Jason Charles Beck est né en 1972 à Montréal, lieu d’exil pour sa famille juive ashkénaze d’origine hongroise. Et c’est en s’exilant à son tour qu’il va prendre son envol. D’abord Berlin, où tout commence pour lui en 98 dans la scène underground hip-hop. Puis Paris qui stimulera son amour pour tout ce qui fait la France. Chilly Gonzales aime tout de notre pays, sans faire de tri : ses génies, ses fromages, ses villes, sa variétoche. À partir de 1999, le musicien enchaîne les albums et assume son côté touche à tout : groove, hip-hop, classique, variété, pop, jazz, électro. C’est ainsi qu’il surprend tout le monde avec son album Solo Piano en 2004 : on y trouve des pièces courtes et minimalistes qui évoquent bien sûr Erik Satie, ou ces morceaux qui accompagnaient les films muets au XXe siècle. Deux autres opus suivront. Cet hommage à la musique classique se fait dans une alternance de mélancolie et d’ironie joyeuse. Nous sommes comme bercés à la lisière du jour, les mélodies sont amorcées, évoquées, nous sommes dans l’effleurement. Mais le génie se moque du monde et de lui-même et c’est dans l’expérience de la scène qu’il prend toute son ampleur, qu’il se livre à un combat d’improvisations avec Jean-François Ziegel où qu’il entre en 2009 dans le Guinness Book des records pour avoir joué vingt-sept heures d’affilée à Paris. Dès lors, tout le monde le veut. Il compose pour Daft Punk, SoCalled, Feist… En 2015, il ose la musique de chambre avec Chambers et se paye le luxe d’être publié par Deutsche Grammophon sur Room 29 où il collabore avec Jarvis Cocker.
Amour foutraque
Son nouvel album s’intitule French Kiss. Il se veut un hommage à tout ce qui fait aimer la France. Il évoque Gabriel Fauré, la littérature puis part dans un délire verbal rapé où se mêlent le camembert, Richard Clayderman, Notre-Dame de Paris, Arielle Dombasle. Il débite ses jeux de mots, prononce des termes français avec l’accent anglosaxon et nous voilà passés de Satie à Philippe Katerine. Le titre éponyme est soyeux et fait sourire, Il pleut sur Notre-Dame ou Piano à Paris nous charment dans une ambiance à la André Popp. Lac du cerf allie rythme entêtant, sifflet planant et cordes laboureuses pour une ivresse parfaite tandis que Cut Dick est un super groove très clubbing.
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Évacuons l’interprétation de Message personnel de Berger où l’on tombe dans le piano de gare. Le reste est dispensable. Heureusement, il y a Gonzales en live ! À Lyon, pour les vingt ans des Nuits sonores, nous avons pu découvrir le spectacle qu’il s’apprête à offrir durant tout l’automne en Europe. On se met à table avec les pièces de Solo Piano, puis le jazz s’invite, les notes deviennent pulsations, tout dérive vers l’improvisation, la musique s’écrit devant nous et avec nous. Chilly se fait sorcier, nous entrons progressivement en transe et devenons la foule de son titre Wonderfoule. On veut bien qu’il nous french kiss ce génie-là, mais alors en live.

CHILLY GONZALES, Gentle Threat/PIAS, 15€99





