Le monde de l’édition est devenu fascinant. Féminisé à outrance, son catalogue de doléances évoque une arrière-boutique de Marie-Claire : il suffit désormais de se baisser pour ramasser, dans toutes les grandes maisons, les fascinants reliquats de cette littérature ménagère qui semble être la norme – et ce depuis l’adoubement de la fumeuse Annie Ernaux, Nobel du roman sans estomac, sans poil, sans sueur, sans rien. Mais Annie Ernaux, chers amis, n’était qu’un hors-d’œuvre. Une mise en bouche. Rien ne vous préparé à ce qui va suivre : le dernier opus de Christiane Taubira, mérou officiel de la République sororolâtre.
Maxi réunion tupperware
Lorsqu’elle n’est pas garde des Sceaux ou conseillère régionale, Christiane Taubira se rêve en Senghor au féminin, en hérault femelle de la créolisation si chère à Jean-Luc Mélenchon. Son dernier méfait en date, Frivolités, coche tellement toutes les cases du pensum wokistanais qu’on jurerait un pastiche écrit par un mauvais plaisant. Jugez un peu : Frivolités, c’est une pièce de théâtre injouable où une dizaine de femmes « qui représentent les phénotypes des cinq continents » (sic) dissertent sur leur condition, sur l’état du monde, sur la masculinité toxique, sur la condition des migrants, des prostituées, sur l’Obamacare et… sur l’endométriose. Une sorte de maxi-réunion tupperware en technicolor Benetton, sonorisé à coups de «percussions amérindiennes», de reprises d’Henri Salvador et animée par de jeunes danseurs qui se « livrent à des acrobaties de hip-hop » (re-sic). OK Boomeuse.
Le résultat, c’est un babil de 400 pages proféré par une ravie de la Crèche Globale et où les clichés et les plus redoutables conventions du post-féminisme s’enchaînent avec la régularité d’un métronome
Dès les premières pages, on est dans le cas d’école : on passe sans prévenir de pompeuses déclamations mongolo-cosmopolites (dont cet impayable « Ah, quelles enjambées / n’a-t-il pas accomplies / le chef Raoni / depuis l’Amazonie / jusqu’à la CPI ! ») à des discussions de comptoir sur la domination des hommes et sur le cinéma. Sans compter les didascalies complètement hors sol, tellement grotesques qu’on aurait presque hâte de les voir en vrai, sur une mise en scène d’Olivier Py : « Les six femmes commencent toutes par quelques mouvements old way, elles y ajoutent des contorsions avant de se lancer dans une démonstration de vogue fem, elles terminent par une espèce de compétition de dips et de drops. » Sans oublier, bien sûr les blips et les blops.
Un chef-d’œuvre du genre
On atteint probablement le summum du grotesque au cours de ce fameux dialogue consacré exclusivement à l’endométriose, alpha et omega du combat féministe moderne, où nos revanchardes bonnes femmes se lamentent que la maladie ne soit pas « une injure au masculin » : « ce salaud d’endométriose, par exemple ». Il faut le lire pour le croire. Bien sûr, Taubira cache son inanité philosophique en se planquant opportunément derrière ses personnages, qui incarnent tous des archétypes outranciers de la féminité contrariée, sauf qu’elles ne sont presque jamais contredites : le résultat, c’est un babil de 400 pages proféré par une ravie de la Crèche Globale et où les clichés et les plus redoutables conventions du post-féminisme s’enchaînent avec la régularité d’un métronome.
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Jusqu’au dernier dialogue, jusqu’à la dernière page, où l’un des personnages se lance dans un discours consternant sur la différence dépourvu de toute ponctuation (et de toute intelligence). Taubira est en roue libre. Aucune unité de ton, de discours ou même de rythme, la forme théâtrale servant de cache-misère pour ânonner ses préceptes de matriarche Wish, contaminée par tous les tropes du politiquement infect. Le cancer terminal de la pensée de gauche, déployé dans toutes les dimensions, et sous vos yeux ébahis. À ce niveau, cela relève presque du chef-d’œuvre.





