Sur le plan plus politique, le clivage droite-gauche a-t-il encore un sens pour vous ?
Pierre-Romain Thionnet : Le clivage droite-gauche n’est plus celui qui permet de comprendre le paysage politique. Il existe, mais il n’est plus essentiel ni pertinent politiquement et stratégiquement. On peut prendre tout un tas de thématiques et on verra qu’il est impossible de classer les gens à gauche ou à droite. Et surtout au-delà de la question de savoir qui est à droite ou à gauche, mon adversaire politique, c’est le macronisme.
Guilhem Carayon : Le clivage droite-gauche est ancien et vivant. Il n’est plus le seul. S’y ajoute selon moi un clivage entre ceux qui ont fait un trait sur l’histoire de France et ceux qui pensent que la défense et la promotion des intérêts nationaux sont bien la ligne de conduite de tous les États responsables et des nations qui respectent leur histoire.
Stanislas Rigault : C’est le grand pari des Républicains depuis bientôt dix ans.
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Guilhem Carayon : Il y aura un après Macron et il faut espérer qu’après cette parenthèse, qui dans le fond s’est ouverte en 2012, la France retrouve le chemin de sa prospérité, de sa puissance et de sa grandeur. Pour ma part, je crois dans le destin de Laurent Wauquiez. C’est un peu grâce à lui que j’ai eu envie de m’engager en politique.
Alors que chacun voit bien la complexité des enjeux contemporains, les formes si nombreuses d’effondrement du monde occidental, il faut à la tête de notre pays un homme d’une intelligence supérieure. Il réussit par ailleurs formidablement bien dans ses fonctions de Président du Conseil régional d’Auvergne Rhônes-Alpes. Sa réflexion personnelle est nourrie par une culture littéraire et historique remarquable. Je pense qu’on a besoin d’un tel talent pour faire face aux extrêmes difficultés de notre époque. Certains se demandent pourquoi il ne se comporte pas comme tous les autres politiques qui courent après les invitations dans les matinales. Il me semble qu’il a raison de ne pas s’enfermer dans la politique politicienne, à devoir répondre aux polémiques alimentées par la NUPES. Ces gens abiment tellement le débat public. Un Homme d’État doit savoir prendre du recul, prendre le pouls des Français, canton par canton, rencontrer à l’étranger des dirigeants et des entrepreneurs. Trois ou quatre ans, ce n’est pas trop pour tout cela.
Je suis très heureux d’être dans l’équipe qu’a formée Éric Ciotti. J’ai appris à le connaitre pendant la campagne interne, à mesurer son intelligence, sa pugnacité mais aussi sa volonté de toujours privilégier l’ambition collective et l’intérêt national à l’aventure personnelle. C’est une belle qualité suffisamment rare en politique pour le souligner.
Stanislas Rigault : Tremblez !
Guilhem Carayon : Avec l’élection d’Éric Ciotti, la page d’une fausse droite, centriste et sociale-démocrate est tournée. Notre parti réunit beaucoup de talents : Bruno Retailleau, François-Xavier Bellamy, David Lisnard, Rachida Dati, Xavier Bertrand, Olivier Marleix.
« Il y a eu parfois une malhonnêteté politique et intellectuelle pendant la campagne présidentielle qui consistait à dire que le RN avait renoncé à ses fondamentaux sur les questions migratoires ou identitaires »
Pierre-Romain Thionnet
Stanislas Rigault : Oui, mais ce clivage redéfinit aussi régulièrement ses contours. Aujourd’hui, ce qui marque la frontière, et ce qui est central pour moi, c’est la question civilisationnelle. Sur les retraites, on a effectivement des nuances et sûrement plein de choses à se dire. Mais est-on capable de discerner ce qui est de l’ordre du débat politique courant – qui bien sûr a une importance pour notre vie quotidienne et celle de nos compatriotes, et ce qui est de l’ordre de l’essentiel, de ce qui touche à notre existence même ? On pourra se remettre d’une crise de l’hôpital, on pourra même se remettre d’une crise du système des retraites, on pourra se remettre de beaucoup de crises… que si l’on existe encore comme peuple, comme nation, comme civilisation. C’est la fameuse phrase de Soljenitsyne : « On se remet d’une crise économique, jamais d’une crise identitaire. »
Pierre-Romain Thionnet : Il faut mettre une hiérarchie dans les priorités. La première question est celle de la continuité du peuple français dans son être. C’est la question majeure parce que c’est celle sur laquelle il n’y a pas de retour possible une fois que les choses sont allées trop loin. Néanmoins traiter la question sociale est aussi primordial. On ne peut pas dire aux gens : « Certes vous souffrez, mais la crise économique, la crise du pouvoir d’achat, on ne pourra y faire quelque chose que dans vingt ou trente ans, car ce qui prime c’est la question migratoire ». C’est pour cela que la ligne du RN est la plus à même de réunir les Français : elle accorde toute leur importance aux questions sociales. Il y a eu parfois une malhonnêteté politique et intellectuelle pendant la campagne présidentielle qui consistait à dire que le RN avait renoncé à ses fondamentaux sur les questions migratoires ou identitaires. En fait, à part sur les prénoms, il n’y avait aucune différence sur le programme migratoire entre le Rassemblement national et Éric Zemmour.
Guilhem Carayon : Pourquoi faudrait-il établir une hiérarchie entre la question du pouvoir d’achat et celle de l’immigration ? On doit pouvoir se battre à la fois pour la vie concrète des Français, pour ceux qui se lèvent tôt en gagnant peu, pour leur sécurité, leur santé, l’air qu’ils respirent, l’éducation de leurs enfants et simultanément changer radicalement de politique migratoire.
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Nous allons préparer un projet solide nourri de débats avec les Français comme avec des personnalités qui ne voteraient pas naturellement pour nous. J’observe avec beaucoup d’admiration les réflexions engagées par Michel Onfray. Il a le mérite de souligner que la question de la souveraineté est essentielle pour comprendre les malheurs de notre pays mais aussi pour préparer son redressement. Pourquoi nous Français serions les seuls au monde à ne pas vouloir défendre et promouvoir nos intérêts comme notre identité ?
Ma seule obsession, c’est qu’on règle enfin les problèmes des gens qui sont peu ou prou les mêmes que ceux que dénonçaient les politiques il y a déjà des décennies. Alors d’abord le bon diagnostic sur la situation de déclassement généralisée, ensuite les solutions concrètes, de bon sens, pour retrouver l’espérance, la fierté et le bonheur d’être Français. Après le temps des déchirures viendra celui du rassemblement.
Diriez-vous que vous appartenez au même camp que l’on pourrait qualifier de national, et que vous avez plus de points communs que de divergences ?
Pierre-Romain Thionnet : Je n’éprouve aucune difficulté à dire que c’est le cas. Avec Stanislas, nous avons un fond programmatique quasiment identique. C’est d’ailleurs la critique principale que nous avons faite à Reconquête : quelle est sa réelle plus-value ? Pour Guilhem, la question est plus une question de génération. Je ne me sens pas proche de nombre des aînés de son parti, mais quand je discute avec lui ou d’autres jeunes LR, j’ai le sentiment que nous appartenons au même camp, que nous parlons le même langage. J’espère donc vraiment que nous nous retrouverons tous sous la même bannière pour battre Emmanuel Macron et son successeur, parce que je crois pour ma part que le macronisme survivra avec une nouvelle incarnation. Pour ne pas vivre quinze ans de notre vie sous ce régime macronien, j’espère que nous combattrons ensemble.
« Si des divergences réelles existent, je mets au défi tous les lecteurs de cet entretien croisé de nous classer comme adversaires »
Stanislas Rigault
Guilhem Carayon : L’avantage de notre génération de droite est que l’on se connaît tous, que nos différends peuvent être clairs mais que nous nous traitons les uns et les autres avec respect et sans tabou. Il y a quelques années, des jeunes de partis différents plus ou moins de droite ne voulaient pas se parler alors qu’ils pensaient déjà de la même manière sur l’essentiel des sujets. Nous, sur beaucoup de questions, on a des points de convergence, notamment sur l’insécurité et la crise civilisationnelle. Et puis nous avons en commun d’avoir souvent dû affronter les milices d’extrême gauche à l’université, leur intolérance et leur violence. En revanche, je reste convaincu que le candidat de LR sera non seulement le seul capable de remporter une élection présidentielle mais aussi et surtout de relever les défis immenses auxquels est confronté notre pays.
Alors oui, je ne me résigne pas à l’effacement de la droite française. Et je le dis à tous ceux qui ont été déçus par LR et qui ont préféré d’autres candidats aux dernières élections, nous avons enfin l’opportunité historique de rebâtir le mouvement de droite, héritier du RPR et de ses figures vibrantes. Si j’ai décidé de rester chez LR, ce n’est évidemment pas par opportunisme car je sais que l’herbe est plus verte ailleurs. Mais je crois encore au plus profond de moi-même que ce mouvement peut être utile au pays. Alors vite, le réveil français !
Stanislas Rigault : Si des divergences réelles existent, je mets au défi tous les lecteurs de cet entretien croisé de nous classer comme adversaires. C’est pour cela qu’avec Reconquête ! nous considérons qu’il faudra trouver la voie d’une coalition des droites telles que celle qui a porté à la victoire nos idées en Italie avec Giorgia Meloni. Au fond, je suis certain que face à l’enjeu de civilisation qui attend notre génération, nous finirons par travailler ensemble, pour gagner ensemble. Si ce n’est pas la raison, ce sont les dangers qui nous l’imposeront?: ce dialogue est un premier chemin ?
Propos recueillis par Wandrille de Guerpel, Arthur de Watrigant et Jérôme Besnard





