qui a donné aux hommes leurs corps plus développés, qui leur permettent d’exceller en sport. Les hommes sont conditionnés par l’évolution à s’affronter physiquement, et le sport a notamment le sens d’un atavisme de cette rivalité. Aujourd’hui encore, la réussite sportive est un élément non négligeable du prestige d’un homme auprès de la gent féminine.

 Les mâles doivent faire leurs preuves, ils le font par le combat.

Par ailleurs, ce fait biologique a donné naissance à des comportements culturels qui contribuent eux aussi à conférer une identité proprement masculine à la compétition sportive. Ainsi, la civilisation grecque antique, qui a développé le sport comme aucune autre avant elle, lui donnait une signification martiale évidente. À Athènes notamment, le sport devient une manière de former le citoyen-soldat idéal. Lancer de javelot, pugilat, pancrace, les activités pratiquées aux gymnases endurcissent corps et âmes en vue du choc des phalanges. Pour un Grec, la guerre est la continuation du sport par les mêmes moyens. Au Moyen-Âge, l’activité la plus proche du sport contemporain par son rôle de divertissement et par la starification de ses champions, le tournoi, ne nécessite aucune explication quant à sa proximité avec la guerre. Quand il ressuscite le sport antique à la fin du XIXe siècle, Coubertin ne pense pas à former de futurs soldats mais note sans ambiguïté dans son journal les affinités électives entre les deux arts: « Les sports ont fait fleurir toutes les qualités qui servent à la guerre: insouciance, belle-humeur, accoutumance à l’imprévu, notion exacte de l’effort à faire sans dépenser des forces inutiles ». Pour le pire, les régimes fascistes s’approprieront cette ressemblance, et utiliseront sport et guerre côte à côte pour former un homme nouveau par la sueur et le sang. Aujourd’hui, dans le monde relativement pacifié de l’Occident, les confrontations sportives jouent le rôle d’exutoire des rivalités nationales.

Par l’endurcissement physique et mental qu’il permet, par sa ressemblance plus grande qu’aucune autre activité humaine avec elle, le sport a ainsi toujours entretenu des relations intimes avec la guerre, la grande affaire des hommes, les individus de sexe masculin. Ainsi, aussi bien sur un plan psychobiologique qu’historico-culturel, le sport épouse et définit une identité masculine. Ce n’est pas simplement que les hommes y sont doués, c’est qu’ils ont des raisons profondes de l’être et d’en faire une activité centrale de leur existence. Si le mélange entre hommes biologiques et femmes dans le cadre de l’intégration des transsexuels dans le sport féminin est ainsi profondément ridicule, c’est aussi l’artificialité de l’hystérie contemporaine à propos du développement de ce dernier qui doit être interrogée, du moins comme calque de son homologue masculin.

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