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Qui, mais qui ? Jean-Louis Bergheaud Murat

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Publié le

30 août 2023

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À l’occasion du décès de Jean-Louis Bourgheaud dit Murat, la veille de l’édition d’un album BEST-OF des oeuvres de l’artiste par PIAS, l’Incorrect consacre sa rubrique « Qui, mais qui ? » à cet interprète français qui aura marqué son époque.
DR-3

Coup de com’ macabre et ironique en cette fin de mai : alors que PIAS décidait d’éditer, le 26, un imposant Best-of (nom stupide) de Jean-Louis Murat, le chanteur, stupéfiant tout le monde, décédait… la veille. Coup de com’ raté puisque la mort du chanteur éclipsait la sortie du disque (sur la pochette duquel, comble de l’ironie, on devait y voir Murat en jardinier – pelle à la main, creusant la terre – mais que l’on ne perçoit plus qu’en fossoyeur), et la lumière fut alors moins faite sur la qualité de ses chansons que sur celle de ses interventions médiatiques. En résumé, on statufiait le chanteur en un genre de Jean-Pierre Mocky des variétés, prodigue en saloperies percutantes (« Johnny, c’est le ringard absolu qui fascine par une sauvagerie de chien husky à qui on a coupé la queue. », « Renaud est si con qu’il pourrait s’appeler Citroën. », « Angèle, c’est une Chantal Goya 2.0. qui fait des chorégraphies de peep-show. »). On l’aurait volontiers vu faire l’acteur chez Kervern & Délépine, un bon client pour les journalistes qui rappelaient toujours avec gourmandise qu’il était « un artiste rare dans les médias, un chanteur quasi-poète, un Auvergnat (entendez un « sauvage »), un ermite… »

Dandy rural, génie provincial

Au début des années 90, Murat, quarante ans, se fait connaître du grand public grâce à un duo avec Mylène Farmer (« Regrets », à l’invitation de celle-ci). Malgré quelques morceaux (voire quelques albums) de grande qualité et une longue carrière, l’homme n’aura jamais écrit de tube (hormis peut-être l’excellent « Singe en hiver » pour Indochine). Si, selon l’observation sangarsienne, Bashung, citoyen de la « province France », est fasciné par le rock anglosaxon au point de chercher à faire sonner le français comme de l’anglais, le chant de Murat trahit la fascination du chanteur provincial pour la capitale au point qu’il ressuscite l’antique parler parisien des films d’Éric Rohmer ou des vidéos INA, avec son « e prépausal » omniprésent. Nonchalant et guindé mais aussi précieux, chaleureux, geignard et chuchoteur (annonçant en cela le marmonnement enrhumé du sinistre Biolay), c’est avec cet accent snob, ce « yaourt » en français plutôt qu’avec l’accent du Puy-de-Dôme que Murat aura interprété ses chansons.

Lire aussi : Qui, mais qui ? Noel Gallagher

À rebours de la variété, ses textes – souvent inévidents, parfois à l’eau de rose (« Sentiment nouveau ») ou fantaisistes (« Le cri du papillon », « Mashpotétisés », « L’au-delà ») – témoignaient d’un esprit hanté par les paysages, l’amour et la littérature. On comprendra alors que le chanteur ait représenté pour les khâgneuses que Les Nuits fauves ont immanquablement « bouleversées » ce que Marc Lavoine incarna pour les Géraldine romantiques : le fantasme de toute une vie.

Nouveau western

Musicalement, Murat n’a rien inventé mais il aura toujours su proposer des choses intéressantes. Après s’être détaché de la variété sirupeuse de son album Cheyenne Autumn (1989), dont on retrouve des traces chez Art Mengo ou Liane Foly, il embrasse de manière inattendue et convaincante de nombreux courants délaissés par les artistes Français : le trip-hop (« Fort Alamo »), le blues (« Nu dans la crevasse »), le lo-fi (« Le jour du jaguar »), la folk (« Qu’est-ce que ça veut dire ») ou même de la dream-pop telle qu’entendue en ouverture de Twin Peaks (« Col de la croix Morand ») ou encore le jazz d’Herbie Hancock (« Vendre les près »). Cet éclectisme aura certes empêché l’artiste de développer un son vraiment singulier, mais donne la plaisante impression – comme vous en convaincront ces quarante titres –, qu’ils ont tous été écrits pour accompagner un fascinant western auvergnat.

BEST-OF (DELUXE), Jean-Louis Murat, PIAS, 17,99 €

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