Ce n’est pas le cas aux États-Unis. Il n’en est évidemment pas question en Italie, ni en Grande-Bretagne. C’est en bonne voie en Russie ou en Iran. C’est déjà bien avancé en Chine. C’est totalement achevé en Arabie saoudite ou en Corée du Nord. C’est, malheureusement, presque plié en France. Quoi donc ? Le port de l’uniforme par les hommes politiques. Difficile de savoir si c’est un coup de com’ permanent, un truc du genre « soyez sobre, comme une toile vierge, les électeurs pourront se projeter, toussa toussa », ou si c’est simplement la énième preuve que le pays de la flamboyance a perdu l’envie de vivre et le désir, et le plaisir aussi, comme disait Johnny dans sa période nietzschéenne.
La France, saisie par la dépression et la haine de soi, est en effet passée du château de Versailles à Beaubourg, de Debussy à Gims, de Brigitte Bardot à Adèle Haenel
La France, saisie par la dépression et la haine de soi, est en effet passée du château de Versailles à Beaubourg, de Debussy à Gims, de Brigitte Bardot à Adèle Haenel, de Notre-Dame de Paris aux mosquées de salle polyvalente… et, en matière de sape du personnel politique, donc, de Joachim Murat à Olivier Véran, ou Gabriel Attal, ou n’importe lequel d’entre eux. Costume bleu marine trop petit ; chemise blanche au col symbolique ; cravate noire, nouée trop large ou trop fin, comme un vendeur de bagnoles ; veste trop courte aux manches trop longues, pantalon slim qui tire-bouchonne et chaussures pointues mal cirées : la République, elle aussi, elle a son uniforme (toujours utiliser le double sujet quand on parle de la République : jurisprudence Hollande).
Quand on regarde comment c’était « avant », c’est-à-dire en gros jusqu’en 1967, on pleure (métaphoriquement bien sûr, puisque pleurer en public n’est devenu chic que récemment). Voyez Pompidou en chaussettes jaunes, assorties à son pull, et pantalon blanc, fumant sa clope sur la terrasse : on dirait un antiquaire ou un commissaire-priseur, ces boss de fin du sartorialisme parisien. Même dans les années 90, Balladur, habillé par Henry Poole, ressemblait à n’importe quel banquier levantin chic de la City, élevé sur le tard à la pairie non héréditaire. De ci-delà, il y a bien un Cazeneuve en chapeau, ou un Fillon habillé (on le sait !) par Arnys : l’un ou l’autre est immédiatement sacré « dandy » par les magazines de poufs, faute de concurrents.
Désormais, de l’extrême gauche à l’extrême droite, des députés aux ministres, hors de l’uniforme de l’État, point de salut. Tout, dans leur costume folklorique républicain, est neuf, cheap, clinquant, mal fait, de travers, à la fois prétentieux et malaisé : c’en est métaphorique. Manuel Valls lui-même, préparant un hypothétique retour, a délaissé ses chemises mauves ou jaunes d’autrefois pour acheter quelques chemises blanches, « quelques whites, quelques blancas… »
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Et si nous nous inspirions plutôt de ce qui marche sur le long terme ? Le roi Charles III, par exemple, qui porte les mêmes vêtements depuis près de cinquante ans, sans se demander si telle ou telle cravate lui fait gagner des parts de marché dans tel segment CSP. On pourrait attribuer ce mépris pour l’étriqué, le pas cher, le laid et le neuf (sous blister) à quelques petites choses immémoriales, que notre petit personnel politique a perdues : être confortable dans sa propre personnalité, se soucier des autres plus que de la façon dont ils pourraient nous percevoir, s’inscrire dans une histoire longue, classique, sans à-coups. Toute élégance est d’abord morale –un adjectif pas si commun chez ces gens-là.





