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[Idées] Comment en mettre plein la vue (pour pas grand-chose)

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25 octobre 2023

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« Il restait à la petite mascotte télévisuelle de s’épancher dans un livre, c’est chose faite avec ce best-seller (plus de 100 000 exemplaires vendus scandent les affiches dans le métro) que l’éditeur Points réédite en poche. » À fuir.
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Clément Viktorovitch, avec sa dégaine d’étudiant en sociologie, a une prétention inversement proportionnelle à son talent. Vu d’abord sur Clique ! puis désormais au Quotidien de Yann Barthès, Viktorovitch a été propulsé on ne sait comment spécialiste français du langage et roi du débunkage des discours de nos politiques (surtout lorsqu’ils sont de droite). On a déjà constaté la médiocrité de ses analyses – qui se contentent souvent d’opposer à une intervention quelques figures de style dont le nom exotique esbaudira le péquin moyen, exemple : « Marion Maréchal pratique ouvertement l’anaphore ». Il restait à la petite mascotte télévisuelle de s’épancher dans un livre, c’est chose faite avec ce best-seller (plus de 100 000 exemplaires vendus scandent les affiches dans le métro) que l’éditeur Points réédite en poche. Le résultat est à peu près à la hauteur des attentes : Le Pouvoir rhétorique est un interminable pensum où l’auteur accumule exemples et explications plus ou moins laborieuses pour faire gonfler artificiellement le volume.

Il restait à la petite mascotte télévisuelle de s’épancher dans un livre, c’est chose faite avec ce best-seller (plus de 100 000 exemplaires vendus scandent les affiches dans le métro) que l’éditeur Points réédite en poche.

Qu’on ne s’y trompe pas: si Viktorovitch tente d’inscrire son essai dans une filiation philosophique qui irait, au hasard, de Cicéron à Quintilien, le name-dropping n’est là que pour enjoliver les choses et donner à l’ensemble une crédibilité à peu de frais. En réalité, nous sommes en présence d’un manuel d’éloquence pour entrepreneurs, à ranger entre les mémoires d’Elon Musk et le dernier guide de sophrologie à la mode. On y trouve, pêle-mêle, des conseils avisés pour parfaire « l’impératif de congruence » de son discours, pour mieux comprendre « l’heuristique d’affect » ou pour « mettre en place un véritable claptrap » – c’est-à-dire un « piège à applaudissement », comme l’a fait Martin Luther King avec sa fameuse punchline. Résumer la pensée politique de MLK à un « claptrap » : tout Viktorovitch est là… dans cet arsenal de vocabulaire bullshit typique de sa caste universitaire, bourré d’anglicismes et dans cette faculté terrifiante qui consiste à ramener toute la mystique du langage à de simples effets de manche, à des stimuli pulsionnels, à la psychologie des masses.

Lire aussi : [Idées] La femme, la mort et le mythe

Un véritable positivisme du langage, typique d’un certain scientisme socialiste, qui n’appartient même pas à l’art grec de la rhétorique (celui-là se targuait au moins d’une certaine pureté dans l’abstraction) mais plutôt à une énième dérive de type « développement personnel » qui fera fureur dans les écoles de commerce.

Le pouvoir de la rhétorique, Clément Viktorovitch, Points, 600 p., 10,40 €

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