Skip to content

Les critiques musicales de mars

Par

Publié le

28 mars 2023

Partage

Chaque mois, L’Incorrect sélectionne pour vous le meilleur et le pire de l’actualité culturelle. Perles rares ou navets survendus, authentiques exploits ou pathétiques arnaques, ici se poursuit l’ambition de distinguer. À rebours de la tyrannie du médiocre, du politiquement convenable et du consensus, nos critiques vous redonnent le sens des hiérarchies. Place aux critiques musicales de mars.
critique-musicale

SUBTIL BRÉSIL

O FUTURO E MAIS BONITO, ANNA SETTON, Gallileo, 17,99 €

Ce troisième opus d’Anna Setton, jeune chanteuse et instrumentiste de São Paulo, a été composé après la pandémie qui l’avait incitée à se replonger dans les grands classiques de la musique populaire brésilienne lors de rendez-vous hebdomadaires en ligne sur la toile. Forte de cette expérience, elle se positionne désormais en autrice après avoir accompagné le guitariste brésilien Toquinho ou encore la chanteuse cubaine Omara Portuondo. Enregistré à Recife, au nord-est du Brésil, où les expériences sonores et les avancées musicales vont bon train, « c’est un disque très moderne, les garçons avec lesquels j’ai travaillé traduisent de façon très actuelle la tradition de la grande chanson brésilienne que j’ai apprise. » Anna s’est donc entourée des meilleurs compositeurs et producteurs du moment pour soumettre ses propres textes et compositions, s’assurant ainsi d’échapper au cadre usuel et d’innover vraiment. On retient l’élégance et la finesse de la direction musicale et des musiciens qui contiennent la musique, n’abusent pas des effets techniques, la soulignent avec des ponctuations surprenantes et privilégient une atmosphère épurée qui sied au grain de voix cristallin d’Anna Setton. À suivre, tant son futur semble prometteur ! Alexandra do Nascimento

LIRE AUSSI : Les critiques musicales de février

LA BANDE À BONO

CUTS & BRUISE, INHALER, Polydor, 15,99 €

Il faut bien avouer que les groupes de rock ayant des mélodies efficaces, acidulées, évidentes sont de moins en moins considérés par la presse spécialisée. Trop propres pour certains, trop vendus pour d’autres ; déconsidérés par l’underground et inconnus du grand public. Inhaler est probablement le dernier groupe digne de ce nom à s’inscrire dans ce sillon délicat. Emmenés par le charmant fils de Bono (ça n’aide peut-être pas non plus, c’est vrai), ces jeunes dublinois connaissent déjà très bien le métier qui consiste à émouvoir les jeunes filles avec des chansons qui peuvent aussi faire danser leurs copains. En onze titres (longueur parfaite d’un album), Inhaler drague souvent nos oreilles, ennuie parfois un peu, mais n’est jamais dégoûtant ni médiocre : chose rare. Quelque part entre The Killers, les Stone Roses et Echo & The Bunnymen, ce groupe parviendra-t-il un jour à remplir des stades ? Nous le leur déconseillons formellement, en tout cas, et espérons les trouver plus forts encore au prochain album. Emmanuel Domont


LE ROMANTISME DES STEPPES

MELANCHOLIA, GIANCARLO CRESPEAU, Paraty, 15 €

En ces temps troublés, il est bon de rappeler que la Russie n’est pas seulement bonne à envoyer des bombes, mais qu’elle fut également le creuset du romantisme et de l’émotion. Preuve en est cet admirable récital du jeune pianiste prodige Giancarlo Crespeau : de César Cui, chantre du renouveau nationaliste-romantique russe de la seconde moitié du XIXe siècle, au compositeur contemporain Kirill Zaborov (fils du grand peintre Boris Zaborov), en passant par l’incontournable Scriabine et une admirable et trop peu connue sonate de Prokofiev, le jeu tout en relief de Crespeau, privilégiant les déliés et d’une belle ampleur, rend hommage à plus d’un siècle de piano russe voué à ce grand récif de l’âme qu’est la mélancolie. De la belle ouvrage. Marc Obregon

LIRE AUSSI : Naestro : boxe, prison, opéra

UN PETIT MAÎTRE CHANTANT

NORM, ANDY SHAUF, Anti, 15,99 €

Dans tous les arts, il y a ceux qui chuchotent et ceux qui vocifèrent. Une toile de Soutine hurle génialement ; tandis qu’une esquisse au crayon de Paul Helleu exprime la douceur. En matière de musique, Andy Shauf est un petit-maître charmant qui nous parle à voix basse. Avec une constante élégance, sa discographie avance à pas feutrés vers une maîtrise toujours plus grande. Après The Neon Skyline, applaudi unanimement par la critique, et Wilds en 2021, le Canadien revient avec Norm, du nom du personnage qu’il a inventé et que nous suivons durant ces douze titres délicats, touchants et vaporeux. Quelque part entre Sufjan Stevens et Elliott Smith, Andy Shauf est sans doute l’un des songwritters les plus intéressants de ces dix dernières années. On s’imagine déjà écouter la chanson Halloween Store sur le pont Alexandre-III en regardant l’eau dans laquelle nous pourrions nous enfoncer puis, passant d’un côté à l’autre de la Seine, sourire doucement tandis que cet Andy nous chuchote joliment dans les oreilles afin d’endormir notre peine. Ou la rendre plus belle. ED

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest