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Pèlerinage de Chartres : les tradis secouent l’église

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Publié le

11 juillet 2023

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Étrange moment pour l’Église. Le succès du pèlerinage de Chartres à la Pentecôte est suivi quelques semaines plus tard par la publication du document de travail du prochain synode qui aura lieu cet automne à Rome. Et le moins que l’on puisse dire est que ces deux événements ne vont manifestement pas dans le même sens. Analyse.
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Les catholiques en général, et les catholiques français en particulier, sont soumis à des forces antagonistes que, pour ne pas être nouvelles, sont de plus en plus en tensions. Comme si de part et d’autre chacun des processus engagés se déployait selon sa propre logique. Qu’on juge.

Le quarante-et-unième pèlerinage de Chartres organisé par l’association de laïcs Notre-Dame de Chrétienté a dû fermer son bureau d’inscription plusieurs jours avant la date de clôture officielle. 16 000 personnes dont la moyenne d’âge est autour de 21 ans se sont donc élancées sur la petite centaine de kilomètres qui sépare Paris de la cathédrale chantée par Péguy. La couverture de presse a été exceptionnelle et nombre d’observateurs et de journalistes ont été ébahis par la diversité de cette jeunesse, ébahissement proportionnel aux préjugés que le traditionalisme continue de susciter dans les médias mais aussi dans l’Église.

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Le contexte ecclésial est en effet à prendre en compte puisque c’est le premier pèlerinage après la décision du pape François de réduire de manière drastique la possibilité de célébrer les sacrements selon l’ancien rite. En 2007, Benoît XVI soucieux de réduire les divisions postconciliaires avait autorisé largement ce qu’il avait dès lors nommé la forme extraordinaire du rite romain. Le succès du pèlerinage peut donc être interprété comme un signe de résistance au pape François. Celui-ci considère en effet que les « tradis » sont des rétrogrades appelés à disparaître et qu’il s’agit de les tolérer afin de les accompagner progressivement vers l’Église de demain. La brutalité d’une telle décision est manifestement contre-productive et le sentiment d’injustice et d’incompréhension qu’elle a engendré a causé le rayonnement accru de l’édition de cette année.

Les marcheurs de Chartres ne sont pas de vieux ronchons nostalgiques de la messe qu’ils auraient connue dans leur enfance?; ce sont des familles et des jeunes issus de différents milieux qui, pour beaucoup, ont découvert récemment la beauté et la sacralité de la messe traditionnelle. C’est justement cette porosité entre le milieu « tradi » historique et les jeunes générations que le pape a voulu rompre en poussant les plus irréductibles dans les bras des opposants historiques au concile Vatican II et réunis autour de la Fraternité saint Pie X créée par Mgr Lefebvre. Force est de constater qu’une telle entreprise a échoué. Mais cet échec peut paradoxalement amener certains prélats romains à considérer que leur diagnostic était fondé : la mouvance traditionnelle a le vent en poupe et il faut l’éradiquer car elle contrarie l’Église synodale que le pape François promeut inlassablement depuis son élection. Quand de plus en plus veulent une Église qui prie et qui évangélise sans complexe, une Église qui n’a pas peur de contrarier l’agenda nihiliste postmoderne, le pape François veut une Église inclusive, condamne le « prosélytisme » et ne cesse d’envoyer des signaux au puissant lobby LGBT clérical. C’est ce que confirme la lecture du récent document de travail en vue du prochain « synode sur la synodalité », synthèse de synthèses (continentales) de synthèses (nationales) de synthèses (diocésaines et paroissiales), prototype de l’usine à gaz cléricale.

Toute bonne réforme consiste à revenir à la vérité originelle de son être, ici divine, et non pas à s’inspirer de ce qui, en fait, veut sa mort

Les migrants, le diaconat féminin, la remise en cause de l’autorité du prêtre, la « reformulation » de la morale sexuelle, etc. : autant de sujets qui n’intéressent pas la base active du catholicisme français, et ce bien au-delà des marcheurs de Chartres. L’agenda progressiste mis en œuvre par nombre d’épiscopats depuis les années 1960 a largement contribué à vider les églises et les séminaires. D’ailleurs ceux qui ont adopté cet agenda n’ont pas réussi, le plus souvent, à transmettre la foi à leurs enfants. Est-ce pour cela qu’ils rêvent de rendre « appétibles » la foi et la morale chrétiennes en la rapprochant de plus en plus de l’opinion dominante de nos sociétés postchrétiennes ? Quoi qu’il en soit, cet agenda est désormais assumé au plus haut niveau de l’Église. La lecture du document de travail synodal offre des analogies saisissantes avec la révolution culturelle de Mao, lorsque celui-ci en appelait au « peuple » contre les « élites ». Une institution peut se réformer, et l’Église n’a eu de cesse de se réformer depuis 2 000 ans, mais toute bonne réforme consiste à revenir à la vérité originelle de son être, ici divine, et non pas à s’inspirer de ce qui, en fait, veut sa mort. Il y a peut-être beaucoup d’aveuglement sur la nature de la modernité et de la postmodernité dans le progressisme clérical, aveuglement engendré par la croyance que Dieu parlerait forcément à travers l’esprit du temps.

Pourtant, qui peut nier l’évidence que l’esprit de notre époque est fondé sur l’apostasie de la foi chrétienne ? Dès lors, notre monde a-t-il besoin d’une Église adaptée aux exigences du monde, ce que promeut la bureaucratie vieillissante du synode allemand ? Ou bien d’une Église qui, parce qu’elle est centrée sur Dieu, lui apporte Dieu ? Les milliers de jeunes pèlerins de Chartres ont voté par leurs pieds. N’en déplaise aux prélats romains.

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