Comment êtes-vous venu à la guitare ?
Mon grand-père était saxophoniste, guitariste et pianiste. Mon père et lui étaient de grands chanteurs au sein d’orchestres traditionnels. C’est un bon héritage de base. Puis mon frère a reçu une guitare pour Noël, il est devenu sacrément bon, alors j’ai voulu être bon moi aussi. Aujourd’hui je mesure l’importance de cet instrument dans ma vie ! Même s’il n’avait pas constitué mon métier, d’une manière ou d’une autre je l’aurais utilisé, car c’est un « truc » que je dois faire, une thérapie qui me place à un bel endroit. C’est une merveilleuse amie et j’en jouerai jusqu’à ma mort.
Combien de guitares possédez-vous ?
Je possède six guitares acoustiques et sept électriques. Dernièrement, je n’en utilise que deux sur scène. L’acoustique Lâg, 100 % made in France, et la japonaise K. Yairi m’accompagnent depuis plus de vingt ans. Ce sont mes préférées. Elles me rendent confiant et m’apportent du confort car je les ressens bien dans mes mains. Ce que je demande ensuite à mon instrument, c’est de bien interagir avec l’amplification et qu’il me permette beaucoup d’exploitations sonores, ce qui est primordial sur scène. Il est ahurissant de constater combien le même instrument dans les mains de quelqu’un d’autre peut sonner différemment.
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Quel est le propos de ce nouvel album ?
En tant que bon blues, il s’agit toujours de l’expression de situations de vie ! Cette fois-ci, le son s’est fait plus rugueux, plus spontané ; moins clinique que sur Awa Blues. Je voulais capter plus de dynamique en une sonorité plus essentielle, une énergie différente avec un retour aux fondamentaux du genre. Il y aurait pu y avoir des couches et des couches, mais au lieu de cela, il subsiste de simples guitares, des partitions de piano et des lignes de basse batterie basiques qui accueillent les voix. J’aime mes musiciens et je voulais que l’on ressente ce sentiment qui nous unit lorsque la rythmique fomente en nous une communion heureuse.
Pourquoi ce choix d’enregistrement à l’église Saint-Joseph de Tauranga en Nouvelle-Zélande ?
Outre le fait que le village de Matapihi dans la région de Tauranga soit lié à mes ancêtres, ce sont de solides raisons spirituelles, visuelles ou sonores qui ont guidé mon choix. Cette chapelle est un lieu absolument étonnant qui ajoute une vibration gospel et une âme spéciale à la création. Dans le blues, la musique colle souvent aux paroles, le chant peut être porté par une mélodie exaltante même si le sujet est sombre. La dimension religieuse du gospel amène toujours un sentiment d’espoir persistant. En langue maori, Ora signifie « Soyez en bonne santé ! ». Ora Blues pourrait donc se traduire par « Ayez le bon blues ! Faites-vous du bien ».
Je tiens à ce que mes chansons soient aussi satisfaisantes qu’un bon dîner dominical fait maison
Quelle est votre définition du blues ?
Le plaisir ! Le blues est un style particulièrement vaste, il peut varier en fonction de chaque pays, il peut s’avérer traditionnel ou moderne. C’est la première musique qui m’a touché : en voyant sur scène l’excellent Stevie Ray Vaughan interpréter Mary Had a Little Lamb, les notes ont provoqué un déclic dans mon esprit et je me suis dit « Je veux faire ça ! » Son album Texas Flood – que je me suis acheté avec mon premier argent de poche – a représenté pour moi une véritable révélation. C’est une musique si riche d’histoire et que je continue d’étudier. Il y a des milliers de façon de l’aborder et d’en jouer !
La tradition maori évoquée en filigrane justifie-t-elle votre rythmique singulière ?
Complètement ! Il y a une cadence et une direction artistique caractéristiques des musiciens maoris ! En Nouvelle-Zélande, traditionnellement nous chérissons le rythme. Dès notre plus jeune âge, chaque école nous propose son Kapa Haka, un rassemblement d’une cinquantaine de personnes autour de la pratique des chants – Haka – et danses maoris. C’est avant tout l’expression de la fierté d’un peuple qui célèbre la mémoire des ancêtres venus du Pacifique. Kapa signifie « rang » et la plupart des chorégraphies exigent de se mettre en ligne, c’est chez nous un sport national qui comporte ses compétitions au sein du Te Matatini, le plus grand festival d’arts du spectacle maori du pays !
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Comment êtes-vous devenu un bluesman aussi singulier ?
Le musicien et la personne que je suis aujourd’hui doivent beaucoup à mon père et mon grand-père. Ma mère chantait aussi en cuisinant, et m’a éveillée à Ottis Redding, Stevie Wonder, Deep Purple, et les inspirants artistes du label Motown. Tout ceci s’est instillé en moi sans que je m’en rende compte. Avec une dose de Kapa Haka, j’ai développé mon propre style, ma cuisine personnelle. J’établis un réel parallèle entre musique et nourriture. J’aime la nourriture simple mais délicieuse. De la même manière, je tiens à ce que mes chansons soient aussi satisfaisantes qu’un bon dîner dominical fait maison.

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