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Le smoking présidentiel 

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Publié le

2 février 2023

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Pour accessoire qu’elle soit, la sape reste déterminante pour comprendre les interactions sociales. Dis-moi comment tu t’habilles, je te dirais ce que tu veux me dire. Tous les mois, nous décryptons pour vous l’envers des vestes et le dessous des semelles. Sujet du mois : le smoking du président.
Macron

Dans le domaine sartorial comme dans tant d’autres, les passages obligés, qui requièrent le port d’une tenue très codée ou la stricte application d’une règle de politesse, pardonnent moins que les autres. On peut être un peu approximatif quand on envoie une lettre de château, pas quand on écrit au Pape (encore que, maintenant, vous me direz…). On peut porter le costume avec nonchalance, même (et surtout) avec une cravate, pas le smoking. Le temps, bien connu des sartorialistes, où on mettait une veste décontractée pour fumer, est révolu, et la « smoking jacket » est devenue « black tie ». Avec la fin du port de l’habit ou du spencer, à la notable exception des chefs d’orchestre et des militaires, le smoking est, dans l’imaginaire collectif, le sommet de l’élégance. Et on n’a pas le droit de se planter. 

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En France, c’est-à-dire « en République », les chefs d’État ne sont pas toujours très à l’aise à l’idée de se plier à cet exercice mondain. L’héritage peut-être de la saleté révolutionnaire, érigée en dogme par Marat et son orchestre depuis les origines. De Gaulle portait l’uniforme, Pompidou l’habit, et ensuite c’est le néant. Mitterrand, même éduqué par l’AF et habillé par Cifonelli, ne parvint pas à faire impression. Chirac, qui aurait pu avoir de l’allure en smoking, tenta le nœud papillon king size et le plastron sorti d’un Scorsese, avec cet art de s’en foutre qui traverse sa vie et son œuvre. Sarkozy, pourtant accompagné d’une impeccable Carla faisant le knix devant la Reine d’Angleterre, portait l’habit comme Malraux l’uniforme, c’est-à-dire en étant le seul à penser qu’il était légitime. François Hollande : a-t-on besoin d’en dire plus ? 

Chirac, qui aurait pu avoir de l’allure en smoking, tenta le nœud papillon king size et le plastron sorti d’un Scorsese, avec cet art de s’en foutre qui traverse sa vie et son œuvre.

Invité par Joe Biden à un dîner « black tie » à la Maison Blanche, Macron a tenté le coup. Ah, ils en veulent de l’élégance française ! Eh bah tiens, prends ça, Captain America ! Face à un Biden à moitié liquide, le président français a donc sorti le grand jeu : smoking slim à la veste trop courte, revers étiques, port de la légion d’honneur sur un habit qui n’a pas de boutonnière… À cette souveraine aisance de meilleur employé du mois, on ajoute des rouflaquettes de voleur
de chevaux, ainsi qu’un col cassé, ordinairement réservé à l’habit (« white tie »), et on est pas mal. Bref, dans un exercice de style sans fantaisie, qui n’exigeait qu’une sobre excellence, Macron s’est immédiatement positionné entre le VRP qui en fait des tonnes et le gigolo de thé dansant, c’est-à-dire à sa place. 

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