En essayant de collecter des anecdotes croustillantes à propos de Slowdive, je me suis vite rendu compte qu’il n’y en avait pas. Ce n’est pas si courant dans cet univers fait d’excès et de crises d’adolescence éternelles. La plupart du temps, lorsque je rédige ces portraits, je peux compter sur quelques bâtons de dynamite qui égaient la biographie. Concernant Slowdive, il fallait se rendre à l’évidence : s’ils sont bien un groupe rock, ils n’ont pourtant pas fait parler d’eux pour autre chose que leur musique. Et c’est (parfois) très bien ainsi. Le groupe se forme en 1989 dans la ville de Reading (aujourd’hui plus connue pour son festival de musique que pour son abbaye en ruines fondée par Henri 1er d’Angleterre) autour de Rachel Goswell et Neil Halstead. Tous deux chantent. L’une d’une voix angélique ; l’autre d’une voix voilée. Rapidement, trois autres musiciens les rejoignent. Le grunge, avec Nirvana en tête, a déclenché un tsunami de l’autre côté de l’Atlantique. Eux s’en foutent pas mal. Ils écoutent The Cure et noient leurs guitares dans des réverbérations infinies.
Trois albums, une légende
Dans leur premier album, Just For A Day, des guitares abrasives se mêlent à des chants éthérés, c’est la glace et la lave réunies. Les médias qui aiment les cases, les associent à ce qu’ils appellent le « shoegaze », appellation que les musiciens réfutent. Si l’album n’est pas inoubliable, le public est réceptif. Quarante chansons sont composées pour le suivant. Alan McGee, l’infernal patron de leur label est catégorique : « C’est de la merde ! » Il veut quelque chose de plus commercial, de plus pop. Aidé par Brian Eno, Slowdive se remet donc à composer les titres qui figureront sur Souvlaki, qui sort en mai 1993, quelques mois après l’immense succès du groupe Suede. Pour les fans, ce disque restera certainement la quintessence de la carrière du groupe. Suit Pygmalion et les musiciens, alors à bout de souffle, se font dégager de Creation Record. L’histoire aurait pu s’arrêter là, Slowdive serait probablement demeuré un groupe culte pour happy few, mais les lois de la Providence en ont voulu autrement.
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Les revenants
En 2017, vingt ans après leur séparation, les voici de retour. On aurait pu croire à une énième reformation passéiste et chiante : ce ne fut pas le cas. Leur album éponyme et inespéré est une gifle donnée par un revenant, voire une déflagration. Slowdive est ressuscité, céleste et gracieux. La fraîcheur de sa dream-pop enchanteresse conquiert le monde et prouve que rien n’est jamais foutu d’avance. Avec Everything Is Alive, les miraculés osent une direction plus expérimentale : bien que la structure pop de leur nouvel album soit le plus souvent conservée, il surprend par ses contours électroniques. Si l’ambiance générale est moins cristalline, ce disque est sans aucun doute plus contemplatif, plus aérien. Les chansons frappent moins fort mais sont autant de délicates invitations au voyage (on pense à « Andalucia Plays »). Sans doute certains se plaindront de n’être pas assez éveillés lors de cette traversée ; d’autres, ainsi que dans une fumerie d’opium, embarqueront volontiers. Néanmoins, avec le titre Kisses, Slowdive accouche d’un single efficace qui fera date dans leur carrière. Le succès est déjà au rendez-vous, puisqu’en à peine quelques semaines on approche le million de vues sur YouTube. Décidemment, qui aurait cru que ce groupe démodé en 1996 serait si actuel en 2023 ?

EVERYTHING IS ALIVE, SLOWDIVE, Dead Oceans, 14,99 €





