Humza Yousaf est le nouveau Premier ministre d’Écosse et chef du Parti indépendantiste écossais (Scottish National Party, SNP) après sa victoire contre Kate Forbes et Ash Regan lors de la campagne pour la succession de Nicola Sturgeon, dont il se veut le plus fidèle successeur. L’ancien ministre pour la santé et la sécurité sociale de Nicola Sturgeon fut le plus fervent défenseur des droits des transgenres parmi les trois candidats et le plus favorable à l’indépendance de l’Écosse. Ces deux thématiques animent vivement les discussions au sein du SNP depuis octobre-novembre 2022.
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Interrogé pendant le dernier débat avant son élection, animé par la chaîne Sky News, il critiquait ouvertement J.K Rowling pour son opposition aux lobbies trans : « Je suis profondément en désaccord avec ses vues sur les droits des trans » avait-il dit sans détour. Un moyen de se distinguer de ses deux concurrentes : Ash Regan, une féministe opposée à l’extension de ces droits et Kate Forbes, une fervente presbytérienne qui qualifiait sans complexe les thérapies de transition de genre « d’abjectes ». Humza Yousaf a d’ailleurs promis de faire tout son possible pour que le gouvernement de Westminster soit forcé d’accepter le texte de Nicola Sturgeon (Gender Bill), bloqué en décembre 2022 par Rishi Sunak. Le seul candidat musulman parmi les trois prétendants au poste de Premier ministre, qui affichait fièrement sur les réseaux sociaux sa célébration de l’ouverture du ramadan en famille le lendemain de son élection, joue la girouette progressiste jusqu’au bout et assure que ses convictions sociétales ne sont pas contraires à sa religion.
Indépendantiste « pur et dur »
« Nous serons la génération qui donnera son indépendance à l’Écosse » affirmait Yousaf le jour de sa victoire. Sa promesse est aussi simple qu’illusoire : demander « immédiatement » un nouveau référendum à Westminster et faire ensuite entrer l’Écosse dans l’Union européenne. Un coup de force qu’avait déjà tenté Nicola Sturgeon en juin dernier lorsque Boris Johnson était Premier ministre, sans succès. La semaine dernière, le porte-parole de Rishi Sunak a clairement affirmé que la position du gouvernement ne changerait pas sur ce sujet : « Je pense que vous connaissez notre position, qui est bien établie » a-t-il laconiquement répondu aux journalistes.
D’ores et déjà, plusieurs opposants travaillistes et conservateurs de Humza Yousaf lui prédisent une carrière expéditive
Rappelons qu’en octobre 2022, la High Court de Grande-Bretagne avait implicitement approuvé la position de Boris Johnson selon laquelle c’est le 10 Downing Street qui décide en dernier lieu d’accorder ou non un nouveau référendum à l’Écosse. Le gouvernement de cette dernière ne peut donc pas le déclarer de sa propre initiative. Autant dire que la proposition brutale et osée de ce nouveau Premier ministre de 37 ans a de fortes chances de rester lettre morte, malgré sa création d’un nouveau ministère consacré exclusivement à l’indépendance de l’Écosse. Cette proposition risquée pourrait lui valoir rapidement des critiques dans son parti, si elle reste sans suite…
Perspectives moroses
Malgré les espoirs des indépendantistes, il n’est pas certain qu’Humza Youzaf ait la tâche facile dans les prochains mois, surtout que son mandat a déjà mal commencé. En offrant le minable poste de ministre à la Ruralité à sa principale concurrente Kate Forbes – qu’elle a refusé – qui a rassemblé 48% des suffrages des militants du SNP, il se l’est probablement mise à dos pour un certain temps, ce qui ne présage rien de bon pour la suite. Rappelons que Kate Forbes était jusque-là la ministre des Finances du gouvernement Sturgeon. De plus, le programme ouvertement socialiste et interventionniste du nouveau Premier ministre pourrait aussi rapidement atteindre ses limites, alors que son pays est surendetté (23,7 milliards de livres) et sa côte de popularité déjà fragile. Dans une interview au Daily Scotland Record, il a avoué être ouvertement un socialiste et « croire absolument dans la redistribution de la richesse ». Parmi ses promesses figure un nouvel accroissement de l’impôt sur le revenu, alors que les 16% de contribuables les plus aisés en Écosse représentent aujourd’hui 60% des recettes fiscales de la nation. Rien ne garantit que ses propositions socialistes soient les bienvenues, même chez ses partisans indépendantistes.
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Optimisme dans l’opposition
D’ores et déjà, plusieurs opposants travaillistes et conservateurs de Humza Yousaf lui prédisent une carrière expéditive. L’ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères de John Major, Malcolm Rifkind, n’est pas optimiste sur son cas : « Après deux leaders très charismatiques, le SNP sera mené sans le feu du leadership a-t-il assené. Il a l’air d’être une personne respectable, mais c’est un ministre d’envergure moyenne. » Les travaillistes, qui espèrent gagner environ vingt sièges à la prochaine élection locale, sont optimistes : « Il n’y a pas d’issue et il n’a pas de plan s’est réjouit l’ancien ministre d’État pour l’Écosse de Tony Blair, Lord George Foulkes. C’est une bonne nouvelle pour le Labour, parce que nous pourrons utiliser les critiques de Kate Forbes sur son bilan à chaque occasion ». Humza Yousaf a donc quelques mois seulement pour convaincre son parti qu’il est un leader d’une envergure comparable à celle de Nicola Sturgeon, dont la ténacité et la virulence en faveur de l’indépendance écossaise avaient enthousiasmé bon nombre d’électeurs ces dernières années.





