Love Life (2h04) de Kôji Fukada, avec Kento Nagayama, Fumino Kimura, Hirona Yamazaki, en salles le 14 juin 2023.
Mari et femme, Jiro et Taeko vivent une existence paisible dans une banlieue anonyme, accompagnés de Keita, fils de Taeko né d’une précédente union. Ils habitent à proximité des parents de Jiro, dont le père n’a jamais accepté cette bru déjà mère. Démarrant sur cette fausse piste, le film bascule par l’irruption d’un drame soudain et glaçant, que son affiche publicitaire demande de ne pas révéler. Surgiront de cette tragédie les failles du couple, notamment lorsque les ex respectifs réapparaîtront dans un jeu de chaises musicales affectives dont personne ne sortira vainqueur. Par une mise en scène au cadre étouffant mais toujours lumineux, comme indifférent à l’horreur que traversent ses personnages, le métrage, refusant tout pathos, montre le poids du quotidien et la banalité de l’existence face à un malheur qui vient pourtant d’en rebattre toutes les cartes. Kôji Fukuda ouvre le festival avec un drame magistral.
Rendez-vous à Tokyo (1h55) de Daigo Matsui, avec Sosuke Ikematsu, Sairi Itô, Ryô Narita, en salles le 26 juillet 2023.
Rendez-vous à Tokyo prend le pari osé d’une narration antéchronologique, commençant ainsi par la fin de l’intrigue et terminant par son début. Le métrage raconte de cette manière l’histoire d’amour entre Teruo et Yo, de leur rupture à leur rencontre, chaque étape de leur relation étant montrée à un an d’intervalle, au jour de l’anniversaire de Teruo. Bien qu’audacieuse, cette mise en scène rencontre une sorte d’opposition naturelle de la part du spectateur, qui ne peut s’empêcher de mettre de la distance entre lui et ce récit romantique dont il déplore d’avance l’inéluctable échec. Cependant, ce procédé permet également au public de se demander en sens inverse si une histoire d’amour se doit d’être vécue alors même que l’on en connaît la triste issue. Par ses scènes d’une formidable tendresse (on pensera notamment au rendez-vous à l’aquarium ou à la déclaration d’amour dans le taxi), Daigo Matsui répond indubitablement par l’affirmative. Nous le suivons volontiers.
Coming Soon (1h34) de Takayuki Hirao, avec Hiroya Shimizu, Konomi Kohara, Ai Kakuma, en salles le 15 mai 2024.
Film d’animation, Coming Soon imagine un Hollywood fictif dans lequel une fillette aussi énergique qu’autoritaire est la reine des producteurs de film. À la surprise générale, elle confie le prochain chef d’œuvre de sa société à son assistant, un cinéphile renfermé sur lui-même, qui devra alors se confronter aux réalités et difficultés concrètes du métier. Sous ses airs de film enfantin, Coming Soon offre une réflexion classique mais juste et touchante sur le cinéma et la création en général, notamment sur le rapport qu’entretient l’auteur à son œuvre. Si sa mise en scène, typique de l’animation japonaise, fait davantage penser à un shônen épique et épileptique qu’à un film plus sobre et mature, Coming Soon reste une véritable lettre d’amour au septième art.
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A Man (2h01) de Kei Ishikawa, avec Satoshi Tsumabuki, Sakura Andô, Masataka Kubota, en salles le 7 février 2024.
Rie mène une vie de mère célibataire jusqu’à l’irruption de l’énigmatique Daisuke dans son existence, avec qui elle finit par se remarier. Alors que tout va pour le mieux, l’homme décède dans un accident. Au moment de lui rendre hommage, son frère, qui l’avait perdu de vue, se rend compte que le défunt est en fait un inconnu, ayant usurpé le nom de son parent. Le film, primé aux César japonais, propose ainsi une enquête passionnante à la poursuite du passé de « M. X », menée par un Satoshi Tsumabuki au charisme irrésistible. Film sur l’identité, A Man s’interroge sur le lien père-fils, de l’enfant qui se demande s’il doit encore changer de nom de famille au descendant d’immigrés coréens dans une société où le stigmate des zainichi subsiste encore. Malheureusement, l’écriture bascule lorsqu’elle aborde ces sujets-là dans une idéologie bien-pensante, snob et facile, accompagnée d’une critique convenue de la peine de mort, encore appliquée au Japon, et de personnages « racistes » caricaturaux, venant décrédibiliser un film qui n’avait nul besoin de cela. Dommage.
Comme un lundi (1h23) de Ryo Takebayashi, avec Wan Marui, Makita Sports, Harumi Shuhama, en salles le 3 janvier 2024
Yoshikawa travaille dans une agence de publicité mineure, loin de ses ambitions personnelles. Alors qu’une opportunité se présente chez un concurrent prestigieux, voilà qu’elle se retrouve prise avec ses collègues dans une boucle temporelle qui les condamne à revivre la même semaine, ce que leur chef est le seul à ne pas remarquer, devenant ainsi la clé de l’énigme. Débutant comme une comédie absurde au message évident sur la routine infernale des bullshit jobs et le poids des « boomers » dans une société vieillissante où l’âge sert de hiérarchie, Comme un lundi pivote lentement mais sûrement vers un ton plus subtil et nuancé au fil de son intrigue, laissant découvrir une profondeur que l’on n’imaginait pas devant sa bande-annonce gaguesque. Après l’excellent Ne coupez pas !, comédie de zombies dont M. Hazanavicius fit un remake, l’humour japonais se porte décidément bien au cinéma. Concluant sur une morale typiquement nippone, le métrage de Ryo Takebayashi s’avère être ainsi le surprenant coup de cœur de notre sélection.





