Skip to content

Mathieu Bock-Côté :« La France ne parvient plus à nommer son identité qu’à travers la laïcité et la République »

Par

Publié le

11 septembre 2023

Partage

Pour le sociologue et essayiste québécois, les atteintes à la laïcité révèlent bien davantage d’un rejet de l’identité française que d’une contestation dudit principe.
MBC

La laïcité n’existe qu’en France. Quel est le regard de nos voisins, notamment anglo-saxons, sur cette particularité ?

Elle semble incompréhensible, surtout aux États- Unis, un pays fondé sur la sacralisation de la liberté religieuse. Le département d’État américain publie d’ailleurs régulièrement un classement des pays en fonction de leur respect de la liberté de religion, et se permet alors de sermonner la société française, accusée de dissimuler derrière la laïcité une profonde aversion à l’endroit de la « différence », qui prendrait la forme aujourd’hui de l’islamophobie. Les États-Unis, ne l’oublions pas, se prennent pour une référence universelle : une démocratie exemplaire, de leur point de vue, est une démocratie qui les imite, ou du moins, qui leur ressemble. Dans la presse américaine, on le sait, il est bien vu de dénoncer la France, de la diaboliser, de la ridiculiser. Les Américains ont évidemment tort, mais il faut savoir qu’ils portent ce regard sur la France. Trop de Français assimilent la laïcité à ce qu’ils appellent l’universalisme français. Que la France ait une prétention à l’universel va de soi, mais la laïcité est un marqueur identitaire très particulier.

Lire aussi : Alain Finkielkraut : « À travers la défense de la laïcité, c’est une certaine tradition française qui est en jeu »

La laïcité est-elle une chance pour la France ?

Oui dans la mesure où elle fournit un concept qui permet de contenir la poussée des communautarismes ethnoreligieux dans l’espace public. Ce concept lui permet de sortir des paramètres de la conception très étroite de l’État de droit qui s’est imposée dans le monde occidental. Il ouvre un espace pour le politique dans une société dépolitisée. Mais elle se retourne contre la France lorsque certains veulent s’en emparer pour parachever la déchristianisation de la France, pour arracher ses racines les plus profondes.

Depuis plusieurs années, la France subit des « atteintes à la laïcité » comme le disent bon nombre de commentateurs, et notamment à l’école. N’est- ce pas un mot-valise pour esquiver des problèmes bien plus profonds ?

Il s’agit évidemment d’une formule cache-sexe. Nous sommes devant tout autant de manifestations d’un refus explicite de l’identité française, de la culture française, un refus d’appartenir au peuple français. On y verra un rejet bien plus profond qu’une simple contestation de la laïcité. Car quoi qu’on en pense, une nation n’est pas d’abord fondée sur un contrat énonçant des principes universels – il faut laisser ces lubies à Habermas – mais sur une identité culturelle, sur des mœurs, sur une conscience historique aussi.

Mais cette expression est néanmoins révélatrice d’une chose : la France ne parvient plus à nommer son identité qu’à travers la laïcité et la République – ce qui nous vaut désormais d’étranges formules à propos des « tenues républicaines » à l’école. C’est seulement à travers ce concept qu’elle pense la chose publique, les mœurs communes, et la coercition légitime pour réussir l’assimilation.

Lire aussi : Roger Chudeau : « Gabriel Attal n’a aucune pensée éducative »

Une autre expression revient souvent : « le retour de religieux ». Faut-il aborder la question religieuse de manière indifférenciée et donc mettre sur le même plan, au nom de la laïcité, islam et catholicisme ?

C’est une formule bidon fondée sur le désir de ne pas « discriminer », comme on dit souvent – de ce point de vue, l’inclusivisme nous coupe du réel. Mais elle ne sert qu’à masquer la réalité des choses. Ce n’est pas la religion qui revient, c’est l’islam qui arrive.

La laïcité est-elle le bon outil pour lutter contre l’islamisme ?

C’est un bon outil mais il est politiquement et culturellement insuffisant. Cela dit, quoi qu’on en dise, la grande bataille est connue : c’est celle contre l’immigration massive, qui transforme la nature profonde de la France. Car on ne change pas de population sans changer d’identité. Qu’on se comprenne bien : je distingue l’islam de l’islamisme. Mais si au terme du présent siècle, ou du siècle suivant, la France devient un pays à majorité musulmane, cette distinction sera bien secondaire. Car au fond des choses, la France ne sera plus la France.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest