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BRUXELLES INCORRECTE

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Publié le

16 octobre 2017

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ExpoBaudelaire

 

[qodef_dropcaps type= »normal » color= »red » background_color= » »]l[/qodef_dropcaps]e musée de la ville de Bruxelles trouve prétexte des notes assassines que Baudelaire lui consacre pour montrer la capitale belge à l’époque du poète français. À l’ère des obsédés du stigmate, les Belges optent pour l’autodérision.

 

Que leur a-t-il pris, à nos amis belges, d’exposer Baudelaire et son verbe acerbe, outrancier, violemment tourné contre un peuple et un royaume tout neuf, les leurs ? « C’est un projet personnel », admet d’emblée Isabelle Douillet-de Pange, historienne, conservatrice en chef des musées de la ville de Bruxelles et commissaire de l’exposition. « Depuis toujours, j’adore Baudelaire et je connais ce texte. Quoique bruxelloise, il m’amuse. C’est un texte complètement outrancier, produit par un cerveau malade. Baudelaire l’a écrit à la même époque que le poème en prose Any where out of the world qui se termine ainsi : “N’importe où ! N’importe où ! pourvu que ce soit hors du monde !” Le poète était dans une grande phase de détestation de tout et de misanthropie. Il pensait pouvoir changer de vie en s’installant en Belgique, quitter l’oppression de Paris, de Jeanne, des dettes, mais il s’est retrouvé prisonnier de Bruxelles. Il s’y sentait mal, la prison financière et morale s’est resserrée en Belgique. » À cette époque, en effet, Baudelaire va plus mal que jamais, après l’échec éditorial des Fleurs du mal, l’œuvre de sa vie qui ne lui a rapporté qu’un procès. Sa rage retombe sur la Belgique. Néanmoins, les notes qu’il a prises pendant ces deux années s’avèrent un document historique précieux. « Il donne des idées sur les odeurs de la ville, les bruits ; des traces d’une vie presque inconnues. Le point de vue de Baudelaire sur Bruxelles est extraordinairement sensuel. Il se révèle un guide étonnant, quoique son point de vue soit à charge. »

 

« J’ai poussé car je trouve ça drôle »

Afficher ses textes à Bruxelles, c’est l’occasion idéale de présenter des documents, des tableaux, des photographies qui montrent ce que fut la ville il y a 150 ans. Pour ce qui est de la charge furieuse et extraordinaire contre la Belgique et le peuple belge, Isabelle Douillet-de Pange estime qu’il s’agissait d’un essayage de griffes. Baudelaire voulait revenir avec un pamphlet plus furieux encore contre la France, c’est ce que sa correspondance laisse paraître. Celle qui est à l’origine de cette exposition assume pleinement son rôle : « J’ai poussé car je trouve ça drôle. » Quant à la réception par le public belge, elle n’est pas du tout ce que nous pourrions craindre, nous autres, habitants d’outre-Quiévrain. « L’autodérision est un trait de caractère belge, confirme la commissaire de l’exposition. Cela nous amuse. La Belgique a toujours amusé la France, c’est le syndrome du petit adossé au géant. Nous aimons faire rire. » Tous les visiteurs ne rient pas, reconnaît-elle toutefois, mais du moins 95% d’entre eux. « Le peuple belge est très enclin à l’autocritique et d’ailleurs certains visiteurs sont venus me voir pour me dire qu’ils reconnaissaient une part de vérité dans certaines saillies du poète. Et puis, la ville qu’il a décrite est tout à fait différente de ce qu’elle est aujourd’hui. »

 

Des médias français coincés de la glotte

Les médias français, pourtant, semblent gênés par le sujet de cette exposition, si bien que peu en ont parlé. « Il y a eu une belle couverture de l’AFP », explique Isabelle Douillet-de Pange, laquelle est néanmoins forcée de convenir que cela a sans doute bien arrangé les médias car la plupart n’ont fait que reprendre la dépêche dans son entièreté. C’est comme si la hargne de Baudelaire envers le peuple belge nous incombait, à nous autres Français, et que nous dussions nous en excuser, alors même que les Belges rient de cette belgophobie radicale. « Une équipe de France 2 est venue mais il est vrai qu’elle était mal à l’aise », reconnaît encore la commissaire de l’exposition, avant de poursuivre que les médias belges, eux, ont très vite compris le projet, celui de montrer une face inconnue de Bruxelles. « Tout le monde a beaucoup ri, dit-elle, et Baudelaire est passé au second plan. »

Peut-être est-ce là une des clés : les Français ne peuvent pas concevoir que Baudelaire soit avant tout un prétexte à déshabiller Bruxelles !

 

L’œil de Baudelaire

Baudelaire fut l’un des premiers à percevoir l’originalité du baroque des églises bruxelloises. « Il y voyait ce style joujou qui l’émerveillait et il faudra attendre la f n du XXe siècle pour que d’autres grands esprits remarquent la beauté extraordinaire de ces églises », poursuit la conservatrice. Il n’empêche que ce sont des citations du poète telles que celle-ci qui guident le visiteur : « La Belgique est une lourdaude qui veut inspirer des désirs. » Certaines œuvres ont même été installées pour illustrer ses propos, quand d’autres forment un contrepoint. « À un homme qui m’écrivait que j’attisais la haine entre les peuples, avec cette exposition, j’ai répondu que tant que je ferai de l’histoire (et je suis historienne), je ne ferai pas d’histoire politiquement correcte », lâche Isabelle Douillet-de Pange avec une douceur qui rend ses mots d’autant plus vifs. « J’en ai marre des expositions lisses où l’on croit avoir compris quelque chose, alors que la vie est plus complexe que cela. » Nous n’aurions su mieux conclure

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