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Freres humains, qui après nous dormez

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Publié le

21 mars 2023

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Emmanuel Guibert nous livre un carnet de croquis de dormeurs du métro entrecoupés de méditations sur la mort aussi poétique que virtuose.
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Malgré tous les reproches légitimes que l’on aura pu lui faire, la bande dessinée aura au moins eu le mérite d’avoir été une formidable réserve d’artistes plus intéressés par le dessin, les couleurs et les représentations de la nature et de l’invisible que par les préoccupations conceptuelles dans lesquelles l’Art de la seconde moitié du XXe siècle se sera abîmé.

Emmanuel Guibert est un digne héritier des artistes qui ont contribué à l’histoire de l’art

Emmanuel Guibert en est un exemple des plus éclatants. Si ses livres de bande dessinée témoignent d’une grande virtuosité plastique et narrative, c’est certainement dans ses carnets de croquis (six parus à ce jour) que l’on remarquera à quel point cet auteur de bande dessinée est un digne héritier des artistes qui ont contribué à l’histoire de l’art. L’Académie des beaux-arts ne s’y est pas trompée et l’a récemment élu au fauteuil II de la section de gravure et de dessin.

Entre l’enfance et Spilliaert

Pour vous convaincre de ce talent, un rapide coup d’œil sur son dernier ouvrage du genre vous suffira. Compilant, comme son nom l’indique, une série de portraits des endormis des transports en commun (peut-être vous y retrouverez-vous), Emmanuel Guibert laisse libre cours à son talent d’observateur. Les techniques sont variées – encre, graphite, pastel… – les approches graphiques aussi. Si l’on pense souvent à Degas et à Spilliaert, certains dessins convoquent l’esprit barbare de l’enfance, l’épure de la calligraphie ou un saisissant réalisme. La grande majorité de ces dessins célèbre le visage et le génie du portraitiste nous révèle alors les particularités des personnes tout en nous les rendant étrangement familières.

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Mort, j’appelle de ta rigueur

Ce somptueux trombinoscope – remarquablement mis en page – est accompagné de textes qui gravitent tous autour de la mort. L’auteur livre des souvenirs dans lesquels il a été confronté à celle-ci, que ce soit enfant, en lisant La Chèvre de monsieur Seguin, ou plus récemment face au décès de sa mère. Le ton est à la confidence pudique, non dénuée d’humour mais jamais fanfaronne ; ses réflexions révèlent un esprit hanté par la question du sens de la vie et prouvent que l’homme moderne a tenté d’enterrer la mort un peu trop vite. On regrette souvent que ces textes n’aient pas été plus concis mais leur lecture n’en transforme pas la perception des dessins d’une manière fascinante : ils deviennent soudain des portraits mortuaires et les endormis des cadavres encore frais « Tranquilles. Ils ont deux trous rouges au côté droit. » Un émouvant témoignage et un grand livre de dessin.


LÉGENDES T.2 : DORMIR DANS LES TRANSPORTS EN COMMUN, EMMANUEL GUIBERT
Aire libre, 240 p., 38 €

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