Docteur en théologie et en histoire des sciences, ex-frère dominicain chargé des questions éthiques au Centre national d’études spatiales, Jacques Arnould est l’un des grands spécialistes contemporains des relations entre religion et science. Et c’est pour apporter une nouvelle contribution à ce débat ayant agité l’édition française ces derniers mois qu’il signe Dieu n’a pas besoin de preuves, ouvrage dans lequel il s’élève avec finesse et intelligence contre l’instrumentalisation de la science à des fins militantes, qu’elles soient religieuses (créationnisme, concordisme ou Dieu bouche-trou) ou athées (réductionnisme scientiste), pour démontrer ou infirmer l’existence de Dieu. Certes, la tentation est grande tant la modernité semble avoir dressé face à face ces deux ordres, et croyants comme athées rêveraient d’asseoir leur jugement, en faveur de la réconciliation ou de la dissipation, sur quelques solides certitudes. Hélas, les choses ne sont pas si simples répond Arnould, pour qui parler de preuve en la matière relève ou du mésusage des conclusions scientifiques, ou d’une méconnaissance de sa méthode, ou de l’ignorance de la dimension philosophique et théologique de la question. Ainsi nous invite-t-il à distinguer les deux ordres de vérité afin de rendre à l’un et à l’autre, comme on le fait avec César et Dieu, ce qui leur revient respectivement.
Lire aussi : [Idées] La preuve par Dieu
Mais cette salutaire distinction s’accompagne d’un appel lancé aux chrétiens à se frotter au réel, invitation que suivent de fort intéressantes réflexions sur le transhumanisme, sur l’infini de l’espace et du temps, sur le hasard ou sur la vie extraterrestre – et sur ce que tout cela peut bien impliquer pour le chrétien. Le savoir, voilà au fond le fil conducteur de l’auteur, qui en souligne la grande dignité autant que l’indépassable précocité. Dans les sciences dures, « la connaissance a toute l’apparence d’un horizon qui ne cesse de reculer » à mesure que l’on s’en approche, alors que le savoir théologique ne peut contenir Dieu qui est « l’insaisissable, l’inconnaissable, l’incompréhensible, l’indicible, l’inneffable ». La Créature est chétive ; le Créateur ne montre pas sa face. De là, la science peut nous amener « au seuil de la foi, mais au seuil seulement. Il reste à chacun d’accomplir ou non le pas suivant. » Voilà paradoxalement dégagé, dans le fouillis de notre condition, sans certitude aucune mais parcouru d’embûches, ne requérant ni un « je sais » ni un « j’ai trouvé », le chemin véritable de la foi. Reste le vertige de cette question à laquelle il nous faut répondre : crois-tu ?

JACQUES ARNOULD
Albin Michel, 198 p., 19,90 €





