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Festivals d’été : comment survivre en restant réac et décontracté ?

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Publié le

19 juillet 2022

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Vous avez accepté d’accompagner vos amis à un festival d’été, plus pour leur faire plaisir que par réel enthousiasme. Voici quelques conseils de survie pour réactionnaire en milieu forcément hostile.
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Vous avez fini par céder à l’insistance de votre vieille bande de potes. Oui, cette bande de potes avec qui vous avez bravé la maréchaussée de votre ville de province, juchés sur des bicross tout droit sortis des Goonies, à une époque reculée on l’on dégustait encore des Mr Freeze et des Yes. Au nom de votre glorieuse enfance, vous avez accepté de les accompagner à un festival d’été, plus pour leur faire plaisir que par réel enthousiasme. Car vous n’êtes pas très enthousiaste, non : passer trois jours sur un champ de navets réhabilité en parc d’attraction pour adultes, entouré de trentenaires défoncés à la MD et de grosses filles tatouées, le ventre laminé d’infrabasses, ça a cessé de vous exciter vers 2005. Las, ce n’est pas le cas de vos amis, lesquels, chaque année, troquent leur statut de salarié pour celui de barbaque à bière. Voici quelques conseils de survie pour réactionnaire en milieu forcément hostile.

Lire aussi : Musique post-bourgeoise sur scène : le plein de festif-agressif

1. N’allez pas voir les groupes

Tout le monde le sait, mais tout le monde fait mine de ne pas le savoir : la plupart des concerts en plein air sont tout simplement impossibles à sonoriser, et particulièrement dans ces gros festivals. Ce n’est pas parce que la scène principale affiche des murs d’amplis (souvent factices) que votre groupe préféré sera audible. C’est d’ailleurs tout à fait le contraire : plus la scène est grande, plus le son se résumera à quelques beats graves échantillonnés avec des moufles. D’ailleurs, vous avez beau tendre l’oreille, impossible de reconnaître le moindre morceau de cet album qui avait pourtant marqué votre jeunesse. Il faut dire que le vent n’arrête pas de souffler d’un bout à l’autre du terrain, transportant jusqu’à vous les fréquences des scènes rivales. La conséquence de cette fatalité météorologique est un improbable mix entre Angèle et Megadeth. D’ailleurs, vous vous êtes toujours demandé qui écoute vraiment les groupes en festivals, à part les premiers rangs de fans hardcore qui espèrent sans doute apercevoir leurs bouées Bob l’éponge tanguer sur les vidéos officielles. Tout cela est très ennuyeux. Essayez plutôt de grapiller un pass VIP pour aller siroter des mojitos au frais.

2. Ne vous droguez pas

Bien sûr, pour supporter la médiocrité ambiante, ce festivisme hirsute et toutes ces harpies qui glapissent à l’unisson dès qu’un riff de guitare leur rappelle vaguement quelque chose (alors qu’en fait non, c’est juste le vent qui mixe tout seul), prendre des drogues récréatives peut apparaître comme la solution la plus adaptée. Déjà parce que le temps passe plus vite lorsqu’on est défoncé, ensuite parce que les blagues de vos vieux potes deviennent presque drôles. Cependant, ne cédez pas à cette solution de facilité : ce serait une grossière erreur. En effet, prendre de la drogue en festival, c’est comme essayer de faire des longueurs à l’Aquaboulevard. Votre trace de cocaïne si chèrement acquise finira sniffée par un coup de vent vicieux (toujours lui), votre parachute de MDMA sombrera dans un verre qui n’est pas le vôtre, votre space cake acheté à prix d’or sur le dark web finira piétiné pour se confondre avec l’ignoble terre battue. Pour vous consoler, vous avez toujours la bière Maximator à 11° dont vos potes ont acheté une palette entière au Leclerc de la zone industrielle. Optez plutôt pour le carré VIP.

Pour vous affirmer avec style, optez pour un polo Lyle and Scott et pour un pantalon à pinces en jersey, le tout porté avec une paire de bottines Jaipur, idéal pour allier classe et confort tout terrain

3. Ne parlez à personne

Vous vous souvenez d’une époque pas si lointaine où les musiques alternatives étaient la chasse gardée d’une petite élite de mélomanes, d’artistes en souffrance, d’aristocrates superbement drapés dans leur snobisme post-adolescent. Malheureusement pour vous, la marge est devenue la norme. Désormais, votre banquière arbore des tatouages tribaux, votre boulangère à un anneau dans le nez et même votre grand-mère a entendu parler de Darkthrone. Désormais le métal, le rap et la plupart de ces trucs binaires qu’écoutent vos gosses sont devenus tout à fait acceptables et plus du tout dangereux. Désormais, tout est avalisé par Télérama et par Arte Concert. Autant vous dire qu’entre les comités d’entreprise venus se déniaiser par essaims braillards et les néo-féministes à cheveux bleus qui vous toisent lugubrement dès que votre regard coulisse par inadvertance sur leur mini-short, vous risquez de vous ennuyer sec. La solitude sera donc une condition essentielle de survie : prenez un bon livre qui tient dans la poche, sa compagnie vous suffira. Les Récits d’un pèlerin russe ou les Stromates de Clément d’Alexandrie feront parfaitement l’affaire.

4. Affirmez votre style

Les festivals d’été sont un exutoire pour tous les frustrés de l’existence. Outre les festivaliers-type (bermuda camouflage, teeshirt Hellfest et chapeau de cow-boy à cordelette) qui sont les plus endoloris psychologiquement et profitent de l’occasion pour arborer des styles qu’ils jugent « extravagants » mais qui leur donnent surtout l’air de sortir d’une ZAD ou d’une soirée costumée Mad Max, on trouve ces trois types en déguisement de pénis gonflables qui s’imaginent toujours aussi drôles année après année, mais également ces gamines revêches qui ont l’air de sortir de la Japan Expo ou d’un bordel berlinois, résilles trouées et chaussures compensées à l’appui. Vous aurez aussi droit à votre ration de tatouages immondes et de sarraus mélenchonistes. Pour vous affirmer avec style, optez pour un polo Lyle and Scott et pour un pantalon à pinces en jersey, le tout porté avec une paire de bottines Jaipur, idéal pour allier classe et confort tout terrain. Votre chemise à martingale sera jetée élégamment sur vos épaules et votre seule excentricité sera une médaille miraculeuse portée en pendentif, histoire de repousser les assauts des grognasses sataniques. La nuit, optez pour une veste en tweed de chez Hackett – qui vous donnera l’air décontracté tout en vous protégeant de la rosée matinale.

Lire aussi : Éditorial culture de l’été : Listes contraires

5. N’y allez pas

Faites comme le bon des Esseintes dans À Rebours, lorsqu’il se pique d’aller à Londres et qu’au lieu de se rendre à la gare il bifurque au dernier moment pour aller siroter un porto dans une Bodega de la rue de Rivoli remplie d’Anglais, se contentant de feuilleter un guide touristique Baedeker. Il vous suffira de vous arrêter dans l’hôtel Ibis le plus proche du festival et de passer votre week-end à déguster du houmous aux citrons confits, à siroter les mignonnettes agréablement disposées dans le mini-bar en écoutant vos groupes préférés sur un discman repêché pour l’occasion dans un vide-greniers. Succès assuré.

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