Skip to content

Le pari de Rod Dreher

Par

Publié le

16 mars 2023

Partage

Conservateur antilibéral et chrétien orthodoxe, le journaliste américain Rod Dreher s’est fait, avec « Le Pari bénédictin » puis « Résister au mensonge – Vivre en chrétiens dissidents », l’un des grands critiques du monde moderne, auquel il oppose un idéal communautaire rechristianisé.
Dreher

Si les États-Unis sont devenus le laboratoire à idées folles de l’Occident, ils n’en sont pas moins le quartier général de la résistance. Nous n’avons à l’esprit l’image d’une insupérable « marée woke » qu’à cause de nos œillères – les réseaux sociaux et l’américanisation portée par Hollywood et les multinationales. Mais la bataille fait rage, toujours ; elle n’est ni perdue, ni gagnée. Et des figures militantes et combattantes, nombreuses – et plus ou moins sympathiques – témoignent de la fécondité américaine en produisant un véritable arsenal d’arguments et contre-arguments, et en élaborant, livre après livre, une défense et illustration du conservatisme.

Faudrait-il que la réponse vienne de chez nous ? Sans doute. Peut-être sommes-nous moins sclérosés que nous en avons l’air. Mais il ne faudrait pas que, par dérision, par anti-américanisme ou par orgueil mal placé, nous négligions de puiser dans une pensée vivace qui découle directement de Swift, du Dr Johnson, de Burke, Newman, Tolkien et Lewis. Il y a tout un monde de grands penseurs à découvrir ou redécouvrir ; et puisque nous avons lâché Derrida et Foucault sur l’Amérique, acceptons par pénitence, et pour notre revigoration, les antidotes qu’elle veut bien nous fournir. Le néo-colonialisme est notre phylloxéra.

L’œuvre de Rod Dreher fait indéniablement partie de ces plants qu’il nous faut cultiver, quitte à les remodeler, à les conformer à notre propre tradition intellectuelle et morale

L’œuvre de Rod Dreher fait indéniablement partie de ces plants qu’il nous faut cultiver, quitte à les remodeler, à les conformer à notre propre tradition intellectuelle et morale. Il faut lire, bien sûr, les monuments littéraires et intellectuels anglais et américains, mais il faut parfois, pour commencer, un manuel, une boîte à outils qui vous permette faire de votre vie spirituelle, familiale et sociale le premier terrain de la reconquête.

L’entrée de Dreher dans le débat public, en 2017, a été pour le moins fracassante, son livre Le Pari bénédictin déclenchant des débats aussi vifs que le succès populaire qu’il a rencontré. Ce « pari » se présente comme une méthode de rechristianisation du monde, consistant à transformer les familles en petits monastères guidés par les principes de la règle de saint Benoît. L’idée en est simple mais enthousiasmante : le champ d’action politique des chrétiens s’étant amenuisé, pour ne pas dire rabougri, il faut adopter une « politique antipolitique », c’est-à-dire, non un retrait du monde, mais une « retraite stratégique », comme la pratiquèrent jadis les moines bénédictins grâce auxquels la civilisation romaine, informée par le message évangélique, put survivre, s’épanouir, rayonner et, enfin, triompher. Entreprendre, s’entraider, se rassembler, s’instruire, enseigner : être dans le monde, mais non du monde.

Lire aussi : In God We Trust : vers un ordre postlibéral ?

Car ce monde, Dreher y décèle d’inquiétantes similitudes avec la Russie de la fin du tsarisme, devenue le terreau de l’horreur communiste. Le durcissement de la guerre culturelle, l’invasion de la vie privée par les géants de la tech, la radicalisation des rejetons de la French theory sont les signes de notre entrée imminente dans l’ère du soft totalitarisme. Ce triste constat a fait l’objet d’un deuxième livre remarqué : Résister au mensonge – Vivre en chrétiens dissidents. Là non plus, Dreher ne se cantonne pas à un diagnostic froid et désespéré. Infatigable pérégrin, il a sillonné l’Europe de l’Est pour recueillir les témoignages, mises en garde et conseils pratiques des résistants persécutés par l’URSS. Et c’est la figure de Soljénitsyne qui est cette fois convoquée, l’auteur faisant sienne l’exhortation du grand dissident à « vivre sans mentir ».

On a répété, et on répétera, que l’œuvre est « simpliste », « trop américaine », « inapplicable à l’Europe » ; mais on attend encore chez nous les cohortes d’auteurs farouches et inflexibles, déterminés à prendre l’époque, toute l’époque, à bras-le-corps, comme Dreher, à faire briller au-dessus de nos noirceurs, sans compromission, le fanal de la tradition chrétienne, et à bousculer les vraies gens endormies.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest