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Charles Millon : « La France a été considérée comme co-responsable des échecs des gouvernements africains »

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Publié le

23 mai 2023

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Ancien ministre de la Défense de Jacques Chirac de 1995 à 1997, où il a notamment été confronté aux prémisses des massacres en RDC, qui redoublent aujourd’hui, Charles Million analyse le ressentiment actuel envers la France dans nos anciennes colonies.
Charles Millon

Quelle a été la nature des relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique noire après leur indépendance ?

Les relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique ont été très charnelles, et à de nombreux niveaux. Au niveau des dirigeants, beaucoup ont même eu des rôles de premier plan dans la vie politique française avant l’indépendance, comme le futur président de Côte d’Ivoire Houphouët-Boigny et le président Sédar-Senghor au Sénégal. De plus, il y avait des liens forts entre les Français installés dans ces pays et les populations locales. Ils se sont perpétués et ont permis à la France d’entretenir des relations particulières avec ses anciennes colonies.

Enfin, ces relations ont été fortement marquées par l’implication de l’Afrique francophone dans la Seconde Guerre mondiale : du premier discours de Brazzaville de Charles de Gaulle à l’utilisation comme base arrière de toutes nos colonies africaines par le général Leclerc sans oublier bien sûr les soldats africains engagés dans l’armée française tout spécialement les Sénégalais, l’Afrique a largement contribué à libérer la France très tôt, dès 1940.

Les responsables politiques français étaient reçus dans ces pays comme des amis. Certains ont qualité cela de Françafrique. Je n’utiliserais pas ce terme. Il s’agit plutôt de relations et de complicités nées d’une histoire commune.

Lire aussi : France en Afrique : Quitter le mirage

Ces liens se sont-ils distendus avec le temps, quand les générations qui avaient connu la guerre ont laissé la place à d’autres ?

Les gouvernements issus des indépendances ont pour la plupart échoué, économiquement et socialement. La France, forte des liens étroits qu’elle entretenait avec eux, a été considérée comme co-responsable de leurs échecs, ce qui explique une partie du ressentiment antifrançais qui s’exprime aujourd’hui dans ces pays. Pour parler d’un cas brûlant, quand l’armée française est venue au Mali pour chasser les djihadistes à la demande du gouvernement de Bamako, au lieu de rester six mois et de passer la main aux responsables politiques maliens pour rétablir l’ordre et garantir la paix civile, elle s’est installée sur le territoire pour continuer cette lutte. Comme le Gouvernement malien n’a jamais lancé d’actions sociales et économiques, rien ne s’est amélioré, et la population a considéré la France comme responsable de cet échec.

Pourquoi plusieurs pays africains se tournent-ils aujourd’hui vers la Russie ?

Parce qu’il y a aussi une histoire commune entre ces pays et la Russie. On oublie un peu vite que la guerre froide à jouer un rôle très important dans les mouvements insurrectionnels qui ont conduit aux indépendances. Une grande partie de la classe politique malienne, mais aussi guinéenne ou béninoise avait étudié à l’université de Moscou ou celle de Kiev. Et les premiers présidents « autochtones » après 1960, souvent des militaires, étaient des révolutionnaires à la mode soviétique de l’époque. La Russie d’aujourd’hui tente de changer l’ordre mondial : reprendre des positions en Afrique pour redevenir une puissance présente partout sur le globe, les intérêts convergent avec certains dirigeants opportunistes.

« La Russie sécurise le pouvoir en place, nettoie les régions où elle a des intérêts, et pour le reste, elle pille les ressources minières »


Charles Millon

Certains pays ne préfèrent-ils pas la Russie à la France car le pays de Vladimir Poutine a une approche moins moralisatrice, sur la question des droits de l’homme notamment, et plus concrète ?

L’approche russe est tellement concrète qu’elle n’apporte rien… La Russie sécurise le pouvoir en place, nettoie les régions où elle a des intérêts, et pour le reste, elle pille les ressources minières. Après, le développement économique et social, l’éducation, l’aide aux populations, elle ne s’en occupe pas du tout, laissant la part belle à des gouvernements de plus en plus fragiles.

La France a encore des troupes au Niger et en Centrafrique. Doivent-elles y rester ? La France a-t-elle de véritables intérêts dans cette région d’Afrique ?

Il faudrait des accords militaires avec ces pays pour garantir leur sécurité. Nous ne devrions pas y avoir de bases, mais être capables d’y intervenir rapidement, grâce à nos moyens de projection, si on nous appelle. Il ne faut pas que la présence de la France sur place donne l’idée qu’elle y aurait uniquement des intérêts mais respecte simplement les accords de coopération et de défense.

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