Ce 29 novembre, nous avons rendez-vous à 8 h au sud de Paris, devant la prison de Fresnes. Une délégation de cinq députés du Rassemblement national membres de la Commission des lois, vient y faire une visite : Stéphane Rambaud, Gisèle Lelouis, Marie-France Lorho, Timothée Houssin et Edwige Diaz. Loin du Palais- Bourbon, il s’agit pour eux de se faire une idée du fonctionnement, des conditions de vie carcérale, mais surtout de soulever – à juste titre – la question de la surpopulation causée par une surreprésentation d’étrangers parmi les détenus. Le contexte de la visite n’est pas innocent : Gérald Darmanin vient d’annoncer un énième projet de loi sur l’immigration. Or, le constat est sans appel : l’établissement pénitentiaire de Fresnes dispose de 1 400 places pour 1 900 personnes incarcérées, dont presque 900 personnes étrangères de plus de 80 nationalités.
Fresnes est la plus vieille prison française, 123 ans, et cela se ressent. On se croirait dans un vieil hôpital psychiatrique, ceux qui servent de décor aux films d’épouvante. Une longue allée centrale et trois ailes perpendiculaires, divisées chacune en deux zones. De lourds portiques de sécurité entre chaque zone, et chaque aile. C’est dans ce complexe que sont incarcérés les hommes.
Fresnes est la plus vieille prison française, 123 ans, et cela se ressent. On se croirait dans un vieil hôpital psychiatrique, ceux qui servent de décor aux films d’épouvante
Nous levons les yeux : trois étages de cellules. Ça crie, les serrures claquent, l’atmosphère est chargée. Je suis du regard un détenu deux étages plus haut, il soutient mon regard tout en marchant vers sa cellule escorté par un gardien. J’interroge un membre de notre escorte : « Il sort de la douche ». Pour se laver, il n’y a qu’une salle de douches par zone avec six cabines individuelles. Six cabines de douches pour 80 détenus. Ils n’ont droit qu’à une douche de dix minutes, tous les deux jours. « À l’époque de la construction de Fresnes, c’était une révolution d’avoir les toilettes dans la cellule, mais la douche ce n’était pas possible. Aujourd’hui dans les nouvelles prisons, il y a la douche dans les chambres ».
Quant aux couchages, il m’explique que Fresnes est l’une des meilleures prisons de France : « Ici on n’a aucun matelas à même le sol. Les cellules ont une bonne hauteur sous plafond, ce qui nous permet de superposer des lits, jusqu’à trois par chambre. Normalement l’encellulement devrait être individuel, mais on ne peut pas refuser une incarcération. On n’a pas le choix, on doit caser les nouveaux arrivants là où il y a de la place ».
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Nous arrivons aux cours de « promenade ». Le décor est à vomir : la façade des cellules est d’une crasse hors norme. Malgré des grillages très serrés, les fenêtres des cellules sont reliées entre elles par des espèces de guirlandes – dont on n’a pas très envie de connaître la matière. C’est ainsi, avec des bouteilles en plastique, que les détenus « se passent le sel » comme disent les gardiens. Comprendre des stupéfiants.
Les promenades se font dans de petites cours. « L’avantage, c’est que les gardiens peuvent intervenir en cas d’agression. Dans certaines prisons, quand ils sont 300 dans la cour, pour un seul gardien, il ne peut rien faire ». Les murs maculés de crachats sont surplombés de barbelés. Des cris résonnent : « Ta mère la pute j’la baise ! Enculé ! » L’un des gardiens relativise : « Faut voir ça comme de l’amour ». Un autre rit jaune : « Ma pauvre mère, vu ce qu’elle a pris ici, j’espère au moins que c’était bon ». Ambiance. Le directeur est fier de nous montrer les nouvelles cours de promenade : rénovées, flambant neuves, mais pour combien de temps ? Le règlement prévoit une heure de promenade par jour, même pour les détenus placés à l’isolement.
Des médecins, y compris des psychiatres, ainsi que des psychologues d’un hôpital extérieur travaillent avec la prison. Le délai d’attente pour un rendez-vous peut être long : plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Il est très difficile de bénéficier d’un suivi régulier. On comprend mieux les filets anti-suicide qui séparent chaque étage du sol.
Le directeur est fier de nous montrer les nouvelles cours de promenade : rénovées, flambant neuves, mais pour combien de temps ?
Les parloirs se situent au sous-sol. Une forte odeur d’humidité nous prend dès les escaliers. Les « box » qui permettent aux détenus de voir leurs proches sont minuscules, certains entravés d’une vitre de plexiglas (vestige du Covid 19). Quarante-cinq minutes dans un clapier humide et sale pour voir ses proches, seulement sur rendez-vous quand il y a de la place : c’est ce qui permet de maintenir un lien essentiel pour les détenus « mais surtout pour les familles, qui n’ont souvent rien demandé ».
Le quartier des femmes se trouve dans un bâtiment extérieur et compte environ 120 détenues. Lorsqu’une détenue est enceinte, elle est envoyée dans un pénitencier disposant de cellules mère-enfant et d’une nurserie.
Un gardien nous raconte : « Un jour, j’ai eu le droit à un accouchement en cellule. La femme venait d’arriver, elle était supposément enceinte de trois mois et paf ! Les pompiers sont venus, tout s’est bien terminé, mais je peux te dire que t’es jamais préparé à ça ». Les femmes qui accouchent en prison peuvent garder leur enfant 18 mois, voire un peu plus selon les cas. « C’est pour cela qu’on ne les garde pas. Ici on n’a pas ce qu’il faut pour suivre leur grossesse, ni de nurserie pour les enfants ».
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En entrant dans le bâtiment des femmes, nous sommes tous frappés par le changement d’odeur et d’ambiance. La tension retombe. Ici, ça sent bon, ça sent le propre. Les murs sont colorés, décorés de fresques. Nous croisons trois détenues revenant de la bibliothèque, habillées comme dans la vie de tous les jours. Je suis attendrie par la seconde : une très jeune femme maghrébine, au style enfantin avec son manteau brillant arc-en-ciel, et de longs cheveux. Elles sont rapidement enfermées dans une « salle d’attente » par une gardienne. Elles n’étaient pas censées nous croiser ainsi.
Nous entendons de la musique. Le directeur explique: « Aujourd’hui, c’est un peu animé, car nous participons au Téléthon ! Les détenues ont l’occasion de faire un parcours sportif en soutien de l’association ». L’une des cours de promenade est réservée aux activités sportives. Dehors, du rap résonne et des femmes se détendent à l’air presque libre. Certaines en profitent même pour se coiffer les unes les autres. Sur la façade, les fenêtres ont un quadrillage bien moins serré que chez les hommes. Pourtant, tout est propre, aucun fil entre les cellules.
Les détenues radicalisées sont placées dans un quartier d!isolement, à part. Elles sont sept, toutes françaises. Certaines reviennent de Syrie. « Elles sont évaluées à leur arrivée ici. En fonction de leur profil et du danger qu!elles représentent, elles seront envoyées dans le pénitencier qui convient le mieux », explique le directeur. Edwige Diaz pose la question des vêtements ostentatoires allant de pair avec leur idéologie. La réponse est sans appel : « Ici, elles n’ont le droit de porter des vêtements religieux que dans leur cellule ». C’est sur cette note plus sombre que s’achève notre visite. Retour au sas, chacun récupère son téléphone, et la porte de Fresnes se referme derrière nous.





