Il paraît que l’écharpe est l’ancêtre de la cravate. Les armées romaines portaient une espèce de chèche blanc par-dessus leur équipement, comme les chefs de patrouille un peu mythos dans les années 90. Le grand poète Horace trouvait que ça ne faisait pas très viril de montrer qu’on avait froid, et critiquait le port du focalium autour du cou, mais ça, c’était avant. Plus tard, dans Le Retournement (1979) de Vladimir Volkoff, le narrateur constate que c’est curieux, chez les gauchistes, ce besoin de s’emmitoufler.
Le grand poète Horace trouvait que ça ne faisait pas très viril de montrer qu’on avait froid
Manque de virilité et marqueur gauchiste : tout ça n’est pas très juste pour rendre hommage à l’écharpe, qui a quand même donné mieux à l’histoire de la sape. Entre autres exemples, on peut citer les « dragons Villeguen » sous Louis XV, décrits dans La Guerre en Dentelles d’Esparbès, « feuilletés » dans des drapeaux pris à l’ennemi ; les commandos Jedburgh et les pilotes britanniques, qui portaient autour du cou des cartes imprimées sur de la soie ; plus près de nous, les cache-cous remontés sur le nez des soldats des forces spéciales, pour préserver leur anonymat… L’écharpe est ensuite devenue un symbole social dans la bourgeoisie des années 80 (le fameux modèle Burberry), puis un symbole de relative coolitude, avec ses motifs floraux ou géométriques.
Mais voici venir Olivier Dussopt, porteur de la réforme des retraites, maintenu à son poste malgré (ou n’est-ce pas plutôt, justement, à cause de) sa mise en examen dans une sombre affaire de tripatouillages provinciaux. Tourne-veste grisâtre, jadis opposant farouche à la réforme qu’il vient défendre, il a (pas de chance !) attrapé une laryngite, ce qui a donné à sa voix, habituellement douce et lunaire comme celle de Pierre Richard, un côté un peu rocailleux, immédiatement démenti par sa silhouette maladroite et son air ahuri. Une voix de cancérologue qui doit annoncer des nouvelles de merde toute la journée, mais qui a fini par s’en moquer complètement, au fond.
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Pour se préserver, il a mis une écharpe. Ça ne l’a empêché, ni de perdre ses moyens, ni de ressembler à une petite nature, ni de perdre son ethos de gauche. La macronie a été obligée, pour rattraper le coup de l’écharpe, de faire dresser un ridicule portrait de lui dans le Monde. On y découvre un Olivier « dur à cuire », puisqu’il mange des steaks tartares et fait des pompes le matin. Lolilol. En fait, l’écharpe, c’est tout ou rien, et Horace et Volkoff, on ne le découvre pas, ont souvent raison.





