Prêtre dominicain et théologien, Herbert McCabe s’est fait un nom outre-Manche pour ses sermons et pour ses positions singulières – notamment pour ses tentatives de réconcilier le catholicisme avec la philosophie analytique de Russel ou Wittgenstein, mais aussi pour son marxisme frondeur. Alors que les questions de séparation des temps spirituel et historique n’ont jamais été aussi prégnantes, les textes proposés ici apportent de salutaires éclairages. En effet, au cœur de la pensée de McCabe se trouve une injonction à comprendre en quoi le message du Christ est politique, ou en tout cas à saisir en quoi, en évacuant précisément le politique, il conserve sa force historique, celle d’une véritable dissidence humaniste. McCabe se bat un christianisme désincarné et appelle de ses vœux une Église qui embrasse de nouveau une de ses missions premières: réparer les injustices sociales.
Alors que les questions de séparation des temps spirituel et historique n’ont jamais été aussi prégnantes, les textes proposés ici apportent de salutaires éclairages.
En expliquant dans le texte certaines encycliques sociales, il rappelle à quel point le catholicisme moderne a toujours tenté d’apporter une critique constructive à l’avènement du capitalisme, et comment cette critique était souvent directement puisée dans les Évangiles – dont le sous-texte social, sinon « marxien », est l’objet d’une exégèse approfondie.
Car McCabe n’est pas tant un « marxiste » qu’un « marxien »: s’il n’adhère évidemment pas au versant le plus idéologique et antireligieux du penseur allemand, il met en revanche la lutte des classes au centre de toutes les préoccupations humaines – et religieuses. Ce qui pourrait le rapprocher d’une Simone Weil: des chrétiens mystiques qui ont vu dans la défense de l’ouvrier un écho à l’enseignement du Christ. De même, à l’idée d’une doctrine sociale figée et dogmatique, il oppose une nécessité pour le chrétien d’être présent à l’histoire.
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Comme il le dit, le christianisme ne relève pas de la théorie ni de l’utopie, mais bien « d’une praxis, d’un genre particulier de défi au monde ». C’est cette praxis, entendue comme un véritable exercice du réel, que McCabe souhaite voir émerger dans le sillage de l’Église. Parmi les autres ser- mons, notons des méditations presque eschatologiques sur la condamnation du Christ et sur le Vendredi saint, qui attestent de cette « présence réelle » des Évangiles, de ce pouvoir révolutionnaire qui est au cœur du message du christianisme – et qu’aucune immédiateté historique ne semble pouvoir épuiser. Comme le rappelait Léon Bloy : « Quand je veux connaître les dernières nouvelles, je lis saint Paul. »

RÉVOLUTION SOCIALE ET AMOUR CHRÉTIEN, HERBERT McCABE, Éd. du Cerf, 224 p., 22 €





