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1938, Anschluss : « Nein Hitler ! »

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23 novembre 2023

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Avec Historiquement correct (2003), l’ancien journaliste du Figaro Jean Sévillia fut un véritable lanceur d’alerte sur la falsification historique, proposant des éclairages accessibles au grand public. Dans son dernier ouvrage, il démontre que contrairement à la propagande nazie que l’on relaie de nos jours, l’Autriche a payé cher sa résistance aux nazis. Entretien.
© Wikipédia

Pouvez-vous nous expliquer le contexte des affrontements entre conservateurs et socialistes autrichiens dans les années 30 ?

Fondée au sortir de la Première Guerre mondiale, la République d’Autriche est en quête d’identité. En 1919, il n’existe pas de nation autrichienne au sens géographiquement délimité. Un peu plus de 6 millions d’Autrichiens, dont l’allemand est la langue maternelle et qui formaient un des peuples de l’Autriche-Hongrie (52 millions d’habitants), se retrouvent seuls et sont tentés de se rattacher à l’Allemagne qui, même vaincue, reste un grand pays. Pendant toute la décennie 1920, un homme va offrir une légitimité à l’État autrichien : le chancelier Ignaz Seipel, un ecclésiastique. En 1932, Engelbert Dollfuss prend la tête du gouvernement. Son combat va être de maintenir l’indépendance autrichienne, de faire émerger un patriotisme autrichien tout en affrontant à la fois les nazis et les socialistes, deux forces adverses mais qui avaient en commun de vouloir rattacher l’Autriche à l’Allemagne. Dollfuss mène un combat sur deux fronts, ce qui le conduit à instaurer un gouvernement autoritaire. En 1934, les SS autrichiens tentent un coup d’État qui échoue, mais au cours duquel Dollfuss est assassiné.

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Que s’est-il passé le 15 mars 1938 sur la Heldenplatz de Vienne ?

Kurt Schuschnigg lui succède à la chancellerie. De 1934 à 1938, il résiste comme il peut à la pression allemande, sans appui international, et convoque pour le 13 mars 1938 un référendum au cours duquel les Autrichiens devaient se prononcer pour l’indépendance de leur pays. Pour tous les observateurs, le résultat du scrutin allait être positif à 65 ou 70 %. Hitler le savait. Aussi précipite-t-il les choses en demandant à Schuschnigg d’annuler son référendum et en menaçant de lancer la Wehrmacht sur l’Autriche. Sans recours à l’étranger, se trouvant face à une disproportion de forces trop écrasante, le chancelier est contraint de céder. Le 12 mars 1938, les troupes du IIIe Reich envahissent l’Autriche. Le 13 mars, Hitler proclame l’Anschluss, c’est-à-dire le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne. Deux jours plus tard, le 15 mars, le Führer est à Vienne où une foule l’acclame sur la Heldenplatz. Mais il faut voir l’envers du décor : au même moment, à peu près 70 000 opposants politiques sont arrêtés, chiffre important si on le rapporte aux 6,5 millions d’habitants. La persécution des juifs a aussitôt commencé.

En quoi cet évènement a été instrumentalisé par la propagande nazie ?

Lors de l’Anschluss, tous les correspondants de presse étrangers ont bouclé avant d’être expulsés d’Autriche, tandis que, dans les rédactions, tous les journalistes opposants au national- socialisme et les juifs ont été arrêtés. Les seules photos qui restent de l’évènement sont toutes passées par les services de censure de Goebbels. La nuit totalitaire est tombée sur l’Autriche, qui n’existe plus comme État indépendant, le 13 mars 1938. Il est donc singulier que n’importe quelle revue d’histoire, pour illustrer un article sur l’Autriche des années 30 et sur l’Anschluss, utilise des clichés qui sont de facto des documents de propagande nazie. Cette hémiplégie visuelle est trompeuse, car on n’a pas de photos des patriotes autrichiens torturés au même moment par la Gestapo.

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Qui étaient les résistants autrichiens ?

Il y a une résistance de gauche et une résistance de droite. Les résistants de gauche sont le plus souvent communistes, alors que leur Parti communiste autrichien était ultra-minoritaire. Car les socialistes étaient partisans depuis l’origine du rattachement de l’Autriche à l’Allemagne, mais pas au sens des nazis : ils voulaient que l’Autriche se fonde dans une grande nation allemande qui fasse en quelque sorte sa révolution prolétaire. Alors que les communistes, obéissant aux consignes de Staline, ont joué la carte du nationalisme, entrant dans la résistance au nom de la nation autrichienne. Cette habileté tactique a permis aux communistes autrichiens d’occuper l’espace à gauche au sein de la Résistance. Et puis il y a une résistance de la droite conservatrice et catholique, souvent monarchiste, fidèle aux Habsbourg. À partir de l’été 1938, l’État national-socialiste commence une persécution religieuse dans un pays très catholique : cela va inciter beaucoup de prêtres et de laïcs à s’engager contre le régime. Enfin, il y a eu aussi des mouvements patriotiques transpartisans, dans lesquels des hommes de gauche et de droite travaillaient ensemble. Ces réseaux-là ont été en contact avec les Alliés, et ont transmis des renseignements aux services américains et britanniques, notamment au moment de l’écroulement du IIIe Reich.


CETTE AUTRICHE QUI A DIT NON À HITLER, JEAN SÉVILLIA, Perrin, 506 p., 24 €

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