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Les critiques musicales de mai

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Publié le

31 mai 2023

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Chaque mois, L’Incorrect sélectionne pour vous le meilleur et le pire de l’actualité culturelle. Perles rares ou navets survendus, authentiques exploits ou pathétiques arnaques, ici se poursuit l’ambition de distinguer. À rebours de la tyrannie du médiocre, du politiquement convenable et du consensus, nos critiques vous redonnent le sens des hiérarchies. Place aux critiques musicales de mai.
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LA FAVORITE

FOREVER MEANS, ANGEL OLSEN, Jagjaguwar, 21 €

Adolescent, avant que je sache vraiment ce que voulait dire le mot misogyne, c’est-à-dire avec l’innocence d’un garçon qui tire les couettes des petites-filles de la même façon qu’il ferait des croche-pieds à ses camarades qui lui voleraient le ballon, je n’écoutais presque aucune chanteuse. Je n’ai jamais vraiment su pourquoi. Désormais, je ne tire plus les cheveux et j’essaye d’éviter de bousculer mes congénères. Mieux : j’écoute de plus en plus les femmes chanter. Je me fais bien voir dans les bars en le disant assez fort pour être entendu à la table d’à côté, où une jeune fille plutôt mignonne a l’air de laisser traîner une oreille de mon côté. Depuis son magnifique précédent album Big Time, ma préférée est Angel Olsen. Avec cette voix voilée, tragique et suave, qui touche les aigus des cristaux tristes, elle donne le blues avec une country sophistiquée qui sent le whisky laissé sur une table en bois toute une nuit et qu’on découvre au petit matin avec des souvenirs épars et des regrets divers. La voici revenue avec un cinq titres merveilleux où elle ajoute à sa palette un air jazz qui rappelle les ambiances du Samourai de Melville. Emmanuel Domont

Lire aussi : Les critiques musicales d’avril

EXTASE ASSURÉE

TRANSE SOUFIE DES DERVICHES TOURNEURS DE DAMAS, ENSEMBLE AL-KINDI & SHEIKH HAMED DAOUD, Buda Musique / Socadisc, 14,99 €

Quarantième anniversaire pour le trio Al Kindi devenu grand ensemble de référence en matière de musique arabe traditionnelle. Fondé en 1983 en hommage au théoricien de la musique Abu Yusuf Al-Kindi par feu Julien Weiss, il caresse l’espoir d’une coexistence pacifique entre les peuples par la communion musicale. Ce disque est une promesse d’émotion mystico-religieuse au gré des suites, modes et rythmes primordiaux unissant répertoire savant soufie et musique populaire des quartiers d’Alep. Autour de la voix soliste de Sheikh Hamed Daoud, hymnode de la Grande Mosquée des Omeyyades à Damas, cette transe fut enregistrée en public au salon de musique « La Courroie » situé près d’Avignon et spécialisé dans les œuvres classiques en acoustique naturelle. L’âme du groupe subsiste au-delà de la disparition de son créateur, notamment grâce à la performance musicale de la tunisienne Khadija El Afritt qui lui succède pour un répertoire traditionnellement interprété par des hommes. Privilégier ainsi les choix libres et inspirés des interprètes plutôt que les contraintes de l’orthodoxie font plus que jamais partie des intentions de l’ensemble Al-Kindi. Elles se révèlent pertinentes. Alexandra Do Nascimento


RÊVE MAGISTRAL

FANTÔMES, JÎ DRU, Label Bleu, 13,99 €

Attention: disque majeur à découvrir sans tarder! Fantômes évoque la mécanique inhérente au vivant, questionne nos attitudes vis-à-vis de ce qui unit ou nous divise, et ce qui demeure invisible. Quatre films soignés nous font découvrir l’onirisme du flûtiste Jî Dru, brillamment orchestré. À sign of the devil en session acoustique, Bonfire qui ouvre l’album en guise d’incantation « qui est né par le feu périra par le feu » où les images fixent danse tribale et maquillage de guerre ou de résistance. La poésie de L’Ombre et Fantômes, un clip et une fausse bande-annonce de film, déploient le décor : « Je me suis posé la question de notre relation à ce qu’on ne voit pas et donc aux fantômes. Ces dernières années tout s’est effondré. Nos repères intellectuels et sociétaux, nos espaces de partages et de rencontres bouleversés ou disparus… Les fantômes se rappellent alors aux vivants, ou plutôt les vivants rappellent les fantômes ». Les références imperceptibles véhiculées par la musique guident l’auditeur son après son, à travers mille textures, structures et nuances. Tout ça bien sûr si l’on croit aux fantômes… qui servent à habiter poétiquement ce monde. La flûte n’est jamais qu’un peu de souffle qui “résonne” » . ADN

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N’IMPORTE OÙ HORS DU MONDE

EVERYTHING HARMONY, LEMON TWIGS, Captured tracks, 14,99 €

Il y a des réactionnaires partout. C’est la moindre des choses. Avec cet album de pop intelligente et nostalgique, des harmonies vocales et des Rickenbaker, les Lemon Twigs, nous invitent à un voyage contre le présent. À défaut d’être vocodé ou de nous ennuyer avec des synthétiseurs qui seront démodés pour l’éternité, les frères d’Adarrio vivent dans un monde fétichiste peuplé de souvenirs d’avant leur naissance. Pire (ou mieux, c’est selon), ils savent mieux que personne imiter leurs aînés endormis ou morts. Le monde toujours démodé et fatigant ne leur tendra pas les bras comme ils le feraient pour Adèle et Coldplay. Entre singles efficaces et ballades qu’un timide composerait pour une fille qu’il n’a pas (ou plus ?), c’est un monde désuet et sublime qui renaît devant nous. Comme une fuite du monde, ils nous préservent de là de la réalité. Leur succès est de nous emmener loin des horloges. Avec douze cordes et autant de titres, The Lemon Twigs font renaître l’âme du temps passé avec un génie merveilleux. ED

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