Peu connu en France, Peter Geach est un philosophe britannique analytique majeur du XXe siècle, mort en 2013 à 97 ans. Avec sa femme Elizabeth Anscombe et d’autres, il eut l’originalité d’allier la philosophie analytique à la pensée de saint Thomas d’Aquin, de manière à former le « thomisme analytique ». Il œuvre ainsi au renouvelle- ment à l’aide de la logique du traitement des questions métaphysiques, mais aussi morales. Tel est du moins l’objet de l’ouvrage Les Vertus, paru en 1977, récemment traduit en français et introduit par Roger Pouivet, professeur à l’université de Lorraine et éminent représentant français du « thomisme analytique ». Alors que l’éthique des vertus refleurit en Grande-Bretagne dans les années 1970, à la faveur d’une relecture de l’éthique aristotélicienne, Peter Geach discute des vertus non seulement d’un point de vue philosophique, mais encore sous un angle théologique. Il pratique ce qu’on peut nommer une « théologie philosophique », c’est-à-dire un examen des mystères de foi par les outils et concepts logiques rationnels.
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Il ne s’agit pas de rationaliser les mystères, mais de montrer que la révélation religieuse jette une nouvelle lumière sur les problèmes philosophiques qui occupent l’homme. Car « le mystère n’est pas le chaos et l’obscurité complète, mais une mer de lumière, la profondeur au-delà de la profondeur », de sorte que la connaissance par la foi des mystères « doit améliorer notre connaissance des autres choses, tout comme le soleil, trop aveuglant pour qu’on le regarde, illumine toutes les choses que nous voyons ». Geach, réputé pour ses qualités de dialecticien et de logicien, sonde donc avec les ressources de la raison les vertus théologales, puis les vertus cardinales, sans lesquelles l’homme ne peut pas atteindre sa fin. Il n’hésite pas non plus à argumenter et développer certains points de doctrine chrétienne, en réponse aux attaques et accusations dont ils font l’objet de la part d’autres philosophes. On ne pourra qu’apprécier l’honnêteté et le sérieux de l’argumentation de Geach, qui, comme souvent dans la tradition analytique anglo-saxonne, pose les problèmes et tâche de les résoudre rigoureusement, non sans discuter précisément les objections. Cette vaste dispute philosophique à propos de thèmes moraux et théologiques nous fait respirer un tout autre air que celui des plateaux de télévision ou des sermons universitaires gangrenés par l’idéologie.

Vrin, 241 p., 13 €





