Skip to content

Alain Robbe-Grillet : pervers pépère sans habit vert

Par

Publié le

31 octobre 2022

Partage

L’académicien raté Alain Robbe-Grillet, inventeur d’un « Nouveau roman » aussi vieux désormais qu’une Traban rouillée, est toujours célébré dans l’édition. Voici pourquoi c’est une erreur.
monstre

C’est l’histoire d’un quiproquo. Entre le nouveau et le roman, entre un homme et la littérature, entre Roland Barthes et la critique, entre la France et l’art, entre l’intelligence et la modernité. Cette histoire a un nom, un peu ridicule, Alain Robbe-Grillet, et un vague arrière-goût d’ennui. Résumons. Un jeune homme, qui fut collabo par paresse sous l’Occupation et se laissa envoyer au STO sans grincher, découvre après-guerre et longtemps après tout le monde que le nazisme, c’était l’ordre. Ni une ni deux, révolté et effronté, il décide d’écrire des choses en désordre pour protester. 

On est en 1953. Ça s’appellera Les Gommes, habile roman policier publié aux jeunes et branchées Éditions de Minuit, dirigées par Jérôme Lindon, et supervisées par le tout-puissant Paulhan depuis Gallimard. Il y est suivi par Nathalie Sarraute et Claude Simon, qui pratiquent le même mauvais artisanat de la plume, ce qui permet à Roland Barthes de les rassembler dans un courant littéraire artificiel, baptisé avec une originalité confondante « Nouveau roman ». On leur reconnaît quelques qualités communes, comme l’influence de l’existentialisme sartrien, le refus du réalisme et « l’engagement » (il signe la « Déclaration du droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie », ce qui coûte moins qu’affronter la SS). Des qualités en effet très communes.

Son dernier livre, Un roman sentimental, paru en 2007, et vendu comme un « conte de fées pour adultes » parle en effet d’enfants sexuellement torturées

Banal comme le diable

Pris lui-même au dépourvu, et toujours paresseux, (« Je ne suis pas un théoricien du roman ») Robbe-Grillet ne sait pas ce qu’est le nouveau roman – et nous non plus d’ailleurs – mais décide de prendre la vague et de vendre sans effort des livres mal construits et qui ne renouvelleront rien. C’est sans doute de là qu’on peut dater le début de la fin de la France comme première nation littéraire du monde.

Peu importe à notre importun, il publie à son petit rythme et devient même scénariste pour Resnais (le sublime L’Année dernière à Marienbad). Surtout, avec sa femme Catherine, il se laisse aller à ses mauvais penchants, ceux du sadomasochisme et pire si affinités, et hésite d’autant moins à le raconter que ça fonctionne pendant ces décennies porcines. Dans ses entretiens posthumes récemment publiés (et qui sont finalement l’occasion de ce méchant papier), notre barbu éclaire un peu plus sa perversité : dans un « J’aime / j’aime pas » qui ouvre ces pages, au milieu des quelques banalités qui le caractérisent, Robbe-Grillet livre : « J’aime bien les petites filles, surtout si elles sont jolies. Je n’aime pas trop les petits garçons ».

Lire aussi : Éditorial culture de novembre : Aspersions

Tony Duvert – qui sera directeur de Minuit – et Gabriel Matzneff ne le contrediront pas. Poursuivant pépère son chemin, Robbe-Grillet devient pape, est élu à l’Académie française mais refuse d’y porter l’habit vert. Son dernier livre, Un roman sentimental, paru en 2007, et vendu comme un « conte de fées pour adultes » parle en effet d’enfants sexuellement torturées. Gageons que la littérature n’y aura pas gagné ce que la morale y aura encore perdu. C’est le monde « où les nouvelles souffrances se déguisent sous le nom des anciens plaisirs », comme savait Debord.

2008 nous délivrera enfin de sa présence. Il n’aura jamais siégé avec les Immortels. Mais il y a une autre immortalité, qu’on lui souhaite de ne jamais goûter. Elle s’appelle l’enfer.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest