Avec la Malie on a passé un bon samedi. Chez Supel Édouald ! Ah dame bondla, c’tait-ti ben ! Tout l’aplès-midi dans la galelie malchande a l’galder les belles vitlines. Et les belles lumièles !
S’auto-remplacer. S’auto-aliéner. Nos campagnes, nos villes. Prouesse ! Car la France n’a pas besoin des Russes pour détruire ses centres urbains. Les supermarchés ont commencé le boulot. Les franchisés l’ont terminé. Commerces, mémoire, population. Tourbillon aspirant. Comme une vieille crotte dans les chiottes de Darty.
En 1949, avec l’invention du premier supermarché à Landerneau par Édouard Leclerc, la France met fin à mille ans d’organisation économique et sociale fondée sur le petit commerce. La révolution industrielle avait eu raison des petits métiers artisanaux. La révolution des supermarchés aura vitrifié le petit commerce. Les franchisés achèvent actuellement les derniers indépendants. Mais patience ! La révolution d’internet va peut-être tuer à leur tour les grandes surfaces. Boucle. Tant mieux ! Finalement c’est Amazon qui aura vengé Poujade !
Car ces putains de supermarchés ont grand-remplacé tout ce qui pouvait l’être en matière de commerce de détail : les épiceries bien sûr, mais également les boucheries, les quincailleries, les fromagers, les poissonneries, les marchands de vins et spiritueux, les magasins de fringues, les librairies, les maisons de la presse, les bijouteries, les magasins d’électro- ménager, les pompes à essence. Dans la foulée, ils sont même bien partis pour remplacer les caissières. Bientôt on partira en oubliant de payer. Comme Zemmour !
Les centres-villes sont devenus nécrosés de marques mondiales. À la tête de ces magasins bornés à la charte graphique : des gérants. Fini le petit propriétaire
Si l’on ajoute les galeries marchandes, on peut inclure dans une même tête de gondole tout ce qu’un bourg comptait autrefois de commerces. Hypermarchogre. La grande distribution aura même remplacé la petite bourgeoisie commerçante qui donnait autrefois le sens du vent dans nos bourgades. Les centres-villes sont devenus nécrosés de marques mondiales. À la tête de ces magasins bornés à la charte graphique : des gérants. Fini le petit propriétaire. Le commerce transmis de petit bourgeois en petit bourgeois. Maintenant, tout le monde il est employé. D’un gros groupe anonyme et lointain. Avec un « responsable secteur » de chez La Mie Câline ou Zara à te renifler au cul en permanence. Te « fixer des objectifs » à coups de savants graphiques. Pour monter son Starbucks par exemple c’est 500 000 balles + 35 000 de droits d’entrée. Redevance d’exploitation : 6 %, Redevance publicitaire : 3 %. Crache, le connard ! Tiens, aujourd’hui, la mode ce sont les franchisés du CBD. Hier, c’était les vapoteurs. Demain ce sera quoi ?
Mais avant ces franchisés, les assassins à la carte promo ont été les supermarchés. Et ils ont tué jusqu’à la mémoire urbaine. Dans nos villes, on voit encore ces anciennes publicités. Les jours heureux ! « Dubo, Dubon, Dubonnet ». Devantures en faïence de l’ancienne pharmacie que même le Pantashop n’a pas osé effacer. Fascinant autrefois ! Cherchez dans votre ville l’ancienne Banque de France ou l’antique « bazar », leurs façades typiques. Dans cent ans, ça m’étonnerait bien qu’on cherche la trace du magasin Jennyfer de la place de la mairie !
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Car ces ombres du passé boutiquier seront les dernières. Rien ne restera de ces zones commerciales affreuses qui ont vérolé les abords d’agglomération. Tapaboum. Vulgaires. Orangeasse. Bleuasse. Dégueulasse. Fête foraine permanente. Une fois que les supermarchés et leurs zones commerciales de merde auront été remplacées par la livraison à domicile, ces grands hangars montés en trois semaines et démolis en deux ne laisseront rien. Aucun témoignage d’une époque. Vos gosses n’auront même pas la nostalgie de la mémoire commerçante de votre ville. Dans un supermarché, on trouve tout. Et surtout on trouve où se garer. C’est ça leur force : d’avoir su coller à une époque. De l’avoir façonnée. Civilisation de la bagnole et de l’éloignement. Symbole d’un temps. Dans les centres-villes, les riches et les bobos qui font leurs courses à vélo dans des épiceries bios et des bouchers new-age contemplent chaque jour les dernières traces de notre mémoire urbaine. Dans les périphéries, les ploucs qui viennent de vingt bornes alentours pour les « grosses courses » du samedi chez Leclerc ont la Foirfouille et Jardiland. Même pour acheter des piles, il y a des privilégiés. Jusque dans les détails, le peuple est entretenu dans l’aliénation et le déracinement. Dans le moche et la poubelle de la mondialisation. Finalement, c’était ça le « mouvement Leclerc ».





